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Changement climatique : l’ombrière intelligente qui protège les cultures

Par Nathania Cahen, le 11 février 2020

Journaliste

Photo Ombrea

La start-up Ombrea a imaginé des panneaux high-tech qui pilotent l’ombre pour protéger des aléas climatiques les cultures pleine terre : fraises, tomates, vignes ou fleurs. Lancée récemment grâce à une levée de fonds, la commercialisation est déjà prometteuse.

L’équation pour l’avenir tenait du casse-tête : comment, dans une région où les périodes de fortes chaleurs gagnent en intensité et en durée, protéger les cultures les plus fragiles ? Les fruits, les vignes, les salades, les tomates, les fleurs… Horticulteur à Rousset (Bouches-du-Rhône), descendant d’une lignée d’agriculteurs, Christian Davico est ébranlé quand, en 2016, il voit sa récolte entamée de 25% en raison de la canicule. Un phénomène, il le sait, qui ne relève plus de l’exceptionnel. On annonce six degrés de plus en moyenne en France d’ici 2100. Et deux degrés supplémentaires seulement signifient déjà 18% de rendement en moins…

Alors il gamberge sur une solution possible. Et imagine une couverture à même de protéger les plantations quand nécessaire (du soleil, du gel, de la grêle…). Modulable, pour laisser aussi passer la lumière, qui reste indispensable au cycle des cultures. À la fin de l’année, l’exploitant agricole dépose le brevet et entame la réalisation du premier prototype avec un bureau d’études.

 

Une technologie aux confins de l’intelligence artificielle

Changement climatique : des ombrières intelligentes pour protéger les cultures 2
Parcelles-tests dans le Technopôle de l’Arbois @Ombrea

Le principe est celui d’une ombrière, à même de coulisser, de s’incliner, et de déplacer son ombre. Elle est relayée à des capteurs intégrés dans le sol cultivé et reliés à un PC informatique. Le pool des capteurs collecte en direct une quinzaine de données (température, taux d’humidité dans le sol et hors-sol…), analysées dans les 15 minutes et mises en perspective avec les besoins enregistrés. Le pilotage du système des panneaux les actionne alors si nécessaire.

Entre-temps, sa fille Julie Davico Pahin, journaliste à CB News, abandonne son job, motivée par le défi et par sa fibre verte. Et cofonde Ombrea avec son père. Un process couvé à l’ombre des grands arbres du technopôle aixois de l’Arbois (bonus), dans le voisinage des paons qui déambulent paisiblement sur ce site très vert. C’est du reste à l’entrée du village d’entreprises que sont installées deux des parcelles test.

 

Des tests concluants

Un an plus tard, le prototype est fonctionnel et un premier partenariat est noué avec Astredhor, l’institut technique de l’horticulture qui compte une antenne à Hyères. Une étude concluante est effectuée sur les fragiles pivoines. Leur fournir de l’ombre l’été est vital, mais les protéger du soleil l’hiver aussi, car elles peuvent alors engranger les unités de froid qui leur sont indispensables (et même en gagner davantage 30% avec l’installation Ombrea). La photosynthèse n’est pas impactée et la récolte est optimale.

Changement climatique : des ombrières intelligentes pour protéger les cultures 1
Christian Davico et sa fille, Julie Davico-Pahin @Ombrea

Des tests ont également été réalisés sur des vignes, en comparant une parcelle équipée d’ombrières (placées à bonne hauteur pour permettre aux engins agricoles de passer dessous) et une parcelle témoin. « Les résultats sont très intéressants, pointe Christian Davico. Un des problèmes de cette production réside dans des vins de plus en plus chargés en alcool, qui perdent en finesse à cause de l’élévation des températures. Or, en contrôlant la température et l’ensoleillement, on parvient à baisser d’un degré la teneur d’alcool, ce qui est considérable ». Pour ceux qui émettraient des doutes, les tests et protocoles ont été certifiés par l’IFV, l’Institut Français de la Vigne et du Vin. Pour la tomate, c’est jusqu’à 45% de rendement en plus. Davantage encore pour les fraises. Horticulture, viticulture et maraîchage pour l’heure. Mais des études sur l’arboriculture fruitière et les « PAM » (plantes aromatiques et médicinales) seront bientôt menées.

Autre motif de satisfaction, non seulement la production s’améliore, mais les défenses des cultures se renforcent, et rendent moins nécessaires les « intrants phytosanitaires », autrement dit les pesticides.

La petite entreprise a très vite reçu de nombreux soutiens bancaires et institutionnels. Le procédé a été couronné par différents prix, dont le dernier en date, fin janvier, est le prix de la Fondation Pierre Sarazin, pour l’innovation en agriculture.

 

Une levée de fonds d’un million d’euros, pour la commercialisation

Afin de financer la fabrication, l’étape indispensable de la levée de fonds est menée à bien au printemps 2019 : un million d’euros levé, avec le Crédit Agricole Alpes Provence au premier rang des investisseurs.

Sur les prestataires, les clients et le chiffre d’affaire escompté, Christian Davico fait régner le secret-défense. Persuadé que la concurrence est aux abois, il préfère jouer la prudence. « Le carnet de commandes est déjà bien rempli », élude-t-il. Sur le site du Crédit Agricole, il est fait mention de « plusieurs milliers d’euros de commandes ». Ce qui ne trompe pas, c’est le recrutement : les effectifs sont passés de 8 salariés en début d’année à 25 quelques mois plus tard. « Des ingénieurs agronomes, informaticiens, mécaniques, des docteurs en biochimie… », énumère Constance May, chargée de projet marketing.

Reste que pour les Davico, le premier motif de satisfaction est moins le titre de pionniers dans le pilotage de l’ombre que d’avoir dégagé une solution pour les agriculteurs en détresse. ♦

 

Bonus –

  • Les structures Ombrea : des panneaux de 160 x 100 cm dont la structure et l’assemblage sont réalisés en France. Ils peuvent être placés à 2 mètres du sol comme à 6 mètres.

 

  • Le Technopôle de l’Environnement Arbois-Méditerranée – Porté sur les fonts baptismaux du CEREGE (Centre Européen de Recherche et d’Enseignement sur les Géosciences de l’Environnement) dès 1995 et soutenu par une volonté politique visionnaire. C’est le premier regroupement de laboratoires travaillant dans le domaine des Sciences de l’Environnement Terrestre en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a pour vocation de favoriser les fertilisations croisées entre entreprises et startups, pôles de compétitivité, laboratoires de recherche, université, travaillant principalement dans les domaines de la surveillance environnementale et la gestion des risques, les énergies et l’éco-construction, la gestion de l’eau et des déchets.

Le Technopôle a mis en place une chaîne de la valeur de l’innovation complète allant de la recherche fondamentale à l’appui à la création d’entreprise innovante, aux pôles de compétitivité, aux centres de compétence, plateformes technologiques et offre immobilière dédiée pour le développement des entreprises.

On y trouve l’incubateur Impulse, la pépinière d’entreprises Cleantech, les clusters et pôles de compétitivité Capenergies, Eau, Trimatec, Safe Cluster, Prides Novachim et Éa-écoentreprises. Ainsi que les centres de compétences Envirobat Méditerranée, Cypres, le GRAINE Paca et le Crige Paca (Centre régional de l’information géographique).

 

  • Cleantech – Le Technopôle de l’Environnement Arbois-Méditerranée a ouvert en fin d’année 2016 sa nouvelle pépinière d’entreprises du secteur des technologies propres ou clean technologies, dédiée aux entreprises innovantes et environnementales. Il se dote ainsi d’un outil performant et efficace pour accueillir et accompagner les jeunes créateurs de start-up dont les projets portent sur les domaines de l’eau, l’énergie, la gestion des risques, la valorisation des déchets, la chimie verte, l’écoconstruction, ou la surveillance environnementale.

 

 

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