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T’as de beaux lieux, le podcast qui explore les tiers espaces

Par Nathania Cahen, le 26 novembre 2021

Journaliste

Une première feuille de route avec des étapes dans l'Oise, le Calvados, la Creuse, la Loire-Atlantique, les Bouches-du-Rhône et les Cévennes @ Maéva Revellin

On les appelle tiers lieux ou espaces communs. Hybrides, ils mixent les usages, les publics. Sont installés dans d’anciennes usines, des sites désaffectés. Réinventent la place publique. Pour en dessiner les contours et en saisir la nature profonde, Deborah Ozil et Anaïs Gruson ont entrepris un tour de France qui nourrit T’as de beaux lieux. Un podcast qui pourrait bien devenir le média des tiers lieux.

 

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Anaïs Gruson et Deborah Ozil @DR

Elles ont de beaux yeux et 61 ans à elles deux. Deborah, Grenobloise qui a donné dans le marketing, et la transfuge Anaïs, Ardennaise devenue Marseillaise, de formation communication. Il y a 18 mois, elles ne se connaissaient même pas. Elles se croisent du côté du média Les Mondes d’après. La France nage en plein Covid. Anaïs vient de faire un bilan de compétences et Déborah fomente un projet de création d’un espace hybride. Elles se découvrent l’envie d’entreprendre quelque chose ensemble. Par exemple un tour de France exploratoire des tiers lieux.

 

Enquêter sur le terrain

Pourquoi ? Parce qu’il existe encore peu de littérature sur le sujet, que les définitions varient, que la communication est balbutiante. Pour en avoir le cœur net, rien de mieux en effet qu’aller vérifier sur le terrain pour rencontrer les artisans et acteurs de ce changement. Pour avoir une expérience à partager avec tous ceux et celles que le sujet intéresse.

Deborah s’aventure néanmoins à donner sa définition : « des lieux adossés à des communautés pour redynamiser les territoires en mixant les publics ». Mais il existe presque autant de modèles que de tiers lieux. L’un de leurs ancêtres serait la Friche Belle de Mai, à Marseille. Une ancienne manufacture de tabac devenue friche culturelle en 1992 grâce à une convention d’occupation précaire. Puis au fil des années, devenue un terrain de jeu de 45 000 m2 avec crèche, restaurant, jardins partagés, skate park…

 

 

Une première saison autour des tiers lieux qui ont su apprivoiser le confinement

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Au Wip de Colombelles, Calvados @Deborah Ozil

Elles mettent alors à plat leurs envies et leurs idées. Structurent leur projet qui prendra la forme de six tournées jalonnées de plusieurs étapes. Chacune de ces dernières donnera lieu à un épisode de 40 à 50 minutes, diffusé sur le podcast. Elles sont fans de l’émission Nus et culottés diffusée depuis 2012 sur France5. Une liberté dans le ton, une approche originale. Mais à l’image, ces conteuses-enquêteuses préfèrent le son, « qui permet de plonger dans un imaginaire ». Et elles ne seront pas nues, mais effeuilleront les lieux approchés. En novices dans un premier temps.
Elles pensent d’abord au schéma une saison = une région. Puis revoient leur copie à l’aune du Covid. « Nous avons privilégié les lieux qui ont réagi, se sont réinventés pendant le confinement. Ont démontré leur capacité de résilience, d’agilité. Qui, au-delà de penser, ont fait ». Il fallait aussi être exhaustif, représentatif de la diversité (ville, banlieue, campagne, avec une dimension plus marquée fablab, culture, numérique, social, alimentation, ou hébergement). Ne pas revenir une énième fois sur des structures déjà très médiatisées, comme Darwin à Bordeaux.

Leur première feuille de route a finalement été celle-ci : Coco Velten à Marseille (Bouches-du-Rhône), Open Lande à Nantes (Loire-Atlantique), Le Wip à Colombelles (Calvados), La Quincaillerie à Guéret (Creuse), L’Hermitage (Oise) pour finir avec Le relais de l’Espinas (Cévennes). Leur association, Nouveaux Imaginaires, co-produit la saison 1 avec le Studio Ground Control. Pour savoir ce qu’elles y ont découvert, entendu, compris, il faut bien sûr écouter les podcasts qui y sont consacrés.

 

 

Elles ont été touchées

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« Nous rencontrons les dirigeants des lieux, mais aussi les habitants, les voisins, les bénévoles, les partenaires, les institutionnels » @ Nouveaux Imaginaires

Anaïs avoue un faible pour la ruralité. « Les enjeux sont importants, la solidarité y est encore plus forte qu’ailleurs ». Elle a été émue par les habitants de la Creuse, où « beaucoup de néoruraux se retroussent les manches pour créer ce qui n’existe pas, du cinéma au festival en passant par l’association LGBT, raconte-t-elle. Là-bas, tout semble possible, on croise plus facilement les compétences et les volontés, il y a un besoin vital de commun ».

Deborah, elle, a été marquée par Geneviève, croisée à Coco Velten, à Marseille. Qui s’est dévouée corps et âme durant le Covid autour de la plateforme de fabrication de repas organisée là dans l’urgence. « À notre micro, elle a confié en pleurant qu’elle avait trouvé une famille, qu’on lui avait fait confiance et donné envie de faire des choses. Qu’elle était prête à se battre pour que ce lieu ne ferme pas. » Plus largement, elles sont touchées par la cause défendue et l’engagement. Toutes ces personnes qui, au nom de leurs idéaux, se lancent, fournissement un boulot énorme, la tête dans le guidon.

 

 

Une démarche politique : bien sûr !

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À Marseille, Coco Velten @ Nouveaux Imaginaires

Militantes ? « Oui, il y a de ça. Derrière l’éclosion de ces écosystèmes, on trouve l’invention d’une nouvelle démocratie. C’est un peu l’héritage des Maisons du peuple, des MJC, des places de village disparues. On y recrée des liens. Des gens qui ne se rencontreraient plus dans la vraie vie s’y croisent ». Il y a également du contenu, des valeurs fortes qui transparaissent dans la presque totalité des tiers lieux, « le mieux vivre ensemble, la transition sociale et environnementale ».

Anaïs et Deborah enquêtent aujourd’hui à l’économie. À l’exception d’un premier partenariat encore confidentiel, les rentrées d’argent sont substantielles. « Il est difficile de se rémunérer au nombre d’écoutes, expliquent-elles. Donc on avance avec un écosystème de partenaires à la fois financiers, diffuseurs et prescripteurs ». Leurs déplacements se font en covoiturage ou en train. Elles passent deux à trois jours sur place, pour prendre le temps de rencontrer, d’écouter et de comprendre. « Nous rencontrons les dirigeants des lieux, mais pas que. On aime entendre aussi les habitants, les voisins, les bénévoles, les partenaires, les institutionnels. Parfois même les passants ». Cela donne un récit choral, avec des voix qui peuvent diverger. Les jeunes femmes dorment chez l’habitant – des membres de l’équipe, des bénévoles – et souvent ont « la larme à l’œil en partant ». Elles ont des idées en pagaille – d’expos, d’écrits, de lieux…

Les prochaines saisons aborderont davantage la philosophie et le rôle dans la société de ces lieux hybrides. Justement, la deuxième saison qui démarrera début 2022 aura pour thème la démocratie – à quelques mois de l’élection présidentielle, le sujet est brûlant. L’occasion de prendre la température de l’engagement, d’en cerner les nuances… ♦

 

* Le FRAC Provence parraine la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Tiers lieu, terme apparu en 1982 – La définition « officielle » – Le programme du Gouvernement  « nouveaux lieux, nouveaux liens » –

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