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[forêt #5] Des essences exotiques pour survivre au changement climatique

Par Agathe Perrier, le 5 août 2022

Journaliste

Plantations d'arbres dans le cadre du projet MEDForFUTUR. Crédits : Camille Loudun © CNPF

Série d’été // Le chêne pubescent et le pin sylvestre sont les arbres qui dominent les forêts méditerranéennes. Aujourd’hui. Mais peut-être pas demain car victimes des conséquences du changement climatique. Pour éviter que ces grands espaces naturels ne disparaissent, des chercheurs les reboisent avec des espèces mieux adaptées aux fortes chaleurs. Remplacer pour mieux sauver ces milliers d’hectares si chers à la vie humaine.

[article initialement publié le 25/01/2021]

Écouter cet article en podcast – 6 minutes

 

Les températures ont augmenté de 2°C en région Provence-Alpes-Côte d’Azur entre 1959 et 2009, d’après une étude de Météo France. Si de prime abord cela peut sembler anecdotique, observer les forêts méditerranéennes et du sud des Alpes montre le contraire. C’est ce que le CRPF local (centre régional de la propriété forestière) résume par la « théorie du boxeur ».

 

Les prévisions sont plutôt sombres

« À la première sécheresse forte, les arbres prennent un coup et se relèvent. Idem à la deuxième. Mais à la troisième, ils vont manquer de réserve. Si en plus ils subissent des problèmes sanitaires, ils meurent », détaille Camille Loudun.

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© Des chênes pubescents © Gregory Sajdak, Wikipédia (CC BY-SA 3.0)

Cette ingénieure communication et projets environnementaux au sein de cette structure conseille et accompagne les propriétaires de forêts privées dans une gestion durable de leurs espaces (bonus).

La situation pourrait de ne pas s’améliorer. S’il est impossible de prévoir avec certitude le climat des prochaines décennies, les prévisions sont plutôt sombres : sécheresses plus régulières, périodes sans pluie plus longues et souvent doublées de canicule. Les deux essences principales en surface des forêts méditerranéennes, le chêne pubescent et le pin sylvestre, montrent d’ailleurs déjà des signes d’affaiblissement. Face à ce constat, le CRPF a monté un projet couplant recherche et gestion de terrain. Le principe : planter dans des forêts méditerranéennes une douzaine d’espèces d’arbres plus compatibles avec le nouveau climat. « C’est une technique d’enrichissement pour espérer que, dans la diversité, des essences s’installent et prennent le relais de celles en train de dépérir », glisse l’experte. Au risque de changer radicalement le visage de nos actuelles forêts.

 

Observer la « sélection naturelle »

Les chercheurs de ce projet baptisé MEDForFUTUR le savent très bien : l’intégralité des arbres plantés ne va pas survivre. L’idée ne consiste d’ailleurs pas seulement à semer mais à observer l’adaptation ou non des essences. « On va apprendre en cours de route. Des choses ne vont sans doute pas marcher, d’autres vont réussir alors qu’on ne s’y attendait pas. Plus on diversifie, plus on a l’espoir d’avoir une espèce qui s’acclimate », explique Camille Loudun. Ces dernières n’ont pas été choisies au hasard (bonus). « On a pris celles qui avaient déjà fait l’objet de tests dans la région et qui avaient survécu. Là on démultiplie les essais dans des contextes variables », complète l’ingénieure.

Six essences feuillues et six résineuses composent le panel sélectionné. Une partie est locale, comme le chêne vert ou le frêne à fleur, et d’autres originaires de pays au climat plus aride à l’instar du chêne faginé (Portugal) ou du calocèdre (États-Unis). Toutes sont élevées dans une pépinière située à Cadarache et gérée par l’ONF (office nationale des forêts), dont la mission est justement de réussir à les faire pousser sous un climat différent du leur.

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Plantations d’arbres dans le cadre du projet MEDForFUTUR. Crédits : Camille Loudun © CNPF

Plus de 30 000 arbres plantés

Les premières plantations remontent à la fin 2018-début 2019. Les dernières s’arrêteront au printemps 2021. « On plante au moins deux essences différentes par espace, qui varie de 0,5 à deux hectares. Cela peut aller jusqu’à plusieurs parcelles de cinq ou six espèces composées de 25 individus sur une même zone. On a toute la gamme d’installations possibles pour se rapprocher de la réalité de la gestion des propriétaires », expose Camille Loudun.

Les propriétaires forestiers (dont des propriétaires privés – lire en bonus) font en effet pleinement partie du projet, qui demande une grande implication. C’est d’ailleurs pourquoi leur participation repose sur le volontariat. « Ils sont généralement très intéressés. Ils voient la situation de leurs forêts évoluer et veulent agir plutôt que les regarder dépérir », souligne l’experte. 10 000 arbres auront été plantés en forêts privées au terme des trois ans. L’objectif était même du double en publiques.

 

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Plan de chêne faginé. Crédits : Camille Loudun © CNPF

Un suivi sur le long-terme

Reste maintenant le travail d’observation. Les deux premières années après la plantation sont les plus risquées pour les jeunes essences. D’une part car le gibier en raffole (cerf, chevreuil et sanglier). D’autre part parce que leur système racinaire, encore récent, est soumis à la concurrence en eau avec l’herbe avoisinante.

Les équipes du CRPF assurent un suivi la première année puis au bout de cinq et dix ans. Les propriétaires continuent quant à eux de remonter les données de terrain de façon annuelle. Diamètre, hauteur, mortalité, cause… tout est répertorié. « Cela va nous permettre de gagner de l’information et peut-être trouver des solutions applicables à la gestion courante en forêt. Préparer l’avenir dès maintenant est essentiel car le changement climatique arrive très vite », rappelle Camille Loudun.

Si le projet MEDForFUTUR est porteur d’espoir, il met aussi en lumière une réalité peu glorieuse. Celle de forêts qui subissent depuis des décennies les caprices d’un climat qui ne cesse de se dérégler… à cause de l’activité humaine. Une prise de conscience générale est plus que nécessaire. ♦

 

Bonus

[pour les abonnés] Des chiffres sur les forêts méditerranéennes – Les 12 espèces testées – Les partenaires et financeurs de MEDForFUTUR – Des dispositifs pour reboiser nos forêts –

  • Quelques chiffres sur les forêts méditerranéennes – Le taux de boisement en Paca est de 49% contre 30% en France. Plus de 60% des forêts régionales sont privées, soit plus d’un million d’hectares environ pour 400 000 propriétaires forestiers.

forêts méditerranéennes

  • Les 12 espèces testées – Les six feuillues : aulne de Corse, chêne faginé, chêne vert, cormier, érable à feuille d’obier et frêne à fleur. Les six résineuses : calocèdre, cèdre de l’Atlas, douglas vert, pin de Bosnie, pin de Salzmann, sapin de Céphalonie.

 

  • Les Bouches-du-Rhône, seul département de Paca non inclus dans le projet – Les forêts privées et publiques participant à MEDForFUTUR se situent en effet sur les cinq autres territoires de la région (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes et Vaucluse). Aucune discrimination pour autant. « On s’est focalisé sur les forêts où se trouvent les deux espèces représentatives de la région, à savoir le chêne pubescent et le pin sylvestre. Or ces essences se répartissent plutôt dans l’arrière-pays que sur le littoral », précise simplement Camille Loudun.
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  • Les financements et partenaires de MEDForFUTUR–Le projet est piloté par le CRPF PACA en partenariat avec l’ONF et un organisme de recherche, l’INRAE. Toutes ces structures le financent, avec un complément de 180 000 euros du ministère de l’Agriculture dans le cadre de l’appel à projets « Innovation et investissements pour l’amont forestier ». Le montant global du projet est de 430 000 euros.

 

  • Des dispositifs pour reboiser et diversifier les forêts – En Paca, la Région a lancé début 2020 le programme « 1 million d’arbres plantés d’ici 2021 ». Un des objectifs est de planter 800 000 arbres en forêt pour aider au renouvellement des essences adaptées au climat méditerranéen. Au niveau national, dans son Plan de relance de 100 milliards d’euros, le gouvernement a prévu d’allouer 200 millions pour reboiser les forêts. Dont 150 millions pour un fonds forêt dédié au renouvellement et à l’adaptation face au changement climatique.

 

  • Forêts publiques et privées, quelles différences ? La Fédération des syndicats de forestiers privés (Fransylva) Paca l’explique très bien sur son site internet. En France, les trois quarts environ de la surface forestière appartiennent à des propriétaires privés (personnes physiques ou personnes morales). Le reste est « public » et appartient à l’État (forêts domaniales), ou à une collectivité, voire parfois à l’Armée. C’est en tout cas l’État qui définit la politique forestière que les propriétaires, publics et privés, doivent suivre. Les forêts publiques sont soumises au « Régime Forestier » et leur gestion est confiée à un organisme public, l’ONF. Les propriétaires de forêts privées doivent quant à eux respecter les dispositions figurant dans le « Code Forestier ».

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