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Des psy aident les parents à reprendre confiance en leur rôle

Par Marie Le Marois, le 16 janvier 2020

Journaliste

La tendance est d’emmener son enfant chez le psy pour le moindre problème. Et si les parents portaient en eux les solutions ? Des experts en psychoéducation les aident à (re)trouver leurs compétences. Mère démunie de quatre garçons, j’ai testé.

Léo, du haut de ses 8 ans, pique régulièrement des crises de colère ; Thibaut, 12 ans, est accro aux jeux vidéo et Sybille, 16 ans, sèche régulièrement les cours quand elle ne fume pas du cannabis. Leur point commun ? Ils enchaînent les consultations chez le psy. Sans vraiment de succès. Dans 90% des cas, la racine du problème est  »seulement » éducative, selon Didier Pleux, Docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien et auteur. « La plupart des parents aimeraient que le ‘’psy’’ prenne en charge l’enfant sans eux et débloque la situation ». Or près de 80% des comportements ‘’inadaptés’’ que présentent les enfants sont liés « à des besoins non satisfaits (carence ou excès de contact, de tendresse, de permission) et/ou des erreurs d’ordre éducatif », avance Isabelle Filliozat. Pour cette psychothérapeute et auteure de nombreux ouvrages sur la parentalité positive, ces comportements sont facilement rectifiables si le parent modifie son ‘’parentage’’, c’est à dire sa façon d’être parent.

 

Reprendre son rôle de parent

Trop d'enfants chez le psy ! 3Cela signifie-t-il que les parents ont démissionné ? Non. Ils ont juste perdu confiance en eux, en leur bon sens. Ils appréhendent le conflit avec leur enfant, se sentent impuissants, ont peur de ne plus être aimés par lui, sont en désaccord avec leur conjoint ou, tout simplement, sont désorientés face à ce statut devenu si compliqué. Pour Didier Pleux, « les parents ont plus besoin de ‘’coaching’’ et de ‘’psychoéducation’’ que de psychothérapie pour leurs enfants ». Le Dr Sophie Campredon, psychiatre pour adolescent, confirme : « il faut déculpabiliser les parents et les aider à reprendre leur place d’éducateur ».

 

Se faire accompagner

Soutenir les parents dans leur rôle, c’est l’enjeu du nouveau métier d’accompagnement parental. Ateliers, conférences, café des parents, groupes de parole, coaching parental (bonus)…. « Ces professionnels ont un point commun : leur questionnement aide le parent à trouver de nouvelles compétences, une attitude qui amènera du changement dans la relation avec son enfant », explique Anne Lamy, auteur de plusieurs livres spécialisés dans l’éducation dont ‘’Parents, le grand désarroi – Faut-il un coach à la maison ?’’. Un autre point commun est la bienveillance : en aucun cas, les parents ne sont jugés. Au contraire. « L’idée est de renforcer leurs comportements positifs. De les aider également à relativiser la situation et à prendre conscience des qualités de leur enfant », souligne Jean-Marie Rosi, psychologue et thérapeute TCC (thérapie comportementale et cognitive) qui a accompagné des parents pendant 12 ans. Les problématiques qu’il a le plus souvent traitées ? Colère, trouble du sommeil et de l’alimentation, peurs, opposition. Pour les plus grands, les points soulevés avaient souvent trait aux relations sociales (timidité ou agressivité), aux devoirs, à certains comportements jugés ‘’excessifs’’ ou ‘’inquiétants’’ (surconsommation de jeux ou d’Internet, de tabac ou d’alcool, sorties tardives, fugues…).

 

La prise en charge peut être multiple

Trop d'enfants chez le psy ! 4Si la présence de l’enfant n’est pas nécessaire en coaching parental, il est souhaitable que les deux parents soient présents. « En effet, plus on est nombreux à se pencher sur un problème, plus vite il est résolu », souligne Isabelle Filliozat. Mais le fait qu’un seul mette en place de nouvelles solutions ou actions éducatives crée déjà une dynamique au sein de la famille. « D’ailleurs, la moitié d’entre eux venait seul (divorce, famille monoparentale, père très occupé…) et la plupart étaient des mères », note Jean-Marie Rosi. Selon lui, la limite du coaching parental est atteinte lorsque s’ajoutent des problèmes de couple ou, dans le cas d’un divorce, lorsque la relation est trop conflictuelle entre les parents. Dans ces deux cas, l’accompagnement est difficile, voire impossible, « j’oriente alors les parents vers d’autres professionnels adéquats, comme un conseiller conjugal ou un thérapeute de couple…) ». Il lui est arrivé également, en plus d’un accompagnement parental, d’orienter l’enfant vers un psychologue s’il détectait une pathologie (hyperactivité, dépression, angoisse…) Deux prises en charge complémentaires. « Je pense par exemple à Joséphine, 6 ans, qui ne voulait jamais dormir dans sa chambre, et se retrouvait systématiquement dans celle des parents. Il est apparu qu’elle avait développé un trouble anxieux après un cambriolage. J’ai conseillé une aide psychologique pour l’enfant et accompagné les parents pour qu’ils différencient leur peur d’être à nouveau cambriolés de celle de leur fille ».

 

L’autonomie visée

Le rôle des accompagnants parentaux est de faciliter aux parents la lecture du problème et favoriser l’appropriation des outils de la psychoéducation parentale, mais aussi de les aider à trouver leurs propres solutions. Avec ce qu’ils sont (leur histoire, leur configuration familiale), ce qu’ils peuvent (leurs limites, leur disponibilité) et dans une relation qui leur convient. L’objectif étant qu’ils retrouvent la confiance en leurs compétences et deviennent autonomes. En aucun cas ces professionnels ne donnent des recettes toutes faites. Et ça marche ? Rien qu’une ou deux séances peuvent remette en mouvement la relation. La solution est accessible, parfois si simple. Mais souvent, il en faudra davantage pour dénouer le problème. Avec toujours cette idée : ne pas devenir un super parent mais, pour Anne Lamy, « être ce parent-là pour cet enfant-là ». ♦

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [Pour les abonnés] Une école de coaching familial – Trouver un psy parental – Témoignages de parents

  • Trop d'enfants chez le psy ! 5La psychothérapeute Isabelle Filiozat a ouvert dans son école le cycle ‘’coaching parental’’, étalé sur deux ans et demi. Voici le rôle des coachs.

Dans un premier temps, le coach parental balaie toutes les hypothèses. Si l’origine de la problématique est d’ordre physiologique ou pathologique, le coach orientera l’enfant vers des spécialistes (orthophoniste, nutritionniste, pédopsychiatre, etc.), tout en lui proposant un suivi pour « restaurer la relation parent-enfant et retisser de l’attachement », précise la psychothérapeute. Si la cause se situe uniquement dans le ‘’parentage’’, « le coach accompagne le parent pour qu’il trouve les ressources et les compétences nécessaires, sans l’influencer», insiste-t-elle. L’objectif ? Son autonomie. Pour cela, le coach aide d’abord le parent à clarifier la problématique, comprendre ses réactions et écouter ce qui se passe en lui quand le trouble de son enfant apparaît : quelle émotion ressentez-vous ? Quelles pensées vous viennent ? Comment réagissez-vous ? Attaque (cri ou tape), fuite, figement ? « L’important n’est pas tant ce que le parent dit mais ce qu’il vit », pointe Isabelle Filliozat. Puis, le coach le soutient dans l’identification des besoins et émotions de son enfant et lui enseigne des outils concrets d’intelligence émotionnelle, de parentalité positive et de gestion de stress (apprendre à respirer, se concentrer sur ses pieds dans le sol, prendre son enfant dans les bras, faire un temps de pause dans une autre pièce, etc.). Au parent ensuite de piocher dans ces informations (jamais des conseils), de manière à ce qu’il fasse son choix et se les approprie.

Pour trouver un coach parental formé par Isabelle Filliozat, c’est ici.

 

  • Comment trouver un psy parental ?

Les parents peuvent se rendre sur le site Internet de l’AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) ou regarder sur Internet, les psychologues qui mentionnent « parents », « coaching parental » ou « guidance parentale ». Certains pédiatres, pédopsychiatres ou médecins généralistes développent parfois un soutien en la matière. ll existe également des ateliers parentaux qui ont fait leurs preuves : la CMV (Communication Non Violente), la Discipline Positive et le Faber et Mazlish, méthode popularisée avec le livre ‘’Parler pour les que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent’’.  Enfin l’Ecole des Parents et les Maisons Dolto proposent également du soutien à la parentalité.

Une ex « éduc’ spé » a ouvert à Marseille « Prose Éducation », une consultation pour les ados. Forte de son expérience passée, Cécile Minnino connaît bien tous les paradoxes, excès et souffrances de cet âge difficile. Elle se propose de jouer les médiateurs entre jeunes compliqués et parents tendus pour faciliter la traversée de cette période parfois très houleuse : proseeducation.fr

 

  • Témoignage de Sophie, 40 ans, mariée, trois enfants de 7, 5 et 2 ans

« C’est mon pédiatre-homéopathe qui m’a conseillé un psychologue parental. Mon mari et moi étions à bout. Mon petit de deux ans nous réveillait toutes les nuits à 5 heures et faisait des colères répétitives. Il est celui dont je me suis le plus occupée et, paradoxalement, qui me pose le plus de difficultés. Julien est l’enfant roi. On a du mal à lui dire non. Je lui cède tout, peut-être parce que je l’ai eu tard, certainement parce qu’il a failli mourir à deux mois. Mais comment changer notre fonctionnement ? Et puis, pourquoi se remettre en cause puisqu’avec les deux aînés, tout se passait bien ? Si Julien avait été en âge de s’exprimer, je l’aurais emmené chez un pédopsychiatre. Nous sommes d’ailleurs venus avec lui à notre premier rendez-vous. À ma grande surprise, en fin d’entretien, le psy nous a expliqué ne pas avoir besoin de voir notre fils ! Nous avons déjà fait trois séances. Et quel résultat ! Il nous a aidés à nous poser les bonnes questions. Cette aventure est loin d’être évidente, il n’est jamais facile de se remettre en cause ! Mais je veux continuer à progresser, mon mari aussi ».

Marc, 45 ans, divorcé, deux enfants de 10 et 15 ans

«Il y a un an, mon aîné a été surpris taguant les murs de l’école. Une fois de plus, cet acte était lié à son besoin de trouver sa place. Moi qui suis d’habitude un père compréhensif, un peu manipulé certes, mais attentif, ouvert au dialogue, j’ai mis des limites et posé des exigences : lit fait, chambre rangée, etc. Je me disais que ce cadre serait sécurisant et éducatif pour mon fils, et me protégerait de ses éternelles négociations. Résultat ? Cette subite fermeté a peu fonctionné et rendu Alex malheureux. Au bout de trois semaines, j’ai craqué, épuisé. Devais-je poursuivre dans cette voie ? J’avais besoin de conseils. C’est en cherchant sur les forums Internet que j’ai trouvé un psy spécialisé dans l’éducation. Il est apparu à la fin de la première séance avec le psy qu’il était inutile pour Alex de consulter. Et pour moi, que jouer au chef militaire du jour au lendemain ne servait à rien. Cela pouvait même créer une rupture avec mon fils et développer sa révolte. Nous avons travaillé avec le psy sur trois axes : fixer des règles non négociables (garder, par exemple, assez de forfait sur son portable pour être joint à tout moment), des règles négociables (jouer dix minutes de plus aux jeux vidéo si le contexte s’y prête) et, enfin, écouter ses demandes. Avec Alex, nous avons discuté, réfléchi et écrit une charte. J’ai lâché certaines exigences (le lit fait !) pour centrer mon énergie ailleurs. Enfin, j’ai mis en place un tableau hebdomadaire des tâches ménagères. Dans les semaines qui ont suivi, mes rapports ont changé avec lui : il était davantage dans le dialogue et moins dans la réactivité (ah, ces claquements de porte !). Il m’a même confié des situations dont il a été victime. L’histoire des tags ? Il les a faits sous la pression des copains. La perte de la calculette ? On lui avait volée. Et moi qui l’avais réprimandé ! La deuxième phase des consultations a concerné… ma fille Sara. Je n’étais pas venu pour parler d’elle, mais j’ai constaté que cette petite fille de dix ans était bien sage car elle n’avait pas le choix avec son frère. Je l’ai accompagnée pour qu’elle prenne sa place et confiance en elle. Enfin, j’ai réalisé que, depuis des années, je me focalisais sur les problèmes et ne fonctionnais qu’au reproche. Désormais, je vois et garde le positif. On fait une sortie sympa qui se termine par des disputes ? Ça reste une sortie sympa. Alex a fait la vaisselle mais mal lavé les plats ? Ça reste une bonne initiative. D’une consultation par semaine, je suis passé à tous les quinze jours et maintenant une fois par mois. J’ai désormais suffisamment de matière pour avancer seul ».

 

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