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Venez explorer et goûter le ventre de Marseille !

Par Marie Le Marois, le 19 juillet 2019

Journaliste

Connaissez-vous vraiment Noailles ? Pas moi. En tout cas, pas les entrailles de ce quartier surnommé le ‘’Ventre de Marseille’’. Il foisonne de personnages aux parcours de vie incroyables que Bénédicte Sire se plaît à incarner tour à tour. Ils viennent du Vietnam, du Cap Vert, de Djibouti, de Liban mais aussi de France… et ont déposé leur bagage à Marseille pour ouvrir un commerce de bouche. La comédienne-réalisatrice nous embarque pendant trois heures dans un tour du monde géo-poétique et gourmand en sept étapes. Avec moi dans ce périple, des Marseillais qui se plaisent à (re)découvrir leur ville. Allez, on vous emmène.

 

Le rendez-vous est donné devant Toinou, célèbre poissonnerie marseillaise. Hélène, curieuse de la tournure de cette balade, attend avec son mari. Cette sexagénaire, tout sourire, venait enfant à Noailles, traînée par sa mère – une corvée. « Elle achetait pieds paquets, tripes, légumes… Je la revois encore se disputer avec les étalagistes qui essayaient de lui refourguer leurs fruits pourris ». À ses côtés, avec sa femme, Pascal, 22 ans dans la police à sillonner Noailles, « sans vraiment connaître les commerçants ». Avec eux, un couple de néo-arrivants, avides de connaître ce quartier connu pour son marché quotidien et ses produits venus d’ailleurs.

 

Néné et ses coquillages

Hélène, Isabelle et Pascal, participants de la balade

Avant de parler de la vie des habitants, Bénédicte Sire, yeux pétillants et voix délicieuse, tient à raconter la sienne : une enfance à Auxerre, des études de théâtre à l’École Nationale de Strasbourg, une carrière de comédienne et réalisatrice à Paris, un déménagement à Marseille en 1995, le projet d’un documentaire qui parle de la richesse de cette ville à travers celle de ses habitants. De ce projet sont nées ses Balades urbaines, qui explorent Noailles, Belsunce, les collines des Borel et, pour l’été, le quartier du Panier (voir Bonus). Ces parcours sensitifs mêlent bruits, odeurs, saveurs et anecdotes.

Soudain, la comédienne se transforme en Néné, « un homme barbu » qui n’est autre que le véritable responsable du comptoir des coquillages de Toinou. Sa grand-mère espagnole a accouché d’un garçon dans les prisons franquistes. L’enfant, libéré à la demande de la fille de Franco – comme cadeau d’anniversaire – a été élevé dans une famille franquiste avant de rejoindre son père qui avait, entre temps, fui à Marseille en bicyclette. Il s’est marié avec la fille d’un Corse – poissonnière à… Noailles – et de cette union est né Néné. Et Néné, il aime la musique, notamment ‘’El Immigrante’’ de Juanito Valderrama que nous écoutons tout en dégustant huitres et crevettes.

 

Le Père Blaize et ses tisanes

Bénédicte Sire, comédienne et réalisatrice, montre une peinture représentant Toussaint Blaize, fondateur de l’herboristerie éponyme.

Avant d’atteindre la deuxième étape, Bénédicte nous montre les détails d’immeubles du cours Saint-Louis que, bien-sûr, je n’avais jamais remarqués : un pharaon encadré de deux sphinx sur le fronton de l’hôtel Maison Saint-Louis datant de Napoléon III, le balcon de l’actuel hôtel Ibis ou les têtes expressives du bâtiment aujourd’hui transformé en Monoprix, tous deux XVIIIe, et encore la mosaïque en céramiques d’un bâtiment Art Déco. C’est fou comme on passe dix, vingt, trente fois dans la même rue sans vraiment la voir. Un rapide passage dans la magnifique boutique du Père Blaize, herboristerie ouverte il y a plus de 200 ans par Toussaint Blaize descendu des Hautes-Alpes. En face s’est ouvert la tisanerie-boutique éponyme. L’ancien barman Eliott utilise l’art de la mixologie au profit de cocktails à base de… tisanes. Notes mentholées, florales, citronnées, acidulées : les mélanges concoctés par ses soins se déclinent en quinze thèmes différents. Infusés dans de l’eau fraîche, on les savoure accoudé au bar.

 

Sylvie et ses rouleaux de printemps

Sylvie, originaire du Vietnam, qui tient une super épicerie avec sa famille

Petit passage à côté de Sauveur, une des plus anciennes pizzeria de Marseille qui propose encore la traditionnelle pizza à la scarole. Arrivés chez Yassine, qui fait tourner son restaurant avec ses trois frères et parfois son père, nous dégustons « kefteji » et soupe de pois chiches « leblebi »-« la meilleure du monde », assure Bénédicte. Sylvie, autre commerçante de Noailles, travaille également en famille, avec six de ses neuf frères et sœurs. Bénédicte raconte leur histoire à travers la voix de Beline. Leur fuite du Vietnam en 1979, alors en pleine guerre sino-vietnamienne, et leur arrivée en France dans un boat-people. Une trajectoire qui entre en résonance avec celles des migrants d’aujourd’hui. À une seule différence : la famille vietnamienne a été accueillie à bras ouverts par des villageois qui leur ont appris à lire et écrire le Français. « On est restés très en lien avec eux », confie Sylvie qui n’est jamais retournée au pays, « associé à trop de souffrances ». Mais, poussée par sa fille désireuse de connaître ses origines, elle s’y résoudra sans doute. À la fin de cet échange émouvant, nous dégustons de délicieux rouleaux de printemps au bœuf, tout en écoutant un poème sur l’amitié de Cao Bá Quát, lu par Bénédicte.

 

Manu et son rhum arrangé

Boutique tenue par Manu, originaire du Cap Vert

Îlot de verdure au milieu de Noailles, la rue de l’Arc est bordée de poubelles garnies de plantes et arbustes. Manu est l’un des instigateurs de cette belle initiative. Né au Cap Vert, il est parti vivre à 16 ans au Portugal avant de travailler à Nice dans le bâtiment, puis d’ouvrir une épicerie à Noailles avec produits et musique de son pays. Son chorizo boucané et son rhum du Cap Vert – qu’il a mélangé avec de la mélasse de canne à sucre et du citron – sont purement délicieux. Non loin de là, Joseph a ouvert une boulangerie il y a 25 ans. Ce chrétien maronite né au Liban propose avec son frère Elias de délicieuses spécialités – dont les galettes à base de tahiné – que nous dégustons bercés par la lecture d’un poème de la Libanaise Nadia Tueni sur la nostalgie du pays.

 

Sonia, Raphaël et leurs pastels

Raphaël et Sonia, lauréats du Concours des Talents des Cités

À force d’échanger avec les commerçants (et de goûter les plats !), nous dépassons largement les trois heures convenues. Passionnée par Noailles et les histoires de vie, Bénédicte a toujours une anecdote à raconter. Elle est fière de nous présenter un jeune couple qui a ouvert l’été dernier une échoppe spécialisée dans les « pastels », traditionnels chaussons sénégalais. Sonia et Raphaël les déclinent en croisant des saveurs du monde entier. Banane plantain/haricot rouge/tomate/poivron, par exemple. Le duo, qui a remporté le prix du Concours des Talents des Cités, participe au Carillon (voir notre article ici) avec des ‘’pastels suspendus’’ (on peut acheter des chaussons en avance pour des personnes dans le besoin) et vend le tote bag au profit du Collectif du 5 Novembre né après les effondrements de la rue d’Aubagne.

 

Ali et ses élixirs

Balade urbaine et gustative à la rencontre des habitants, vous venez ? 6La balade se prolonge avec Ali qui a quitté Djibouti à 14 ans avant de débarquer à la Roche-sur-Yon « dans la voiture de deux filles qui écoutaient plein pot Chaka Khan ». Aujourd’hui, il se plaît à dire qu’il est « ingénieur en cacahuète ». Outre les différents élixirs – pour fidéliser le mari, retrouver l’amour, le travail, etc.-, il vend à profusion épices, fruits et légumes secs. Nous terminons au Café Prinder, institution fondée en 1925 par des Italiens et reprise par la femme du dernier descendant, avec son frère. Tous deux sont nés en Algérie d’une famille originaire du Cantal. Comme si nous avions encore faim, Bénédicte nous sert cornes de gazelle, nougat halva, loukoums, baklavas pistache et cerises de Provence. L’occasion d’échanger entre participants sur nos propres trajectoires de vie et nos ressentis sur la balade. Isabelle est emballée par cette proximité qu’elle a pu développer avec les habitants. Quant à Hélène, elle redécouvre Noailles sous un autre angle. Un quartier d’une grande richesse, fruit de Marseillais qui viennent d’ici et d’ailleurs. ♦

 

Bonus

  • Prochaine date du repas nomade dans le marché de Noailles : 20 juillet et 28 septembre, balade repas et boissons comprises 35 € détail ici
  • Balade repas ‘’On n’a rien inventé depuis l’Antiquité’’ : Tout nouveau tout beau, courez vous inscrire à la nouvelle balade gustative créée par la comédienne et réalisatrice Bénédicte Sire à la demande du Musée d’Histoire. En lien avec l’expo temporaire, elle propose un repas itinérant dans le quartier antique du Panier. Il met en évidence les pratiques culinaires d’aujourd’hui et celles, plus anciennes, liées à la gastronomie antique. Cette balade est composée de mets dégustés de lieu en lieux de poésie, des musique et autres surprises. les dates : 10 août, 7 septembre, 5 octobre, 9 novembre. Participation aux frais de repas : 18 euros (la balade est offerte par le Musée Histoire de Marseille). Détails ici
  • Balade dans la colline du quartier des Borel jusqu’à la pagode Vietnamienne : Découverte du charmant et paisible quartier de la colline des Borel avec ses bastides et de l’ancien quartier arménien avec son église apostolique. Rencontres et récits de vie des habitants. La balade se termine à la pagode Bouddhiste, participation aux cérémonies du jour et déjeuner repas végétarien vietnamien partagé à la pagode. Date : 8 septembre. Tarif :  26 euros (+ participation de 10 euros pour le repas à payer directement sur place à la pagode). Détails ici

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