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Une appli qui rassure quand on sort seul.e le soir

Par Agathe Perrier, le 17 septembre 2019

Journaliste

Pas toujours très rassurant de rentrer seul(e) chez soi la nuit. Pour éviter ce genre d’angoisse, deux Aixoises ont créé « Garde ton corps ». Une application mobile qui permet de prévenir en temps réel ses proches de ses trajets, de les appeler à l’aide si besoin ou de trouver refuge dans un lieu sûr. De quoi éveiller ma curiosité.

 

« Je rentrais chez moi, je dois avouer que j’avais un peu bu avec mes copines à la sortie du travail. Un mec est venu me parler, il voulait avoir mon numéro de téléphone ou aller boire un verre, mais je ne voulais pas. Il était de plus en plus entreprenant, il me mettait le bras autour du cou et autour de la taille. À un moment donné, il a même essayé de me faire rentrer de force, en me tirant le bras, dans un bar miteux. Je ne savais pas quoi faire car je ne voulais pas le ramener devant chez moi. J’avais vraiment très peur ». Ce témoignage de Stéphanie (1) est loin d’être isolé. Nombreuses sont les exemples de femmes importunées quand elles marchent dans la rue. Parfois il s’agit seulement de mots, sans forcément conscience chez leur auteur du malaise et/ou de la peur qu’ils peuvent générer. Sentiment(s) accentué(s) par le fait d’être seule à ce moment-là. C’est notamment dans ce genre de situation que l’application « Garde ton corps » veut trouver toute sa place.

 

Un appli qui rassure quand on sort seul.e le soir 1
Caroline Pheng et Pauline Vanderquand, les fondatrices de Garde ton corps © DR

Compagne numérique de ses déplacements

L’application a trois fonctionnalités principales. Avec « Je rentre », elle permet à une utilisatrice d’informer des contacts, préalablement choisis, du trajet qu’elle va effectuer. Point de départ, d’arrivée, temps estimé, niveau de batterie… C’est la plateforme elle-même qui se charge d’envoyer les SMS. Pratique quand on oublie souvent de prévenir ses ami(e)s que l’on est bien arrivée chez soi. Utile aussi en cas de pépin. « Grâce à la géolocalisation, l’appli relève si la personne dévie significativement du tracé initial ou reste immobile. Un système d’alerte est alors mis en place et, à moins que l’usager ne coupe le processus, un message est envoyé aux contacts identifiés pour les prévenir de l’anormalité de la situation », explique Caroline Pheng, co-fondatrice de Garde ton corps avec Pauline Vanderquand. Ainsi prévenu, le proche peut appeler son amie pour savoir ce qu’il se passe ou aller à sa rencontre. En cas de danger plus important, l’alerte peut même être directement déclenchée avec le bouton « Aide-moi ».

Carine, étudiante de 21 ans, est très vite devenue adepte de ce service lancé le 8 mars dernier. Un outil qui la rassure lors de ses déplacements, notamment lorsqu’il est un peu tard. « J’ai choisi comme contacts favoris trois amis d’Aix, mais également ma mère qui habite dans l’ouest de la France. Même si elle est loin, je sais qu’elle saura qui appeler dans mon cercle d’amis pour me venir en aide », confie la jeune femme.

 

Localiser facilement des « safe place »

Dernière fonctionnalité : « Lâche-moi ». Elle permet à l’utilisatrice d’accéder à une carte de la ville répertoriant les lieux partenaires, où elle peut trouver refuge – bar, boîte de nuit, commerce… Elle n’a qu’à s’y rendre et montrer au personnel un code via l’application pour être accueillie et mise à l’abri. Ce que Carine a eu l’occasion de tester malgré elle. « Un homme m’a suivie il y a quelque temps en sortant du cinéma. C’était un peu oppressant. J’ai cherché l’un des « safe place » proche de moi et m’y suis rendue. J’ai pu y attendre que mon copain vienne me chercher ». Plus de peur que de mal et un argument suffisant pour que l’étudiante continue à utiliser le service dans ses déplacements du quotidien.

Un appli qui rassure quand on sort seul.e le soir
La fonctionnalité « Lâche-moi » permet de trouver des lieux où trouver refuge © DR

Protéger ? Non. Sécuriser ? Oui.

L’application ne protège évidemment pas de l’éventualité d’un geste violent. Là n’est de toute façon pas son rôle, comme le rappelle Caroline Pheng : « Notre idée n’est pas de remplacer les forces de l’ordre. On veut faire en sorte que les femmes se sentent davantage en sécurité dans la rue. Elles sont d’ailleurs le plus souvent victimes d’incivilités qui peuvent être désamorcées par un coup de téléphone ou le fait qu’un ami vienne à leur rencontre ».

Au départ destinée aux femmes, la plateforme se veut aujourd’hui tout public. Car, après tout, autant un homme qu’une femme peut se retrouver en situation de détresse. Elle cherche aussi à mieux se faire connaître des jeunes, en créant des partenariats avec des BDE (bureaux des étudiants) ou des soirées étudiantes.

 

Une nouvelle ville d’ici la fin de l’année

Aixoises, c’est dans leur ville d’origine que les deux fondatrices ont d’abord déployé Garde ton corps. Pour ce faire, la municipalité a déboursé 20 000 euros et une vingtaine de commerces se sont engagés en tant que « safe place ». Suffisant pour couvrir « le centre-ville et la première couronne », d’après Caroline Pheng, en attendant que d’autres suivent le mouvement (bonus).

Pour la suite, l’idée première était d’étendre l’application dans les villes françaises similaires à Aix-en-Provence par leur nombre d’habitants (environ 145 000). « On préfère finalement se développer dans une grosse ville de la région que l’on connaît et qui nous en a fait la demande. Nous gagnerons en expérience avant de procéder ensuite au maillage du territoire ». Sans pouvoir révéler la prochaine destination, Caroline Pheng précise que le service y fera son apparition fin 2019 – début 2020. Les deux entrepreneures auraient aussi été contactées par « toutes les métropoles de France et de grandes villes étrangères comme Londres, Barcelone et Genève », que leur solution intéresse. La plateforme n’est toutefois utilisable qu’en étant géolocalisé à Aix, pour le moment. ♦

(1) Témoignage laissé sur le site de Garde ton corps.

*  Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus 

  • Tous les commerces peuvent devenir « safe place » (à condition notamment d’être ouverts la nuit). Il suffit pour cela de se rapprocher de l’équipe de Garde ton corps : contact@gardetoncorps.com.
  • Pour que l’application soit déployée dans une commune, la mairie doit l’acheter. Le prix varie en fonction de son nombre d’habitants. Elle bénéficie ensuite des trois fonctionnalités et les deux fondatrices se chargent d’y ajouter les safe place partenaires.
  • D’après une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) de septembre 2018, près d’un Français sur six renonce à sortir seul de chez lui pour des raisons de sécurité. Un phénomène plus important chez les femmes (26%) que les hommes (6%). Si cette enquête permet d’étudier plusieurs aspects du renoncement à sortir seul(e) de chez soi pour des raisons de sécurité, elle n’en identifie toutefois pas les prédicteurs.

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