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Mini Green Power carbure au management libéré

 

Par Paul Molga, journaliste

La start-up a donné plus d’autonomie et de responsabilités à ses collaborateurs. Le turnover a été divisé par trois et les projets sont déployés avec plus d’aisance.

 

C’est un changement radical de son management qui vaut aujourd’hui à Mini Green Power d’avoir remporté le trophée des Bonnes Pratiques décerné par France Qualité à l’occasion de la 26e cérémonie des prix nationaux de la qualité et de l’excellence opérationnelle. Le déclic, Jean Riondel, président fondateur de cette start-up varoise, le doit à l’hémorragie de ses effectifs avec un taux record de turnover de plus de 30%. « J’étais trop directif et je laissais peu de place aux responsabilités alors que les nouvelles générations demandent du sens et de la liberté », reconnaît cet expert en turbines à gaz qui s’est lancé en 2014 dans la conception d’unités énergétiques de proximité, fondée sur un système breveté de combustion étagée.

 

Des gains de temps spectaculaires

Comment Mini Green Power a libéré son management 1
Jean Riondel

Mais s’improviser manager new wave n’est pas donné à tout le monde, surtout quand on a, comme ses associés et lui, passé la cinquantaine. « C’est notre mentalité qui a dû évoluer. Pas simple quand les certitudes se sédimentent avec l’âge », reconnaît le patron.  Après une formation poussée à l’économie fonctionnelle et collaborative, il commence il y a deux ans à faire évoluer son organisation vers le modèle des entreprises libérées : moins de directives, plus d’autonomie, montée au capital après trois ans d’ancienneté, recrutement confié aux jeunes, primes valorisant la contribution au fonctionnement de l’entreprise, charte de valeurs… « Nous avons remplacé le devoir par la passion », résume l’expert.

Deux ans après l’engagement de la démarche, les résultats sont déjà spectaculaires avec une réduction par trois du turnover et l’obtention du label Happy At Work. « Avec notre nouvelle organisation, nous avons déployé cet hiver un projet au pays de Galles en seulement 10 jours alors que l’année d’avant un projet similaire en Sicile avait pris trois mois et créée d’énormes tensions », témoigne Jean Riondel qui se tient désormais à l’écart du management opérationnel, lançant le soin à un échelon intermédiaire de faire le lien entre ses directives et les jeunes recrues.

Remotivée, l’entreprise fourbit ses armes pour réaliser ses objectifs commerciaux : 3 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, et 60 millions d’ici 2023. Car c’est une certitude pour de plus en plus d’experts : les besoins en énergie vont doper le marché des petites chaudières de production locale à base de biomasse. A condition d’améliorer leur performance. « La notre peut brûler toutes sortes de combustibles : bois de meubles, bois peints, mélanges de plastiques et de déchets solides, voire même des végétaux fraîchement coupés contenant jusqu’à 60% d’humidité, c’est à dire trois fois plus que les centrales les plus efficaces aujourd’hui », explique Jean Riondel.

 

100m² au sol capables d’alimenter 65 foyers

Pour parvenir à ce résultat, l’entreprise a remis au goût du jour le principe de pyrogazéification qui permettait aux voitures de fonctionner avec du charbon de bois pendant la deuxième guerre mondiale : dans la chaudière, la combustion s’opère par strates avec plus ou moins d’oxygène. L’opération produit un gaz de synthèse à base d’hydrogène qui génère un flux d’air hyper-énergétique à 1000°C à même d’alimenter un réseau de chaleur ou une turbine de production électrique. « Nous produisons de l’énergie en circuit court en valorisant localement les déchets et des ressources abondantes jusqu’alors négligées, comme les coupes d’espaces verts, les sous-produits agricoles ou les rémanents forestiers ». Pas moins de six brevets protègent cette technologie qui occupe 100m² au sol capables d’alimenter 65 foyers en faisant l’économie de 430 tonnes de fuel. Sa cible : les petites villes, industries et opérateurs de déchets. Un programme de recherche prévoit d’adapter la technologie aux serres de culture en récupérant le CO² résiduel du brûlage pour nourrir les plantes. Pour mener à bien ce projet, elle vient de lancer sur la plateforme de financement participatif Tudigo une levée de fonds de 2 millions d’euros qui s’ajouteront aux 5 autres déjà levés depuis sa création.

 

Bonus

C’était l’un des premiers articles de Marseille. En octobre, nous vous avions parlé de la Coopérative d’Estandon, à Brignoles, qui bénéficie également d’un management participatif, qui s’appuie sur les principes de l’holacratie.