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Pollution de l’air : des drones renifleurs en escale à Marseille

Par Olivier Martocq, le 20 juillet 2021

Journaliste

Photo @Atmosud

[au fait !] Le projet de recherche européen Scipper s’est déployé le 5 juillet et pour 15 jours à Marseille avec son « armada de moyens ». L’outil le plus spectaculaire mis en avant est sans conteste le drone renifleur bardé de capteurs électrochimiques : il traverse le panache de gaz d’échappement des navires afin d’en analyser la teneur en soufre.

 

Marcelle a consacré plusieurs séries d’articles à la pollution de l’air. Notamment pour alerter sur le peu de moyens d’évaluation mis en place à Marseille afin de déterminer les sources des fumées et autres particules nocives pour la santé. Les riverains du port industriel qui s’étend du Mucem à l’Estaque, soit une quinzaine de kilomètres et près de 200 000 habitants concernés, dénoncent depuis des années la pollution des ferries et des paquebots de croisière géants. Réclament en vain des études épidémiologiques sur les taux de cancer du poumon et de la thyroïde dans les quartiers « sous le vent » de ces fumées. Exigent, là encore en vain malgré l’arrivée d’une équipe municipale « verte », la mise en place de capteurs officiels. À même de confirmer ou infirmer les statistiques très inquiétantes de celui qu’ils ont installé à leurs frais sur les hauteurs du quartier Saint-Henri.

 

Opération de communication ou nouvelle approche ?

Le projet de recherche européen Scipper s’est déployé le 5 juillet et pour 15 jours à Marseille avec son « armada de moyens » – comme le stipulait le dossier de presse repris par tous les médias. L’outil le plus spectaculaire mis en avant est sans conteste le drone renifleur bardé de capteurs. Son rôle est de suivre le sillage des ferries pour analyser les fumées émises durant leur navigation dans la rade. Notamment les émissions d’oxyde de soufre qui ne doivent pas dépasser de 0,5% la nouvelle norme autorisée. Jusqu’en janvier 2020, la tolérance était encore de 3,5%.

Le drone permet aussi de mesurer l’impact des filtres à particules qui équipent progressivement les bateaux transportant des passagers. Ces mesures seront aussi effectuées à quai, qu’ils soient ou non raccordés à l’électricité. L’étude devrait donc permettre de se projeter sur la pollution à 5 ans, quand tous les navires en escale à Marseille pourront bénéficier de cette technologie.

Fin juillet, les scientifiques auront en main les données recueillies entre le 5 et le 23 juillet. La plupart ne devrait pas donner lieu à d’énormes surprises. En effet, les compagnies ont eu deux ans pour réaliser les travaux qui leur permettent de respecter la législation. Il paraît impensable, compte tenu des enjeux financiers, qu’elles ne soient pas en règle. Les ONG ont d’autre part beau jeu de souligner que le programme nécessitait l’accord des armateurs et que seules deux compagnies maritimes (La Méridionale et Corsica Linea) ont adhéré au projet.

 

 

Des capteurs supplémentaires 

Loin du médiatique et du sensationnel cette campagne permet aussi de déployer des capteurs dans plusieurs endroits de la ville. Deux nouvelles stations ont été équipées d’instruments performants au niveau de la cathédrale de la Major. Une dizaine dans des logements situés à proximité du port. « Ce dispositif complémentaire pourrait permettre d’évaluer les émissions des navires à différentes échelles », estime Barbara d’Anna, directrice de recherche au CNRS qui travaille en lien avec le laboratoire de chimie de l’environnement de l’Université Aix-Marseille partenaire de cette étude.

Et confirmer ou infirmer scientifiquement les craintes des riverains sur l’état réel de la pollution de l’air quand des navires manœuvrent ou font escale dans le port de Marseille. ♦

 

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