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Plutôt qu’un établissement spécialisé, une famille d’accueil pour les personnes handicapées ou âgées

Par Marie Le Marois

Journaliste

Césarine sent un brin de thym.

Qui connaît l’Accueil Familial Adulte ? Personne. Et pour cause, cette formule est peu répandue. On ne compte actuellement qu’une soixantaine d’accueillants pour toutes les Bouches-du-Rhône. C’est pourtant une vraie réponse pour les personnes dans l’incapacité de vivre chez elles. Reportage à Saint-Martin-de-Crau chez Véronique Gonzalez, dans une maison coquette nichée au bout d’un lotissement. Abrupte au premier abord, cette quinqua tonique au fort tempérament laisse transparaître une grande sensibilité au fil de notre rencontre.

 

Lové au creux d’un fauteuil en osier, un homme rêvasse dans le jardin. C’est Claude. Un adulte déficient intellectuel qui vit ici… depuis 26 ans ! « Il est arrivé l’année de naissance de mon dernier fils, raconte Véronique. Il a vu grandir mes trois enfants, participé à tous les anniversaires ».

 

Comme à la maison

Dans la véranda, construite par Francis, le mari de Véronique – « pour que les pensionnaires puissent prendre l’air l’hiver »-, une mamie discute avec ses petits-enfants venus lui rendre visite.

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Alice et Sébastien, son petit-fils.

Voici Alice. 88 ans, dont cinq passés chez les Gonzalez, et toute sa tête. « Mamie voulait rester vivre chez elle mais ce n’était plus possible », explique Sébastien, son petit-fils confortablement assis devant un plateau de café et de chocolats. « Il y a cinq ans, ma cousine a choisi cette formule ‘’comme à la maison’’. C’est familial et souple. Je peux venir la voir quand je veux. Et elle semble super heureuse. De toutes les façons, mamie le dirait si elle ne s’y plaisait pas ! » Ce mode d’accueil intermédiaire, entre maintien à domicile et maison de retraite, permet aux personnes âgées de préserver leurs petites habitudes dans un cadre intime et sécurisant.

 

Aux petits soins

Gants de jardinage et sécateur à la main, Francis Gonzalez revient du jardin. Une passion depuis qu’il est à la retraite. Il propose à Alice un verre d’eau. « Non », répond la vieille dame. « Tsss, je crois que si. Allez, avec du sirop de fraise », lui rétorque-t-il. Francis a beau ne pas être directement l’accueillant familial, il est aux petits soins avec ses protégés. Surtout quand sa femme s’absente, pour faire les courses par exemple. « Je lui laisse des consignes très strictes, insiste Véronique. Comme donner à boire toutes les heures. Car les personnes âgées n’y pensent pas ». Être aux petits soins ne signifie pas faire à leur place. La maitresse de maison n’hésite pas à bousculer gentiment Alice quand elle se laisse aller. « Elle a besoin d’être stimulée ». L’aïeule, qui n’a pas perdu une miette de la conversation, rétorque dans un sourire : « mais Véronique, elle n’est pas rancunière ».

 

Trois pensionnaires, pas un de plus

S’occuper des personnes fragiles est une vocation que cette femme entière nourrit depuis l’adolescence. Ses premiers jobs d’été, elle les passait comme animatrice de camps de vacances pour jeunes handicapés. Elle aime tellement son job qu’elle accueillerait bien deux personnes de plus – « avec mes cinq chambres et mon mari à mes côtés, je pourrais ! ». Mais les agréments sont réglementés à trois, éventuellement quatre pour un couple. Pas un jour sans que Véronique ne reçoive des demandes de placement. Elle a alors fondé l’Asacfa (ASsociation d’ACcueil en FAmille), une association pour accompagner les familles dans leurs démarches. Et les aider à accepter la décision parfois culpabilisante de placer leur proche.

 

Des accueillants formés

L’accueil adulte n’est pas une panacée. Les accueillants remplissent plus ou moins bien les cases demandées, comme n’importe quelle structure qui prendre en charge des personnes en situation de fragilité. Raison pour laquelle ils sont suivis de près, dès la demande d’agrément. C’est seulement après un dossier détaillé, une visite pluridisciplinaire et la réunion d’une commission que les candidats obtiennent ou pas l’agrément. Les raisons d’un refus ? Une maison inadaptée, un projet d’accueil pas suffisamment abouti ou partagé par les autres membres de la famille. S’ensuit une formation initiale et continue sur la maladie (Alzheimer, parkinson…), la prise en charge de la personne, les premiers secours, etc. L’agrément est renouvelé tous les cinq ans et peut être retiré en cas de maltraitance. « Nous avons des contrôles inopinés du département, signale Véronique. Moi je m’en fous, je n’ai rien à cacher ».

 

Une formule qui ne colle pas toujours

Il arrive parfois aussi que cette formule ne colle pas avec les accueillis. Expérience qu’a vécue Véronique, coup sur coup, avec trois pensionnaires. La première en raison d’un Alzheimer difficile à gérer – « la dame criait la nuit, ses enfants avaient omis de me le dire » -. La seconde parce que ses enfants considéraient trop que Véronique était à leur service. La troisième se laissait mourir de faim, « elle souffrait de ne plus être chez elle ». Que ce soit faire le lien avec les familles ou établir les contrats d’accueil, l’accueillant est toujours épaulé par une assistante sociale référente.

 

Quelques pas tous les matins

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Véronique Gonzales avec Claude et Césarine

Une autre vieille dame nous rejoint dans la véranda, les yeux chiffonnés par sa sieste. C’est Césarine. 90 ans. Elle ne sait pas vraiment depuis combien de temps elle vit chez les Gonzalez. « Mais on s’en fout, lui rétorque Véronique dans un sourire. L’essentiel, c’est d’être bien ». Et visiblement, elle l’est. Surtout quand Francis vient lui faire sentir le romarin du jardin. La collection de plantes et cactus représente une animation pour les résidents, tout comme les poules qui trottinent. Les journées ? Du plein temps. Véronique attend que ses pensionnaires soient réveillés – toujours Claude en premier – et leur apporte le petit déjeuner. L’infirmier vient à 9h30 effectuer leur toilette. S’ensuivent série télévisée pour l’une, bain de soleil pour l’autre, puis petite marche jusqu’au portail. « Parfois, je les amène à Arles, on va faire les magasins ».

 

Plus Belle la Vie

Puis arrive le moment du déjeuner préparé par Véronique. Ahhhhh, le repas. A l’évocation de ce mot, Alice égrène son dîner de la veille : soupe de courge « excellente », boudin avec purée et banane. Là encore, notre accueillante reste très vigilante : « Alice fait des fausses routes régulièrement avec les aliments et Césarine oublie de manger, il faut que je la sollicite ». Après la sieste, c’est émission de radio pour les femmes et jardin pour Claude qui adore ramasser les olives. Quand les petits-enfants de Véronique viennent pour le goûter, c’est la fête. Elle sort les caisses de poupées dans la salle, petits et pensionnaires jouent ensemble. Puis dîner. Les repas à heure fixe, ce n’est pas le fort de Véronique. Ce qui met en rogne Alice qui ne louperait pour rien au monde Plus Belle la Vie « même s’il y a des gens que je ne connais plus » et Zorro le dimanche soir. Césarine, elle, préfère les Grands du Rire. Claude ? « La nourriture et les infos », rit Véronique.

 

Elle connaît ses limites

Jamais elle en a assez, Véronique. Elle connaît ses limites. Quand elle a besoin de souffler, elle s’isole et s’adonne à la méditation pour retrouver le silence et se recentrer. Pour la remplacer, la journée, le week-end ou les vacances, une personne famille relais vient chez elle. La seule fois où elle a trouvé son métier ardu, c’est à son premier décès, « ça m’a fait beaucoup de mal et puis j’ai appris à vivre avec cette idée de fin ». Véronique accompagne ses pensionnaires jusqu’à leur dernier souffle, en les tenant par la main. Elle sent quand la mort arrive. A la respiration, au regard. Dans ce cas, elle reste à leurs côtés, même s’ils ont été transférés à l’hôpital. « Je trouve toujours le moyen d’être là, je veux accomplir mon travail jusqu’au bout », insiste-t-elle. Émue, elle se souvient des derniers instants d’une ancienne pensionnaire restée douze ans à ses côtés. « Je la sentais passer de l’autre côté quand soudain, elle m’a pris ma main et l’a embrassée ».

 

Bonus 

  • Asacfa (Association d’Accueil en Famille), Tél. : 04 90 47 24 05
  • Qui peut être accueilli ? Une personne âgée (+ 60 ans) ou handicapée adulte (reconnaissance MDPH) hors lien de parenté avec l’accueillant familial jusqu’au 4° degré inclus. Et les contrats sont de gré à gré.
  • Il faut compter entre 1 800 € et 2 000 € par mois. La personne accueillie peut bénéficier des aides au logement (CAF) et de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). Si les ressources sont insuffisantes, une prise en charge par l’Aide Sociale peut être envisagée.
  • Le Département 13 vous adresse la liste des accueillants familiaux agréés par ses soins. Il vous indique procédure et places disponibles. Tél. : 04 13 31 90 62.
  • Beaucoup d’infos également sur le site Famidac