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#Tespastouteseule : pour rompre l’isolement face aux violences conjugales

Photo Pixabay

Bien conscientes que très peu de femmes victimes de violences dans le couple composent un numéro d’aide, quatre associations de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont décidé de parler d’une même voix pour communiquer sur leurs missions et rompre l’isolement. Cette campagne est l’occasion de rappeler que face à une demande croissante, les acteurs de terrain ont besoin de plus de moyens.

Des couleurs vives, des personnages aux mines souriantes, une musique légère … On est bien loin des sinistres spots de campagnes contre les violences familiales diffusés parfois à la télévision. « On voulait faire quelque chose de différent. On avait envie de parler de choses graves de manière légère pour que les gens aient envie de venir voir et de partager sur les réseaux sociaux », explique Paula Cusi Echaniz, coordinatrice de la campagne et du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) en région PACA. Un changement de ton qui entend rompre le silence.

Car si l’on estime à 213 000 le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, seules 18 % appellent un numéro d’aide ou portent plainte. « Le problème, c’est que beaucoup de victimes ne se considèrent pas comme telles », observe Paulo Cusi Echaniz. « Pour elles, les violences conjugales concernent les femmes battues. Mais elles sont aussi psychologiques, sexuelles, sociales, économiques… » Les coups s’inscrivent d’ailleurs souvent dans un processus d’emprise qui rend la personne dépendante en l’isolant socialement et en la privant d’indépendance financière.
#Tespastouteseule : une campagne pour rompre l’isolement face aux violences conjugales« Chez certaines populations plutôt aisées, on observe aussi un phénomène de honte qui les retient d’aller vers des structures comme les nôtres. Elles n’osent pas en parler car elles ont beaucoup de mal à accepter que malgré leurs études, leur métier, elles soient victimes de violences conjugales. Elles se demandent comment elles ont pu tomber là-dedans ». Qui plus est, celles-ci résidant dans des quartiers aisés, elles sont souvent éloignées des acteurs sociaux et donc hors de portée des associations défendant les droits des femmes.

 

Une opération financée suite au Grenelle de 2019 contre les violences conjugales

C’est pour lutter contre ces violences et contre l’isolement qu’elles génèrent que le Secrétariat d’État chargé de l’égalité hommes-femmes lance en 2019 un appel à projet financé par le « fonds Catherine ». Ce fonds d’un million d’euros est né à l’issue du Grenelle des violences conjugales porté par Marlène Schiappa. Il vise à financer des projets régionaux relatifs à la sensibilisation ou à la formation.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, quatre associations décident de répondre ensemble : le CIDFF, le Planning familial, Rheso dans le Vaucluse ainsi que SOS Femmes 13. À la clé : 62 000 euros sur un an. Trop peu pour faire de la formation. Elles optent alors pour une campagne de communication coordonnée. Soutenues par la Direction régionale et les déléguées départementales aux Droits des femmes et à l’égalité, elles remportent l’appel.

Dans un premier temps, elles prévoient une tournée en bus dans les six départements que compte la Région. Mais confinement oblige, les plans changent au profit d’une opération 100% numérique. Au programme : des échanges avec des professionnels sur les réseaux sociaux, mettant chaque jour un département à l’honneur (bonus). « L’idée est de mieux comprendre les missions des associations au travers d’illustrations concrètes ». Seront également diffusés quatre clips vidéo mettant en scène les violences conjugales vues par les victimes, mais aussi par les témoins. « Nous avons par ailleurs choisi de traiter du cas des personnes handicapées chez qui le problème est amplifié ».

 

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Quatre associations pour un accompagnement global

Derrière #Tespastouteseule, les quatre associations veulent montrer que loin d’être en concurrence, leurs missions sont complémentaires et offrent aux victimes un accompagnement global.

En première ligne de cette chaîne, le Planning familial est connu pour son expertise en matière de santé, de sexualité, de contraception et d’IVG. « Les personnes peuvent aussi parler à des conseilleurs conjugaux et familiaux qui les aident à prendre une décision de manière autonome », explique Marie Beaurepaire, coordinatrice régionale de l’association. « Ces professionnels sont formés à écouter la parole et à la chercher en posant les bonnes questions au bon moment ». Si bien que parfois, la parole se libère et que des femmes en viennent à parler pour la première fois des violences qu’elles subissent. Elles peuvent ensuite, si elles le souhaitent, être réorientées vers des structures partenaires comme le CIDFF, spécialiste de l’accès au droit.

« Nous proposons des entretiens gratuits avec des juristes qui donnent des conseils sur le droit de la famille, les divorces, le droit du travail, pénal … », énumère Paula Cusi Echaniz. « Nous avons un service spécialisé pour les femmes victimes de violence avec suivi psychologique. On peut aussi offrir un accompagnement à l’emploi, ce sujet étant une des premières préoccupations des femmes victimes qui veulent partir ».

Et lorsque les femmes ont besoin d’être hébergées et mises à l’abri, elles peuvent se tourner vers Rheso, dans le Vaucluse, ou SOS Femmes 13 dans les Bouches-du-Rhône. « Nous sommes un centre d’accueil, d’écoute et d’hébergement », explique Sophie Pioro, directrice de SOS Femmes 13. « On s’adresse aux femmes qui ne savent pas trop si elles sont victimes de violences et qui veulent se situer ; à des femmes qui veulent être aidées pour quitter leur domicile et à d’autres qui sont sorties des violences mais ont besoin de se reconstruire ».

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Beaucoup de terrain. Peu de moyens

Si ces quatre associations travaillent très souvent ensemble, jusqu’à partager parfois les mêmes locaux, cette campagne commune est une première. Une opportunité pour ces acteurs de terrain qui ne communiquent que très peu faute de moyens. « Le budget alloué aux droits des femmes est le plus petit ! » (bonus), regrette Paula Cusi Echaniz.
Pourtant, la demande d’accompagnement et de prise en charge ne cesse d’augmenter. « Il y a plusieurs facteurs à cela. L’un d’entre eux est commun à toutes les associations, c’est le retrait de l’État et la dématérialisation qui obligent les gens à s’adresser à nous. L’autre facteur, c’est – heureusement- la libération de la parole des femmes victimes mais aussi de leurs proches et des témoins », relève la coordinatrice du CIDFF.

Et la demande est encore plus forte cette année en raison des mesures sanitaires. « Lors du confinement du printemps, le premier mois a été très calme. Mais en avril et en mai, nous avons reçu beaucoup plus d’appels », assure Sophie Pioro de SOS Femmes 13. À tel point que l’association a dû accroître ses capacités d’accueil, soutenue par l’Olympique de Marseille qui a hébergé en urgence 80 personnes dans son centre d’entraînement.

Destinée aux victimes et aux témoins de violences conjugales, la campagne entend aussi s’adresser aux pouvoirs publics avec un message clair : « Il faut plus de moyens pour les associations et pour la justice si l’on veut que les personnes se sentent prêtes à parler et à porter plainte ». ♦

 

* Le FRAC Provence parraine la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus [pour les abonnés] Programme de la tournée virtuelle – Le bugdet dédié à la lutte contre ces violences – Quel numéro vert – L’illustratrice Lili Sohn –

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