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Un océan de déchets collectés grâce aux bacs à marée

Par Frédérique Hermine, le 16 janvier 2023

Journaliste

Une centaine de bacs à marée jalonnent aujourd'hui le littoral aquitain ©F.Hermine

L’association TEO basée à La Rochelle installe sur le littoral aquitain des bacs à marée pour inciter à la collecte des déchets marins et sensibiliser à la pollution des océans. La récupération des données doit également contribuer à améliorer la gestion des déchets à la source.

 

Il n’y a hélas pas que les poissons et les algues qui flottent dans les mers. Ni des bateaux sur l’eau qui jettent leurs déchets par-dessus bord. Il y a ce que l’organisation The Ocean Cleanup a appelé le 7ème continent, celui des déchets plastiques qui polluent la planète bleue. Auxquels ajouter bien d’autres immondices qui s’échouent régulièrement sur les plages.

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La pirogue est un bon outil de sensibilisation ©DR

Fabrice Faurre, navigateur pendant dix ans sur les mers du monde, est particulièrement sensible à cette problématique. Il décide de fonder, en 2011, la société coopérative d’intérêt collectif Taho’e Eco-Organisation qui lance ou répond aux appels à projets en matière de protection du littoral. Objectif : diminuer l’impact des plastiques et déchets dans l’environnement. « Une façon de faire de l’écologie résiliante », estime Fabrice Faurre, qui a par ailleurs initié la construction de pirogues en Océanie puis en France en tant qu’outils de sensibilisation. D’où le nom de Taho’e : en polynésien, « la cohésion du groupe ». Depuis, l’idée a surtout fait son chemin sur le littoral atlantique. L’association devrait donc bientôt être rebaptisée Territoires Environnement Océans, sans avoir à changer ses initiales.

 

Trait Bleu sur les plastiques

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En moyenne, une tonne de déchets par bac par année ©F. Hermine

À partir de 2018, TEO, basé à La Rochelle (Charente Maritime) pilote le programme « Trait Bleu » – des opérations de diminution de l’impact de la pollution plastique sur les littoraux. Ainsi débarquent sur les plages de Charente Maritime puis, plus largement, sur la façade atlantique de la Nouvelle Aquitaine, les bacs à marée. « Il s’agit d’inciter les touristes et les promeneurs à ramasser des déchets plastiques, bois, verre et métal. Puis les déposer dans ces grands bacs disposés sur le littoral », explique Lena Dugros, chargée de mission chez TEO.

« Des panneaux d’information sur chaque bac en détaillent le mode d’emploi, même s’il arrive souvent d’y retrouver des restes de pique-niques. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont disposés sur place de septembre à avril, hors période touristique, précise la jeune femme. Pour ne récupérer que les déchets rapportés essentiellement avec les grands coefficients de marée. Ils disparaissent l’été, car ils seraient utilisés comme des poubelles classiques et ce n’est pas leur vocation. D’autant que leur ramassage spécifique est à la charge des communes ».

 

♦ (re)lire : Des filets pour empêcher les déchets de gagner la mer

 

Un réseau pour la collecte

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En Charente Maritime, plus de la moitié des déchets provient de l’activité conchylicole ©DR

TEO a donc tissé un système de collectes avec les mairies, les collectivités, les entreprises d’insertion, les fondations et les associations de bénévoles investies dans le nettoyage des plages (telles Surfrider ou Wings of Ocean). Les collectivités supportent le financement (environ 100 euros/mois pour un bac, à raison de deux ou trois par commune). De leur côté, les entreprises d’insertion participent à leur construction puis au tri des déchets, pour récolter des données poids-volume par catégorie. En trois ans, environ une tonne en moyenne a pu être récoltée pour chaque bac.

« Cela permet un suivi afin de déterminer la provenance par activité, commente Lena Dugros. Il s’agit ensuite de faire remonter les information au ministère de la Transition écologique, afin d’améliorer les politiques de gestion et le dispositif de Responsabilité Élargie du Producteur, selon le principe pollueur-payeur. Cette REP consiste à agir sur l’ensemble du cycle de vie des produits et faire évoluer la réglementation puisque l’objectif annoncé pour 2025 est de zéro déchet en mer. Les chercheurs font surtout des constats ; TEO, est indépendant et propose des solutions ».

 

Un outil de sensibilisation, gestion et cohésion

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Collecte bac à marée ©DR

Les bacs totems sont donc devenus des outils de sensibilisation, de cohésion du territoire et des indicateurs écologiques. Ils symbolisent un défi social, environnemental et de santé publique. Au vu des déchets ainsi récupérés, il est apparu qu’en Charente Maritime, plus de la moitié provenait de l’activité conchylicole (coupelles, tubes, filets, poches…). Une concertation avec ces filières a alors débouché sur le projet AMO (Amélioration en Milieu Ostréicole) pour le nettoyage et la reconquête de friches sur le littoral charentais. Les ostréiculteurs se sont mobilisés pour le nettoyage de zones comme celle d’Angoulins, près de La Rochelle, en fournissant tracteurs et main d’œuvre bénévole.

AMO comprend également toute une palette d’études. Scientifiques sur l’environnement et la biodiversité. Biologiques sur l’analyse de la dégradabilité et de l’impact des plastiques sur les pertuis charentais. Enfin, sociales concernant l’évolution des pratiques des ostréiculteurs, des touristes et des pêcheurs à pied. Ces études ont été financées par la Région, l’Agence de l’eau, le ministère de la Transition écologique. Et encadrées par les chercheurs de l’université de La Rochelle et du parc naturel marin Estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis.

Un autre projet est en cours avec l’ONF et l’entreprise Siteo pour étendre le réseau de bacs à marée en Gironde et dans les Landes. Et pour caractériser les déchets d’emballages des entreprises, pour une nouvelle négociation avec les filières dans le cadre du REP.

 

♦ Lire aussi : Reconversion Maison &Objets pour les déchets du port

 

De l’océan aux rivières

À ce jour, une centaine de bacs à marée jalonnent le littoral aquitain, en particulier charentais. TEO oriente désormais son action en amont. Pour remonter à la source en s’attaquant aux déchets plastiques des bassins versants et des fleuves. L’association réfléchit également à des barrages à bulles pour récupérer les déchets et bois en amont après des inondations, ou en aval des villes.

Un travail mené sur la Garonne, les gaves de Pau et d’Oloron, l’Adour, et à l’étude, la Charente. Ces opérations s’annoncent toutefois plus délicates que sur le littoral, les berges des rivières et des fleuves étant souvent moins accessibles que les plages. « Surtout après une crue ou une inondation qui font parfois déborder les décharges, souligne Lena Dugros. Sur la Garonne, on a même retrouvé des bâches agricoles à 10 mètres de hauteur dans les arbres, après une crue ». Un nouveau défi pour TEO et ses partenaires. ♦

 

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