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Caire13 soulage les travailleurs indépendants touchés par le cancer

Par Agathe Perrier

Journaliste

Pour un chef d’entreprise, un agriculteur, un artisan, un commerçant, un travailleur libéral ou salarié indépendant, le cancer équivaut à une double peine car il n’a pas de protection sociale. D’où le précieux accompagnement de Caire13 pour les démarches administratives, pendant le parcours de soin et lors de la reprise du travail. J’ai rencontré l’équipe formidable de cette association unique en France, qui est venue en aide à plus de 300 malades en 4 ans.

 

On est en 2017. Muriel, chef d’entreprise depuis deux ans, vit une période de grosse fatigue. Les sept pages d’analyses prescrites par son médecin ne révèlent rien. Mais malgré un break, ça ne passe pas. Il faudra attendre une mammographie pour détecter un cancer. Entre la sidération et l’opération, elle n’a eu que deux semaines. Seulement deux semaines pour préparer la suite afin d’éviter le déclin de sa société, « son bébé » ! « À l’hôpital, j’avais été orientée vers des assistantes sociales pour m’appuyer dans mes démarches. Elles m’écoutaient mais ne comprenaient pas ma situation, ne comprenaient pas ses spécificités. Elles m’ont alors orientée vers Caire13 ». Au contact des bénévoles de l’association, Muriel s’est sentie non seulement écoutée, mais entendue, comprise. Les questions juridiques ont été traitées, des aides trouvées alors qu’elle ne pensait pas y avoir droit. « Psychologiquement, ça a été plus qu’important. Je n’étais pas isolée. Pour gérer la maladie, ça a été primordial ».

 

Traiter l’urgence

Caire 13 épaule les salarié indépendants malades du cancer 2
Les bénévoles de Caire13.

Environ 400 000 personnes chaque année découvrent qu’elles sont atteintes de la fameuse « longue maladie ». Et se retrouvent bien souvent désemparées face à ce crabe dévorant. Plus encore lorsqu’il s’agit de travailleurs à leur compte. Car sans assurance souscrite, rien ne les couvre ni ne les protège. À l’hôpital ou dans les établissements de soin du cancer du département des Bouches-du-Rhône, le personnel les redirige alors souvent vers Caire13 (pour Cancer Aide Info Réseau Entrepreneur). L’association a fait de ce public sa priorité. Quand un chef d’entreprise ou un indépendant se décide à prendre son téléphone pour lancer un SOS, c’est Christine Gavaudan qu’il trouve au bout du fil. Chargée de mission de la structure, elle en est aussi l’unique salariée. « Ma première action est de comprendre l’urgence du malade. Car c’est bien rare qu’il n’y en ait pas. Un huissier qui est passé, un stock dont on ne sait que faire, une déprime à cause du cancer… Parfois, ça touche plusieurs domaines en même temps. Mon but est de cibler les différents interlocuteurs nécessaires, le plus rapidement possible ».

Chaque appel passé est donc suivi d’une rencontre. Entre le demandeur, Christine Gavaudan et un, deux, trois voire quatre bénévoles. Chefs d’entreprise à la retraite, assureur, expert-comptable, avocat, assistante social, médecin, psychologue… : ils sont une cinquantaine à s’impliquer régulièrement. Les réunir tous ensemble autour d’une table est un gain de temps précieux pour le malade, qui évite ainsi de se rendre à X rendez-vous pour obtenir des réponses. C’est l’opportunité surtout de régler son problème sans en créer de nouveaux.

Caire13 soulage les travailleurs indépendants touchés par le cancer

 

De l’humain et du gratuit

Ensuite le téléphone assure le lien et fait circuler les conseils. C’est ainsi que fonctionne la plupart du temps maître Laurence Bozzi, bénévole depuis 4 ans. « Une des grandes difficultés, c’est d’être disponible au même moment que le demandeur. Mais on y arrive ! Je crois en l’humain et tant que je pourrai aider quelqu’un, je le ferai », ne démord pas cette avocate du barreau de Marseille. Elle est sollicitée environ deux à trois fois par mois par l’association. Dernièrement, c’était pour Martine* dont le mari artisan est tombé malade. Atteint par un cancer, il n’a pu maintenir son activité ni payer le loyer de son atelier. « J’avais besoin de conseils, je ne savais pas comment faire », se souvient-elle. Guidée par Laurence Bozzi, elle a contacté le propriétaire du local pour lui expliquer la situation. Tout a pu être réglé, sans souci financier. « Si elle n’avait pas été en relation un avocat, elle aurait laissé la situation pourrir et se serait retrouvée avec des mois de loyer à payer sans pouvoir le faire », ajoute Me Bozzi. Et Martine de compléter : « Ce que j’ai trouvé aussi, c’est une aide gratuite, alors qu’aujourd’hui, tout se paye ».

 

Un système désuet qui remonte à l’après-guerre

La différence de prise en charge en cas de maladie pour les salariés et les non-salariés n’est un secret pour personne. Elle remonte à 1946, au moment de la création des systèmes de protection toujours actuels. À cette époque, les travailleurs à leur compte n’ont pas souhaité en faire partie. Et la situation n’a pas bougé, 70 ans plus tard. « Dans les services de santé au travail, les employés qui tombent malades sont invités à rencontrer le médecin du travail. Celui-ci va déployer toutes les mesures nécessaires pour qu’ils retrouvent leur emploi à la reprise. Les indépendants, eux, sont seuls », explique Annie Bosredon-Caussin, médecin du travail et présidente bénévole de Caire13. Exception faite pour ceux qui ont souscrit à une prévoyance. Mais par désinformation ou manque de moyens, c’est rarement le cas.

 

Un changement d’ici deux ans

Caire 13 épaule les salarié indépendants malades du cancer 3Une réforme se profile toutefois à l’horizon des deux prochaines années, basée sur les résultats du « rapport Lecocq » (de la députée LREM du Nord, Charlotte Lecocq) relatif à la santé au travail. « La commission déléguée  en est arrivée à la même conclusion que nous. Il faut moderniser le système de santé et surtout y intégrer les non-salariés », martèle la présidente. Elle reste néanmoins persuadée que le seul accompagnement médical pour ce type de public n’est pas la solution. « Les médecins n’ont pas la réponse à toutes les questions des indépendants. C’est pourquoi il faut une équipe pluridisciplinaire à leur disposition, pour qu’ils aient des explications aussi bien médicales qu’administratives, comptables, assurantielles, etc ».

Comme le fait déjà Caire13 en somme. C’est d’ailleurs la seule structure en France à faire appel à un panel de professionnels diversifié pour conseiller les chefs d’entreprise et professions libérales. L’association a même été contactée pour présenter ses actions auprès des services de santé qui planchent sur ce dossier au niveau national.

Mais la réforme doit aller encore plus loin pour Laurence Bozzi. « Il faudrait réfléchir à intégrer dans le futur système une sorte de prévoyance obligatoire pour les personnes à leur compte. Afin qu’elles aient une somme minimum si elles tombent malades et n’ont pas d’assurance ». Une idée partagée par l’ensemble des bénévoles et de nombreux acteurs du monde médical, réunis le 5 décembre dernier autour d’une table-ronde.

 

Une antenne dans le Vaucluse, et après ?

En quatre années d’existence, Caire13 est venu en aide à plus de 300 malades. L’ambition maintenant est de déployer le dispositif au-delà des frontières du département. La fédération Caire a ainsi été créée à l’été 2018 et Caire84, l’antenne vauclusienne, en octobre. « On a également rencontré le Conseil de l’Ordre du Var, des volontaires motivés dans les Alpes-de-Haute-Provence. Dans un premier temps, l’idée est de se développer sur les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse », précise Annie Bosredon-Caussin. D’après l’association, le crabe attrape 2 400 travailleurs indépendants dans ses pinces chaque année sur le territoire provençal. Pas le temps d’attendre la réforme pour continuer d’agir. Et vite. ♦

 

* Le prénom a été changé pour des questions d’anonymat.

 

Bonus

  • L’association Caire13 est financée par la fondation GIMS (Service de Santé au Travail), les collectivités locales et des partenaires privés.
  • Pour toute question ou besoin d’aide, la permanence téléphonique est ouverte du lundi au vendredi de 8h30 à 17h au 04 86 67 72 72.
  • L’association est constamment en recherche de bénévoles dans tous domaines (avocat, comptables, médecin, chef d’entreprise, assureur, assistante sociale…), actif ou à la retraite. À contacter à l’adresser : caire@gims13.com