Fermer

Un nouveau souffle pour L’éolienne

Par Guylaine Idoux

Journaliste

@Damien Tomasi

Condamnée par les évacuations qui ont suivi le 5 novembre 2018, cette salle de spectacles du quartier marseillais de Noailles, dédiée aux musiques du monde et aux contes, rouvre enfin après un an de travaux. Rendez-vous ce soir à 19h30 pour le loto culturel qui fête cette renaissance, l’occasion aussi de découvrir la nouvelle programmation et ses pépites !

 

Un échafaudage s’élève encore dans la rue, la peinture de l’accueil est toute fraîche, la salle voûtée du sous-sol attend ses premiers invités, conviés ce soir dès 19h pour un double événement : un loto culturel animé par deux artistes (bonus) et une exposition-photo dédiée à l’histoire du lieu, des clichés de Damien Tomasi retraçant certains événements phares de cette petite salle de spectacles nichée sous les voûtes en pierres anciennes de la rue Méolan. Cofondée en 2010 par la directrice de production Claire Leray et l’artiste compositeur Bruno Allary, L’éolienne fête ses dix ans, un anniversaire au goût de soulagement, celui d’une mini-équipe soudée autour de son lieu, qui a failli disparaître dans les terribles répliques du séisme du 5 novembre 2018.

 

Le soulagement de la renaissance

Un nouveau souffle pour L’éolienne 3
Claire Leray

Située en sous-sol, notre salle n’était pas directement menacée mais nous avons pris la difficile décision de partir jusqu’à ce que les travaux de mise en sécurité soient faits, raconte Claire Leray. Nous ne pouvions pas travailler sereinement alors que le reste de l’immeuble était partiellement évacué et en péril à cause de marchands de sommeil qui ont laissé leurs biens se dégrader ». Comme 3 700 Marseillais depuis les effondrements de la rue d’Aubagne, l’équipe de L’éolienne a vécu le traumatisme du délogement. Le départ précipité. L’absence de repères. Les affaires personnelles (ici celles laissées dans une salle au rez-de-chaussée) endommagées par des travaux d’urgence effectués sans bâcher. Bref, un long chômage technique pour la troupe, l’annulation de la programmation, les difficultés financières, les doutes…

Le chemin vers la renaissance a duré plus d’un an. « On devait rouvrir en septembre mais les travaux ont eu quatre mois de retard. Nous revoilà enfin tout prêts à accueillir le public, au pied d’un immeuble presque entièrement refait ». Résiliente et volontaire, Claire Leray ne veut pas rester sur ces mauvais souvenirs : « Ça a été une épreuve mais nous regardons l’avenir maintenant ». Et l’avenir, pour L’éolienne, c’est la programmation in situ pour le semestre à venir : « Des concerts de musiques du monde et des contes pour adultes, deux matériaux traditionnels avec une appropriation contemporaine », rappelle la directrice du lieu. Dans l’ADN de L’éolienne, aussi, la volonté de surprendre, avec de vraies trouvailles : « Nous tenons à ouvrir la scène à de jeunes artistes dont la flamme nous touche, mais aussi à des artistes reconnus, qui viennent tester de nouvelles créations chez nous ».

 

Des collaborations inédites

Un nouveau souffle pour L’éolienne 4
Shadi Fathi & Bijan Chemirani. @Damien Tomasi

Un exemple ? Le 6 février, un concert de musique persane avec Shadi Fathi et Bijane Chemirani, un duo accompagné par L’éolienne depuis deux ans avec, notamment l’enregistrement d’un premier album, « Delâshena ». Autres propositions alléchantes : le quartet berbère et hellénique Imira (où la guitare électronique et la basse se marient à l’accordéon et à l’oud, le 27 février) ou encore Marien Guillé (un conteur de Noailles, qui entremêle son amour du quartier, la poésie et la quête de ses origines indiennes, le 5 mars), la conteuse Gigi Bigot (une figure du monde du conte, le 17 avril)… On vous laisse découvrir les autres dates ici. Autre actualité pour les 10 ans de L’éolienne : une intense programmation hors les murs, « une centaine d’événements gratuits, dont 80% de contes, principalement jeunesse ceux-là », annonce Claire Leray.

Mais c’est avant tout à Noailles, ce quartier profondément traumatisé par la tragédie du 5 novembre 2018, que la réouverture prend tout son sens, l’un des signes que la vie reprend, malgré tout, doucement. « Voilà dix ans, quand nous nous sommes installés, nous n’avions pas choisi le lieu au hasard. Même si elles sont contemporaines, nos propositions explorent les liens à la tradition, un thème qui résonne fortement à Noailles. Les musiques du monde et les contes parlent aussi au quartier ». Sans oublier la parole symbolique, chère à la conteuse Gigi Bigot, qui s’élèvera bientôt depuis les profondeurs de la rue Méolan, comme un message fort pour Noailles, celui du chemin vers la résilience. ♦

* Le La Villa Médicis de Cassis parraine la rubrique « Culture » et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus [Pour les abonnés] – Le loto – L’éolienne – Le « son de Marseille » –

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Déja membre ? Vous connecter

S'abonner pour lire la suite