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Rebondir dans les métiers du bois ou du textile grâce aux Ateliers Marianne

Par Zoé Charef, le 6 avril 2022

Journaliste

Couturières et menuisiers travaillent pour des créateurs et répondent à des commandes du département de l’Isère, de la métropole et de la ville de Grenoble © Magda Mokhbi

Dédiée aux personnes les plus éloignées du monde du travail, l’association Les Ateliers Marianne leur offre la possibilité d’acquérir un savoir-faire et de renouer avec l’emploi. En plus de les former, ce chantier d’insertion de la région de Grenoble cherche aussi à leur faire retrouver un lien social que la plupart ont perdu.

 

« J’ai fait une carrière dans la banque et j’ai été licenciée pour problèmes médicaux. Quand j’ai confié à mon conseiller Pôle Emploi que j’étais passionnée de couture, il m’a parlé des Ateliers Marianne. » C’est comme cela que Jacqueline, 60 ans, a connu l’association. Installée à Pont-de-Claix, commune limitrophe de Grenoble (Isère), celle-ci gère une structure d’insertion par l’activité économique (SIAE).

« Pour la petite histoire, l’association s’appelle Les Ateliers de Marianne parce que notre premier travail a été de réaliser les costumes et les décors pour le spectacle vivant Les caprices de Marianne à Pont-de-Claix ! », raconte joyeusement Magda Mokhbi, la directrice.

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La boutique-atelier de Pont-de-Claix © Magda Mokhbi

Née à la fin des années 1990 de la volonté combinée du directeur de l’amphithéâtre de Pont-de-Claix, des techniciens et de la ville, l’initiative avait déjà pour objectif d’aider les demandeurs d’emploi du territoire. Magda développe : « Notre mission est de faire en sorte que les personnes les plus éloignées de l’emploi, qui cumulent des difficultés sociales, professionnelles ou médicales, puissent renouer avec l’emploi. » Et au-delà des compétences qu’elle leur apporte durant le chantier d’insertion, l’équipe leur remet le pied à l’étrier. Jacqueline, salariée à l’atelier couture depuis bientôt un an, parle ainsi de l’association comme d’un « vrai cocon »Quand ça fait des années qu’on n’a pas travaillé, ou parce qu’on vient d’arriver en France, c’est vraiment un tremplin formidable. Les gens sont à l’écoute ! »

 

Des financements publics pour l’aide à l’emploi

Ce qui a encouragé l’institutionnalisation des Ateliers Marianne est la loi Aubry. « Qui favorisait le foisonnement d’actions spontanées », selon Magda. L’association reçoit ainsi des financements publics de l’État, du département de l’Isère, de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de la métropole de Grenoble. 70% de financement public, les recettes couvrant les 30% restants (les autres financements en bonus).

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Les couturières travaillent pour des créatrices et créateurs qui lancent leurs marques © Magda Mokhbi

Les Ateliers Marianne se concentrent sur le chômage de longue durée (plus d’un an), qui atteint les 2,3% en France (chiffre 2021). La plupart des bénéficiaires des chantiers d’insertion ont subi une double exclusion : celle de l’emploi et celle de la société. Magda explique que « si certains ont perdu leur emploi ; d’autres se sont aussi exclus du monde qui les entoure. Ils ont entamé un processus de désocialisation. Ils doutent de leurs propres compétences et de leur utilité sociale. C’est une double peine. »

 

 

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Les productions de l’atelier déco © Magda Mokhbi

 

 

Sous-traitance pour des créateurs, commandes des collectivités locales…

Véritable lieu d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie, l’association embauche une vingtaine de personnes en simultané dans ses deux ateliers de production : l’un dédié à la déco, l’autre à la couture artisanale et industrielle. Industrielle parce que les couturières réalisent de la sous-traitance pour des créatrices et créateurs qui lancent leurs marques. « On fait des vêtements, des sacs, des trousses de toilette, des bérets », raconte Jacqueline. « En ce moment, on fabrique des jupes pour un créateur et des linceuls biodégradables pour les animaux d’un vétérinaire. » Les couturières et les menuisiers travaillent également pour des commandes du département de l’Isère, de la métropole et de la ville de Grenoble.

 

« On peut faire marcher notre créativité ! »

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Les productions de l’atelier couture © Magda Mokhbi

Artisanale parce que l’association vend ses productions dans un magasin de Pont-de-Claix. Plus quelques boutiques éphémères au centre-ville de Grenoble. Jacqueline ajoute que « dans les moments où on a un peu moins de commandes à honorer, on peut faire marcher notre créativité pour le magasin ! C’est très agréable. »

La directrice est optimiste : « Actuellement, il y a une prise de conscience sur nos modes de consommation : favoriser l’économie locale et surtout donner du sens à son achat. » Elle est donc fière de préciser que l’association travaille avec du bois et du tissu recyclés. « Sauf lorsque des créateurs imposent des textiles choisis par leurs soins. On n’utilise pas de déchets parce qu’on n’est pas une ressourcerie. Mais l’agglomération grenobloise compte depuis longtemps de plusieurs structures d’insertion et de traitement de déchets. »

 

 

« Notre objectif est de s’entraider à relever la tête et retrouver un emploi »

Magda précise bien que, pour Les Ateliers Marianne, « ce qui est important est évidemment ce qu’on produit, mais avant tout c’est le public qu’on accueille. Ce n’est pas une fatalité d’être au chômage. Notre objectif est que tout le monde puisse s’entraider à relever la tête et retrouver un emploi. » 

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La fabrication de petit mobilier avec du bois recyclé © Magda Mokhbi

Les personnes ayant accès à ce chantier de réinsertion sont envoyées par leurs conseillers emploi. Elles relèvent du RSA, sont demandeurs d’emploi de longue durée, femmes isolées, jeunes sans qualification orientés par des missions locales ou travailleurs handicapés. Après un entretien, elles obtiennent un contrat de travail de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans. « Chaque année, on recrute une trentaine de personnes, se réjouit la directrice. Ça tourne bien ! C’est le principe d’un dispositif comme le nôtre. »

 

Renouer avec l’emploi classique

Les employés – âgés de 20 à plus de 60 ans – sont encadrés par un chef d’atelier qui leur transmet le savoir-faire et le savoir-être. S’y ajoute un accompagnement spécifique pour les problèmes de logement, de santé, d’endettement… « Ma collègue chargée d’insertion les chaperonne pour qu’ils renouent avec l’emploi classique. Et avec la sociabilité à l’issue de leur passage aux Ateliers Marianne. » Des ateliers de développement personnel sur mesure sont en effet proposés. Mais aussi des cours de français, des réflexions sur la relation à soi et aux autres. Jacqueline se sent redevable : « Socialement, ça m’a beaucoup aidée. On rencontre des gens de pays différents, on ramène des gâteaux, des spécialités de nos pays. Il y a un échange, une ouverture sur l’humain qui est super intéressante. »

Si Jacqueline pense plutôt se tourner « vers la retouche d’habits et la petite création depuis chez [elle] », à la fin de la formation, la majorité des participants ont réussi le pari de Marianne : ils ont créé leur marque de vêtements ou d’objets de déco, se lancent dans la restauration ou encore rejoignent les Compagnons du devoir. ♦

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L’équipe Les ateliers Marianne. © Magda Mokhbi

 

Bonus
  • Les autres financements des Ateliers Marianne. Aux financements cités dans l’article s’ajoutent les recettes de l’association et le soutien de la fondation de l’entreprise HP de l’agglomération grenobloise. En cas de manque de ressources financières, Les Ateliers Marianne peuvent solliciter Créavenir, fondation de la banque Crédit Mutuel.

 

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