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Un irréductible coin de nature en plein Marseille

Par Agathe Perrier, le 24 mars 2021

Journaliste

© Agathe Perrier

C’est un petit coin de verdure au nord de Marseille, sauvé de la bétonisation par l’association Colinéo. Ses membres y cultivent légumes, herbes aromatiques et fruits anciens sur un terrain en restanques, héritage de pratiques traditionnelles. Un lieu inspirant où le public est invité. Pour une simple visite, pour participer à la vie du site, acheter les précieuses récoltes ou mieux connaître le passé agricole de la ville.

 

Difficile d’imaginer qu’il y a 100 ans, le nord de Marseille n’était que champs. Des domaines de dizaines d’hectares cultivés, où trônait fièrement une bastide, s’étendaient à perte de vue. Peu ont survécu, qu’il s’agisse de ces édifices remarquables comme des terres, remplacés par une urbanisation toujours plus grandissante. Mais tel le village gaulois d’Astérix cerné de soldats romains, un petit territoire vierge de toute construction fait de la résistance entre les villas de la Batarelle haute et les immeubles de la Batarelle basse, dans le 13e arrondissement de Marseille. Six hectares préservés du béton où l’on trouve un potager, un jardin d’herbes aromatiques méditerranéennes, un verger de fruits oubliés et des ruches.

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Voici le terrain cultivé par l’association Colinéo © AP
Six hectares sauvés de la bétonisation

Bienvenue sur l’ancien domaine de Party. Du moins ce qu’il reste de ses 100 hectares agricoles de cultures maraîchères, céréalières, viticoles et horticoles, retombés en friche depuis les années 1950. Des ensembles immobiliers auraient dû y être construits au début des années 2000.

C’était sans compter sur le combat d’une irréductible association, Colinéo (bonus). « On voulait créer un espace dédié à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine culturel, agricole et naturel de Marseille. On a lutté pendant presque sept ans contre ce projet de logements », rembobine sa présidente, Monique Bercet.

Une pugnacité qui a porté ses fruits puisque l’association a obtenu deux baux emphytéotiques de 99 ans. Et pour assurer l’avenir du site, elle l’a fait entièrement classer au Plan Local d’Urbanisme de la Ville de Marseille. L’esprit un peu plus tranquille – mais en alerte malgré tout – l’association y développe depuis son Conservatoire des restanques, où les cultures poussent en respectant le rythme de la nature.

 

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Paul, le maraîcher de Colinéo. Dans sa main, un amont de terre où se faufile un ver de terre, témoin de la bonne santé du sol © AP
Intégrer les restanques

Lorsque l’association s’installe sur le site au début des années 2010, il est déjà aménagé en restanques. Ces murs de pierres sont légion aux pieds des collines marseillaises. « Leur but est de retenir la terre tout en laissant passer l’eau. Les pierres ont en plus l’avantage de garder la chaleur du jour et de la restituer la nuit », explique en fine connaisseuse Monique Bercet. Colinéo les a sauvegardés et ses bénévoles continuent de les entretenir.

L’association a installé son potager sur les trois restanques, soit un total de 1 000 mètres carrés. Paul, le maraîcher, aidé de Tess et Nicolas, deux services civiques, y fait grandir des légumes adaptés au climat méditerranéen. « On cultive en s’approchant de l’agroécologie et du maraîchage sur sol vivant. On essaye de respecter la microfaune car c’est elle qui permet au sol d’être fertile sans avoir à apporter d’engrais chimique ou des pesticides ». Seul de l’engrais naturel, à base de fumier, est utilisé. Le sol est recouvert de paille, conservant ainsi l’humidité et protégeant des mauvaises herbes. Quand le jeune homme plonge sa main sous ce paillage, il en ressort un petit amas de terre et de résidus de végétaux où se faufile un ver de terre. Un témoin clé de la bonne santé du sol.

 

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Les restanques où est installé le potager © AP
Un potager et une serre à agrandir

En ce moment, ce sont des fèves, petits pois, épinards, pommes de terre, plantes aromatiques et médicinales qui poussent. Et d’ici quelques semaines, les premiers plants de l’année de tomates, poivrons et autres légumes d’été. Les semis sont déjà en terre et grossissent doucement sous la petite serre de cinq mètres, qui devrait bientôt s’agrandir. Colinéo va en effet lancer prochainement une campagne de financement participatif en ligne pour concrétiser ce projet.

L’idée est de disposer d’une serre de 22 mètres afin d’étaler la production et améliorer le rendement de trois tonnes. « Les semis passent généralement un mois sous serre avant d’être plantés en terre. Mais, pour les poireaux par exemple, c’est quatre à cinq mois ! Une serre plus grande nous permettra d’avoir davantage de semis au même moment, de variétés différentes, et de les planter en les espaçant dans le temps », ajoute Paul. De quoi faciliter le quotidien du maraîcher, toujours dans le respect de la saisonnalité des produits.

 

Un lieu ouvert sur la ville

Outre le potager, les six hectares du Conservatoire comptent également un verger de 80 à 100 arbres. 24 variétés au total d’amandiers, jujubiers, abricotiers, grenadiers, cognassiers, pistachiers vrais et figuiers. Une véritable collection d’essences méditerranéennes de fruits anciens pour sauvegarder ce patrimoine naturel qui tend à être oublié. À leurs côtés, du miel et de l’huile d’olive. Car le terrain abrite sept ruches pédagogiques et cinq de pollinisation. Ainsi que des dizaines d’oliviers qui bordent la propriété, héritage des pratiques marseillaises ancestrales, qui voulaient que ces oléacées délimitent l’étendue des domaines.

L’association ouvre volontiers ses portes au grand public sur réservation (bonus). « On organise en parallèle des chantiers nature les mercredis matin, où chacun peut venir donner un coup de main », glisse Monique Bercet. Un havre de paix et de verdure insoupçonnable au pied du massif de l’Étoile qui mérite le détour, avec en prime une vue panoramique sur Marseille. L’occasion de se reconnecter avec la terre et à un passé pas si lointain, mais considérablement différent d’aujourd’hui. ♦

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Vue sur la ville de Marseille depuis les terrains de Colinéo à la Batarelle © AP
Bonus 
  • Pour plus d’informations sur la vente des produits du Conservatoire, les visites guidées ou les chantiers nature, contacter l’association à l’adresse suivante : colineo.assenemce@gmail.com.
  • Acheter les produits du Conservatoire – L’ensemble des récoltes de Colinéo est sur le site. Jusqu’au premier confinement de 2020, des étals étaient dressés le mercredi. Désormais, et en raison d’une faible production cet hiver – les plantations de choux ont notamment été détruites à l’été par des marcassins –, tout se fait sur commande. L’association compte néanmoins retrouver une activité de vente normale dès l’amélioration de la situation sanitaire.
  • L’histoire de Colinéo – L’association voit le jour en 1973 sous l’impulsion d’habitants souhaitant faire face aux problèmes liés à l’urbanisation envahissante des piémonts du massif de l’Étoile. Elle s’appelle à l’époque A.S.S.E.N.E.M.C.E. pour Association pour la Sauvegarde du Site et de l’Environnement Nord-Est de Marseille – Chaîne de l’Étoile. Elle change de nom en 2012 et devient Colinéo. Son champ d’actions s’étend aujourd’hui à éduquer la population sur des thématiques touchant à l’environnement et au développement durable.
  • Un bâtiment bioclimatique pour l’équipe – Depuis janvier 2021, l’association s’est installée sur le site même du Conservatoire. Les sept salariés et trois jeunes en service civique ont en effet emménagé dans un bâtiment bioclimatique. Construit en bois et matériaux biosourcés, il a aussi vocation à accueillir les visiteurs et les animations proposées par l’association.
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Le bâtiment bioclimatique © AP

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