Fermer

Municipales : les subtilités des 8 élections de Marseille

Par Rémi Baldy

Journaliste

[Aux urnes] Le week-end prochain, comme au 1er tour, Marseille ne connaîtra pas une, mais huit élections distinctes avant de connaître le nom de son maire. La cité phocéenne partage avec Paris et Lyon une méthode de scrutin particulière où les votants sont appelés à désigner des conseillers d’arrondissement qui choisiront eux-mêmes le futur locataire de l’Hôtel de Ville. On vous explique tout.

 

Se rendre à son bureau de vote, choisir le bulletin de la liste au nom du futur maire souhaité puis le glisser dans l’urne. Ce sera le cheminement classique pour les électeurs qui iront voter le 28 juin prochain. Dans toutes les communes ? Non ! A Marseille, comme à Paris et Lyon, le scrutin est un peu différent puisque l’on y vote pour des maires d’arrondissements.

 

Pourquoi ce découpage ?

Une distinction que l’on doit à la loi relative à l’organisation administrative de Paris, Marseille et Lyon dite « PML ». Un texte adopté en 1982, quelques mois après la loi de décentralisation menée par un certain Gaston Defferre alors maire de Marseille depuis 1953 …mais aussi ministre de l’Intérieur et de la décentralisation depuis un an. Ce nouveau scrutin s’applique dès les élections de 1983. Est-il utile de préciser que la manière dont sont délimités les secteurs ne doit rien au hasard et qu’elle est plutôt favorable au locataire de l’Hôtel de Ville ? Le « découpage (est) assez habile pour le faire gagner alors que son adversaire Jean-Claude Gaudin rassemble plus de voix que lui », soulignent le sociologue Michel Peraldi et le journaliste Michel Samson dans Gouverner Marseille (paru en 2005).

À Lyon, chacun des 9 arrondissements correspond à un secteur. À Paris, un nouveau découpage sera appliqué pour ce scrutin : chacun des vingt arrondissements constituait un secteur, mais désormais la capitale ne compte plus que 17 secteurs après la fusion administrative des quatre premiers arrondissements, devenus « Paris Centre ».  Marseille enfin se décompose en 8 secteurs, chacun composé de deux des 16 arrondissements de la ville.

Carte : composition du découpage par secteurs de Marseille

Lecture : Les 8 secteurs de Marseille sont chacun composés de deux arrondissements.
À Marseille, 303 candidats pour une liste

Ce scrutin signifie que Marseille ne connaîtra pas une mais huit élections, puisqu’il faut élire les conseillers municipaux qui désigneront le maire. Au premier tour, une liste ayant obtenu 10% des voix peut se maintenir, fusionner avec une autre ayant fait entre 5 et 10%, ou se retirer. Toutes les listes sous la barre des 5% sont d’office éliminées. À l’issue du second tour, la liste qui arrive en tête obtient la majorité des conseillers. Les autres places sont ensuite réparties entre les listes ayant un score d’au moins 5%.

Comme le nombre d’habitants varie selon les secteurs, d’un peu moins de 74 000 âmes dans le 2e à presque 156 000 dans le 7e, le nombre de conseillers municipaux élus est plus important dans les arrondissements les plus peuplés. Un candidat présent dans tous les secteurs, ce qui est préférable pour être élu maire, doit constituer des listes dans chacun d’eux avec, au total, 303 candidats. Un tiers des élus entre dans l’hémicycle municipal, constitué de 101 sièges, et vote pour désigner le maire. Les autres deviennent conseillers de secteur.

Carte : nombre d’habitants et de conseillers élus par secteur

Lecture : Exemple avec le secteur 8 (tout en haut à gauche), qui compte 12 conseillers municipaux sur les 36 élus. Les 24 autres sont conseillers de secteur.

C’est donc dans le sous-sol de la place Villeneuve-Bargemon, où se déroule le conseil municipal, que le vote pour le maire de Marseille aura lieu jeudi 2 juillet. Et, en toute logique, c’est la liste comptant le plus grand nombre de conseillers qui désigne son candidat.

 

Et la Métropole ?

Petite nouveauté cette année, les électeurs marseillais devront « flécher » les élus qu’ils veulent voir devenir conseillers municipaux. Quelques règles à connaître : les quatre premiers d’une liste sont obligatoirement désignés. Mais, à l’inverse, les noms au-delà de la 25e position ne peuvent pas être choisis. Il faut également respecter la parité homme-femme. Ce processus n’est pas une fantaisie locale mais s’applique à toutes les communes de plus de 25 000 habitants.

Au total ce sont 102 des 240 sièges de l’assemblée métropolitaine qui sont attribués à Marseille. ♦