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Une plateforme pour redynamiser les villages

Par Nathania Cahen, le 26 février 2019

Journaliste

@Mairie Le Quillio

Il y a des maires de petites communes qui ont besoin de consolider ou d’augmenter leur population, et qui ne manquent pas d’arguments ! Il y a aussi des gens qui ont envie de changer de vie, des artisans ou professions libérales qui cherchent un meilleur accueil. Et, désormais, une courroie de transmission entre ces deux publics : Commune Attractive.

 

« Au fond de moi, je ne supporte plus la ville », confie Raphaël Mira, 49 ans. L’idée de Commune Attractive est donc née à la croisée d’une carrière en partie menée dans des collectivités territoriales et d’un idéal de vie pour plus tard. « Un matin froid de novembre 2016. Les enfants sont à l’école. J’ai le blues. Remise en question. Ma tendre et fidèle associée me propose alors un brainstorming, un petit bilan de compétences, afin de réfléchir à l’avenir… Et, trois heures plus tard, comme par enchantement, Commune Attractive était né…“

Une courroie de transmission pour les petites communes

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Raphaël Mira

Le projet Commune Attractive repose sur un constat. Il y a des maires de petites communes, voire des intercommunalités, qui ont besoin de consolider ou d’augmenter leur population, et qui pour cela ont des arguments et des avantages à faire valoir. De l’autre, des personnes qui ont envie de changer de vie, des artisans ou professions libérales qui, professionnellement ne trouvent pas leur compte là où ils sont. Entre les deux manque une courroie de transmission.

Raphaël Mira a donc eu l’idée d’une plateforme où les uns déposent leurs offres comme des petites annonces. Et où les autres peuvent trouver des pistes pour concrétiser leurs aspirations. « Moins vulgairement, il s’agit d’une plateforme de projets de cadre de vie. Chaque annonce est précédée d’une accroche, détaille le contexte, et entend donner envie à un public ciblé », précise celui qui fut journaliste pendant dix ans, attaché de presse pendant cinq ans à la Ville de Marseille et à la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et enfin, attaché de presse indépendant dans divers domaines (politique, économie, social, nautisme, culture). Raphaël Mira peut donc se prévaloir d’une expertise solide dans l’approche des métiers de la communication et d’une bonne connaissance des institutions et de leur fonctionnement.

 

Communiquer avec des outils innovants

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@Mairie Le Quillio

Activer une telle plateforme n’est pas une mince affaire. Et la fameuse preuve du concept n’est pas encore à l’ordre du jour. La phase expérimentation est en cours, en Bretagne notamment avec le maire du Quillio, Xavier Hamon. Élu à 27 ans, en 2008, c’était le plus jeune maire des Côtes-d’Armor. Pugnace et déterminé à dynamiser son village. « Quand je suis arrivé, pas un nouveau logement n’avait été construit depuis 1978. Et sans construction neuve, pas de nouveaux habitants, pas de commerçants tentés et des risques pour les écoles… », explique l’élu. Un premier « hameau » de 20 logements est sorti de terre en 2014, un second suivra d’ici 2024. Et de 530 habitants, la commune est passée à 560. En parallèle, une micro-crèche, une bibliothèque et plusieurs services ont été créés. Mais une étude révèle le gros déficit d’image et de communication du Quillio ; le village est très peu connu dans la région, y compris dans son intercommunalité. « Nous avons réagi. Créé un site Internet, une page Facebook, des événements sportifs. Et mis en contact avec Commune Attractive, j’ai adhéré au concept et à l’idée de nous démarquer avec des outils innovants. J’ai également pensé qu’il était intéressant de rayonner au-delà de l’échelon local, dans toute la France, d’attirer ceux qui vivent dans de grandes métropoles ».

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@Mairie Le Quillio

La première étape a consisté en un audit de tous les critères d’attractivité de sa commune. D’un seul argument de départ, la réflexion commune a permis d’en dégager huit – à partir d’une grille complète de questions, portant notamment sur les métiers des artisans déjà en place, les écoles, les services médicaux, la proximité de grands axes routiers, les commerces existants, les labels décrochés (Ville fleurie…). Mais aussi les terrains vacants, les prix en cours. Et, bien-sûr, les bonus que peut espérer tout nouvel habitant, le « tapis rouge » déroulé pour les nouveaux venus : « Au Quillio, c’est un foncier très peu cher, à 12 euros le m², et un cadre de vie nature et chaleureux », assure Xavier Hamon.

 

À Néoules, la campagne, la mer, le Verdon et le GR9…

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@Mairie de Néoules

Comment une commune peut-elle bien se vendre ? Voici l’argumentaire mis au point pour Néoules, commune varoise de 2 600 habitants, pour l’ouverture prochaine d’un espace de coworking – Parce qu’elle possède un maire bienveillant auprès des entrepreneurs présents sur son territoire, la commune de Néoules est un atout pour ceux qui viennent s’installer. « Même si la compétence du développement économique est du ressort de l’agglomération, il est très important pour moi, et pour notre commune, d’accueillir des entrepreneurs et, surtout, de les soutenir. A Néoules, il y a une centaine d’entreprises. L’une de mes fiertés est d’avoir réussi à créer du lien entre elles. Chez nous, on doit prendre plaisir à vivre et à travailler… », argumente le maire, André Guiol. L’un ne va pas sans l’autre pour cet ingénieur de formation pour qui le travail et le plaisir ne doivent pas être deux notions éloignées. La connexion entre les entreprises est excellente, au même titre que l’accès internet et la liaison entre Néoules et les grandes villes du secteur. En moins d’une heure, vous pouvez gagner Toulon, Aix-en-Provence (gare TGV pour Paris), Saint-Raphaël et les aéroports de Marseille/Marignane et Hyères/Toulon. Si un entrepreneur peut se projeter sereinement dans cette charmante commune varoise fleurie au point d’en avoir été labellisée, sa petite famille n’est pas en reste. L’école et la crèche sont le poumon et l’avenir de la commune et les enfants y mangent bio. Le collège est à 3 km de Néoules et le lycée le plus proche (20 minutes), à Brignoles. Côté santé, un centre médical et une pharmacie sont présents sur la commune. Côté loisirs culturels, la vie associative est riche. Cinéma, théâtre, danse, travaux manuels. Sinon, le week-end, pour se détendre, les (saines) occupations nautiques ne manquent pas. À 45 minutes de voiture, on a les plages, d’un côté, et le Verdon, de l’autre. Mais aussi, le GR9 et le Parc Naturel de la Sainte Baume. Même en période de fortes chaleurs, à Néoules, on dort bien la nuit, sans appuyer sur le bouton de la clim : « Le bénéfice de nos 340 mètres d’altitude ». De l’art de faire ressortir les mots-clé et de valoriser les atouts d’une commune !

 

Une start-up 100% indépendante

Le plus difficile ? « La crédibilité, pointe Raphaël Mira. Mais j’ai maintenant prouvé que je suis quelqu’un de sérieux. J’ai été contacté il y a moins d’un an par l’Assemblée des maires ruraux de France qui voulait vérifier qu’il n’y avait pas de parti politique ou de syndicat embusqué derrière moi et m’inviter à leur congrès national. J’y suis allé, pour comprendre le fonctionnement des petites communes, prendre la mesure de leurs besoins et problématiques. » La phase d’observation est derrière. Mais avec les élections municipales qui s’approchent, l’attentisme prévaut. Une autre source de complication est la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) qui a transféré certaines compétences des communes vers les « interco ».

D’autres axes de développement se dessinent, relevant de la même logique. Par exemple, aider un artisan ou un chef d’entreprise à monter son projet et trouver la ou les communes où le mettre en œuvre. « J’accompagne déjà une personne qui porte un projet de permaculture. Et un couple souhaitant se lancer dans la culture du safran et dans l’apiculture, expose Raphaël Mira. Mais ce pourrait aussi bien être une boulangerie ! »

 

Bonus

  • Sur les 36 529 communes de France métropolitaine, plus d’une sur deux compte moins de 500 habitants au 1er janvier 2013. Dans sept départements, ce sont même huit ou neuf communes sur dix. Le nombre de ces petites communes a diminué depuis cinquante ans, essentiellement parce que certaines d’entre elles ont franchi le seuil des 500 habitants. Elles rassemblent aujourd’hui 7 % de la population métropolitaine, contre 11% en 1968. (source INSEE 2015)

 

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