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Alerter sur les risques de cancer liés au travail de nuit

 

Par Coralie Bonnefoy

Je me demandais pourquoi ce cyclo accroché au mot sein. Puis l’évidence. Quand Sylvie Pioli enfourche son VTT noir, ce n’est pas que pour s’offrir une balade en pays martégal. Depuis trois ans, cette infirmière retraitée parcourt les routes de France avec un autre objectif : informer le grand public du risque accru d’avoir un cancer – du sein notamment – chez les femmes qui travaillent ou ont travaillé la nuit.

En décembre 2014, peu de temps avant Noël, Sylvie découvre une boule dans son sein droit. Quelques jours plus tard vient la confirmation : elle est atteinte d’un cancer du sein. Vite, l’incompréhension succède à la sidération de l’annonce de la maladie. « Je ne présente aucun facteur de risque », résume la blonde sexagénaire, désormais retraitée. « Je ne fume pas, ne bois pas, je suis sportive… Il n’y a aucun antécédent dans ma famille. Je ne comprenais absolument pas pourquoi j’étais malade ! » Jusqu’au jour où un confrère médecin lui assure que le travail de nuit aggrave les risques de survenue.

Comme de nombreuses femmes (plus de 3,5 millions de Français œuvrent de nuit), Sylvie a fait ce choix. Pendant 30 ans, elle s’est rendue au Centre hospitalier de Martigues de 20h30 à 6h30, alternant une semaine à 20h ouvrées, une semaine à 50h. « Bosser la nuit me permettait de voir mon fils dans la journée, je ne voulais pas qu’il ait à subir mes absences », se souvient-elle aujourd’hui. « Il ne s’agit d’ailleurs pas de demander l’interdiction du travail de nuit, ce serait ridicule. Mais il faut mieux informer aux risques que l’on encourt. »

La perturbation de l’horloge biologique interne

A l’automne 2015, Sylvie Pioli et son amie Sarah Bonelli lancent donc Cyclosein. Son objectif premier ? Sensibiliser au lien  –  méconnu et pourtant avéré – entre travail nocturne et apparition du cancer. En juin 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dévoile une « Evaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit » qui confirme les craintes de Sylvie. L’étude révèle que la perturbation de l’horloge interne et la nette baisse de production de mélatonine due à une exposition à la lumière artificielle la nuit, augmentent de 30 % le risque de développer un cancer du sein chez les femmes qui ont une activité professionnelle nocturne. Le taux grimpe à 40 % pour celles qui, comme Sylvie, ont eu une activité nocturne pendant plus de quatre ans d’affilée. « A la fin de ma carrière, mon horloge biologique ne savait plus où elle en était. Je ne dormais presque plus : trois heures par nuit au maximum. Si j’avais été prévenue, j’aurais été bien plus vigilante. Je me serais forcée à dormir », regrette l’ex-infirmière.

Depuis trois ans, avec d’autres membres de l’association, Sylvie grimpe donc sur sa bicyclette pour aller détailler les facteurs qui favorisent l’apparition du cancer auprès de lycéens et de collégiens de Bordeaux, Toulouse ou Marseille ; file frapper à la porte du ministère de la Santé pour y laisser l’épais dossier qu’elle a constitué sur la question (« J’ai bien peur qu’il soit allé à la poubelle », soupire-t-elle) ; va soutenir des personnels navigants qui connaissent des problématiques similaires ; passe une semaine à plancher sur le sujet au sein de l’Institut du travail à Strasbourg… Tout ça à vélo. « C’est mon allié ! sourit la jeune retraitée. Ce sport est à la fois préventif et curatif, pour moi. »

Le tour des institutions en tenue de cycliste

Cyclosein sensibilise aux risques du travail de nuit 1

Au début du mois d’octobre, celle qui habite Saint-Mitre-les-Remparts, a de nouveau enfilé sa tenue de cycliste. Direction Bruxelles et le Parlement européen : « Nous avons été reçues par les eurodéputés Michèle Rivasi (EELV) et Guillaume Balas (Génération.s) qui ont fait preuve de beaucoup d’écoute. Nous avons aussi pris part à une conférence de presse pendant laquelle nous avons pu expliquer le problème. » Et exposer des revendications, aussi. « Nous demandons une meilleure information lors de l’embauche, une limitation à 8h d’affilée pour les heures de nuit et des repos compensateurs. » Partout où elle passe, la présidente de Cyclosein défend également deux demandes essentielles à ses yeux : la reconnaissance du travail nocturne comme « facteur aggravant » du cancer (il est classé aujourd’hui comme « facteur probable ») et l’ajout du cancer du sein dans le tableau des maladies professionnelles.

Sylvie le sait, la route pour obtenir cette reconnaissance sera longue et difficile. Pas de quoi décourager l’ancienne infirmière. « Ça avance à petits pas, mais ça avance ! », s’exclame-t-elle, convaincue. L’an prochain, elle remontera en selle avec les autres membres de Cyclosein et ira porter son dossier à Genève. A l’Organisation des Nations-Unies (ONU) et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Rien moins.

 

Bonus

  • L’association ne perçoit pas de subvention. Elle finance sur ses fonds propres et grâce à des dons de particuliers ses diverses actions. Vous pouvez la contacter via son compte Facebook.
  • En octobre 2018, c’est la 25e campagne de lutte contre le cancer du sein, organisée en France par l’association Le Cancer du Sein, Parlons-en ! qui propose de lutter contre le cancer du sein en informant, en dialoguant et en mobilisant.

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