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What’s Up Camille accompagne les seniors entrepreneurs

Par Raphaëlle Duchemin, le 1 avril 2022

Journaliste

Pour les inscrits à l'atelier, trois mois d’accompagnement renouvelables pendant trois mois © Pixabay

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », écrivait Rimbaud. Et quand on en a plus de 50, est-on trop vieux pour entreprendre ? Pour que l’âge ne soit plus un frein, une jeune femme a créé un incubateur pour seniors. En deux ans, 40 projets ont déjà été accompagnés par What’s Up Camille.

 

« Camille c’est un prénom aussi bien masculin que féminin : c’est pour ça que je l’ai choisi. » Voilà comment Kim Salmon donne le ton dès qu’on lui demande qui se cache derrière le prénom de son incubateur.

Pas de symbolique donc, ou pas celle qu’on imaginait, mais une très belle histoire tout de même. Pourquoi ? Parce que, Kim le dit elle-même, elle a derrière elle deux siècles d’entrepreneurs et qu’elle n’a jamais pensé être celle qui reprendrait le flambeau. Son père, sa grand-mère et avant eux les générations précédentes ont tous monté des business dans le Nord, leur terre. « On est de là-bas, rit-elle, et mon père passionné de généalogie est même remonté jusqu’au Moyen-Âge pour retrouver la trace de nos ancêtres ».

 

L’entrepreneuriat dans le sang

What’s Up Camille accompagne les seniors entrepreneurs
Kim Salmon © DR

Son père justement va, à son insu, lui communiquer la passion de l’entrepreneuriat :  « Il était touche-à-tout, un coup dans les bateaux, un coup dans le parfum ça ne durait pas longtemps et moi ça m’a fait peur ». Et puis Kim avoue aussi avoir eu du mal à trouver sa voie : « entre mon frère surdoué qui a fait Centrale et mes deux sœurs brillantes, confie-t-elle, je ne voulais pas être le vilain petit canard. Il fallait que je réussisse. »

Après avoir lorgné du côté des CAP et BEP, elle finit par passer un bac économie sociale et solidaire. La suite montrera qu’il n’y avait pas de hasard.

 

Pas de retour à la case maison

Un BTS puis une licence en poche, elle part à Londres parfaire son anglais puis rentre en France. Mais pas question de revenir au bercail, c’est donc à Grenoble qu’elle pose ses valises et choisit de se lancer dans un master en management. « Et là paf ! L’histoire familiale revient au grand galop », s’exclame-t-elle.

Elle lance une box de friandises des 4 coins du monde, met 5000 euros touchés d’un héritage dans un projet, et écrit à Bercy pour trouver un travail à Paris. Bonne pioche : sa candidature est retenue pour « Pépite France », le réseau des étudiants entrepreneurs. Elle y reste jusqu’en 2019, mais quand elle décide de se lancer, le covid arrive.

 

 

La solitude source d’inspiration

« J’étais frappée par la solitude des gens à Paris et notamment des seniors. J’avais été bénévole dans des associations mais je suis indépendante donc me vient naturellement l’idée de créer mon propre projet pour les aider. » Comme elle a trop d’idées et qu’il faut faire des choix, elle décide de trier les priorités. L’urgence, c’est le chômage des seniors, elle en est convaincue : ce sera donc un incubateur dédié aux plus de 50 ans. What’s up Camille est né.

Kim a beau sembler timide, elle sait exactement ce qu’elle doit faire : dans son ancien job elle a assuré des relations presse. Elle n’hésite pas, décroche son téléphone et appelle une journaliste qu’elle connaît. « Elle travaille à Notre Temps- précise-t-elle, et c’est elle qui m’envoie la première senior. Ma plus belle histoire », sourit-elle.

Kim s’en souvient comme si c’était hier : « J’attendais cinq femmes dans une salle d’un tiers lieu dans le 19e. Elles étaient en retard ; et d’un coup je vois entrer Soizic, 62 ans. Une boule d’énergie. Elle me regarde et me lance ‘je n’avais pas envie de venir, je n’ai pas envie de travailler avec des vieux’. » Le contact est établi. Derrière elle arrivent Alexandra, Dominique et les autres.

 

Pas d’âge pour se lancer

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« Repartir de zéro, mais en tenant compte de l’expérience, du savoir-faire et du savoir-être » @DR

« On attaquera en mai notre sixième promo », annonce Kim fièrement. Trois mois d’accompagnement renouvelables pendant trois mois.

C’est ce que suit en ce moment Laurent, le créateur d’une société baptisée Fluergy. « J’avais essayé de rentrer à Station F en décembre, explique-t-il, mais je n’ai pas été retenu. Ils m’ont demandé tout un tas de papiers à remplir, c’était très lourd. Une autre proposition m’a été faite, mais il fallait débourser 21 000 euros sur deux ans. Comme je suis au chômage et accompagné dans mon projet d’entreprise, on m’a donné un livret avec le nom de plusieurs incubateurs ; j’ai vu What’s up Camille. J’ai 49 ans, alors j’ai téléphoné pour demander s’ils me prenaient quand même. Kim m’a dit oui. Tous les lundis, on se retrouve par promo pendant trois heures. Il y a aussi des rencontres d’entraide pour partager nos infos et des ateliers facultatifs ».

Ce à la carte, c’est Camille qui l’a imaginé : « Tu ne peux pas fonctionner avec des seniors qui ont un bagage comme avec des jeunes qui sortent d’école. Je suis là pour les aider à repartir de zéro, mais en prenant en compte leur expérience leur savoir-faire et leur savoir-être. Avoir 50 ans et plus en France, c’est compliqué car le chômage explose pour cette catégorie-là. Mon but, c’est de les aider à créer leur propre emploi et pas de faire de l’argent ; c’est pour ça que l’incubateur est associatif. L’incubateur peut d’ailleurs compter sur le soutien d’assureurs et de gros groupes de mutuelles qui ont très vite compris où était l’intérêt. »

 

Bannir le sentiment d’avoir dépassé l’âge des possibles

Et ça fonctionne : déjà 40 entrepreneurs accompagnés. En plus de les aider sur le business model, la stratégie de communication ou la gestion, What’s up Camille leur donne aussi le courage de se lancer sans avoir le sentiment d’avoir dépassé l’âge des possibles. Ce qu’a fait Jeanne Thiriet. L’éditrice, qui publiera bientôt son tout premier roman (« Biche », un conte écolo) a été journaliste et rédactrice en chef avant de quitter le groupe pour lequel elle travaillait à 63 ans. Son idée : faire paraître des premiers romans écrits par des femmes. « What’s up Camille nous aide à laisser de côté notre syndrome de l’imposteur, reconnaît-elle. Pour Jeanne et Livres Agités (le nom de sa maison d’édition) un tel incubateur est aussi l’occasion d’avoir à ses côtés des spécialistes, pour tout mener de front et ne pas se sentir seul.

Kim avait vu juste. Elle rêve aujourd’hui de pouvoir agrandir le champ d’activités. Elle lancera dans les semaines qui arrivent un appel à projets pour que les femmes seniors construisent leur propre emploi. Et avec lui, leur seconde partie de vie. ♦

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