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Que faire de la centrale à charbon de Gardanne ?

Par Olivier Martocq, le 19 février 2020

Journaliste

Curieuse époque que celle où : un gouvernement prévoit la fermeture d’un site industriel majeur sans rien proposer. Un patronat et une classe politique locale n’avancent aucun projet. Un syndicat en grève finance une étude sur une reconversion possible. Des habitants ulcérés veulent le maintien de l’emploi mais une industrie propre. Et s’il y avait une solution ?

 

Pour accéder à l’usine, il faut passer devant la tente dressée par la CGT. Le symbole des premiers jours de lutte est défraîchi, tout comme le drapeau du syndicat posé sur le petit terril devant. Et pour cause, 400 jours de grève ça commence à compter : la centrale à charbon centrale-charbon-gardannede Gardanne-Meyreuil est en effet à l’arrêt depuis le 7 décembre 2018. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est déserte. Les ouvriers embauchent chaque matin comme si elle fonctionnait normalement. L’énorme complexe ouvert dans les années 50, couplé depuis 2016 à une unité biomasse est parfaitement entretenu. Il peut redémarrer à tout moment.

« Vu les tensions que vont engendrer la fermeture du premier réacteur de la centrale nucléaire de ­Fessenheim, samedi 22 février, puis du second en juin. Vu le réchauffement climatique qui provoque la baisse de l’eau pour alimenter les centrales et  vu l’accroissement substantiel de la consommation, ça vaut mieux », explique un des cadres de la centrale.

 

Une grève qui fera date !

Le local « manutention » abrite le poste de pilotage du chargement en combustibles des deux tranches de l’usine. Ils sont une dizaine à surveiller d’un œil des écrans de contrôle ultra modernes. Seuls les hommes de ce service sont officiellement en grève. À sept, ils paralysent l’usine. Personne n’a songé à les remplacer ou à faire pression sur eux. La caisse de soutien des 170 autres ouvriers permet de compenser leur perte de salaire. « Ce stratagème explique la durée du conflit, reconnaît Nadir Hadjali. Mais nous sommes tous unis, solidaires. On sait que c’est notre avenir qui est en train de se jouer et, au-delà, il y a un millier d’emplois en jeu ». Et le secrétaire adjoint CGT de l’usine de rappeler les propositions de son syndicat : « C’est le seul plan qui existe. Nous avons lancé une étude qui a coûté 400 000 euros. Le gouvernement vient d’accepter d’en prendre 120 000 à sa charge, ce qui montre qu’elle est crédible ».

 

Un syndicat à l’origine de la seule étude crédible pour la relance du site

Dans l’usine, les ouvriers sont fiers de ce travail. Beaucoup ont alimenté les pistes de réflexion, notamment les ingénieurs. Pour eux, « tel cgt-centrale-gardannequ’il est présenté, le dossier est un « fake new » ». Car les centrales à charbon ne rejettent que 1% de CO2 dans l’atmosphère, et non 38%, comme l’a avancé le gouvernement. 38% seraient l’impact du charbon dans les seuls rejets liés aux énergies. Et de conclure par cet argument massue : « L’Allemagne qui a relancé ce type de centrale n’est pas un pays qui badine avec l’environnement ». La CGT estime qu’avec des investissements supplémentaires, cette centrale peut emprisonner le CO2 et répondre aux normes concernant les rejets de particules fines (bonus).

 

Des riverains excédés et dubitatifs 

« Je ne sais pas si la technologie évoquée est au point ». Pierre Aplincourt, le président de France Nature Environnement PACA, n’est pas convaincu par le plan de la Fédération Nationale des Mines et de l’Energie CGT. Mais, comme tous les riverains, il dénonce la posture des gouvernements successifs qui, depuis 2012, misent sur l’unité biomasse pour la reconversion du site, alors qu’après trois ans d’essais elle ne fonctionne toujours pas. « Au-delà de la technologie, cela signifie brûler 850 000 tonnes de bois chaque année. Du bois qu’il va falloir trouver puis acheminer ici car il n’y a aucune filière à proximité pour fournir de tels volumes. Tout comme le charbon d’ailleurs, car il en faudra quand même 135 000 tonnes pour faire fonctionner cette unité ».

Et les associations locales de dénoncer les rejets en particules fines générés lors des différentes phases de test. « Cette centrale électrique, c’est 20 fois l’incinérateur de Fos », dénonce Pierre Aplincourt, avant de souligner une autre incongruité de ce dossier : « Cette usine a été rachetée en juillet dernier par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. L’État lui a garanti un prix du kilowatt/heure qui est trois fois celui de l’éolien ou du solaire. Cherchez l’erreur ! ».

 

Comment faire avancer le dossier ?

gardanneEmmanuelle Wargon est venue le 30 janvier, non pas sur le site mais à la Préfecture de région, à Marseille. La secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire a rencontré les élus concernés, mais n’a rien proposé en dehors du lancement d’une étude d’impact sur des pistes de reconversion en vue de maintenir l’emploi dans ce bassin de population. Des propos creux, compensés par l’annonce de la prise en charge par son ministère d’une partie du coût de l’étude industrielle lancée par la CGT. Une porte ouverte sur la possibilité du maintien du site industriel.

Dans ce contexte tendu, une nouvelle voix se fait entendre. Jean-Louis Geiger, candidat à la mairie de Meyreuil, commune la plus impactée par l’avenir du site, affirme comme la plupart des acteurs locaux : « Le bassin industriel doit rester, mais il doit évoluer pour produire avec un impact zéro au niveau de la pollution ». Ce spécialiste reconnu en matière de développement industriel avait notamment lancé « La route des hautes technologies » en région PACA. Au-delà de cette incantation quasi générale, il évoque un plan concret en liaison avec les grands industriels français du secteur de l’énergie. Il s’appuierait sur la recherche fondamentale développée au CEA de Cadarache qui travaille aussi sur d’autres sources d’énergie que le nucléaire.

 

Et si le photovoltaïque ?

La centrale de Provence compte plus de 80 hectares de réserves foncières. « Des promoteurs immobiliers lorgnent dessus, pour bâtir un quartier résidentiel adossé à un centre commercial. Mais ils n’auront de la valeur que si le site est abandonné », analyse un des spécialistes du dossier à la Préfecture. Envisager, dès lors, cette surface recouverte de panneaux photovoltaïques surplombant des champs de cultures bio n’est pas une ineptie. Clin d’œil de l’histoire, Tenergie, le numéro deux de l’énergie solaire en France a son siège et son principal bureau d’étude à… Meyreuil. Ce que presque tout le monde ignore ! ♦

 

Bonus – Le projet de la CGT en images

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