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Cité une femme : un match pour l’emploi

Par Raphaëlle Duchemin, le 4 juin 2021

Journaliste

Elles sont trop qualifiées ou pas assez : comment aider les chômeuses toulonnaises que même Pôle Emploi a du mal à épauler ? Une initiative conjointe menée dans le Var avec le Rugby club toulonnais (RCT) semble porter ses fruits. L’opération baptisée « cité une femme » est renouvelée par le club pour la deuxième saison consécutive. Et, comme au rugby, c’est un marquage à la culotte qui attend les candidates !

 

Elle a tout essayé. Elle a surtout beaucoup pleuré. Mélina a 22 ans. En 2016, quand elle quitte sa Martinique natale, elle est loin de se douter des difficultés qu’elle va devoir affronter.  Habituée à la chaleur des Antilles, elle débarque à Orléans pour passer son DUT en GEA (gestion des entreprises et des administrations).

Cité une femme : un match pour l’emploi 1Premier choc pour la jeune femme : le climat. Et la froideur de ses camarades de promo n’aidera pas à lui réchauffer l’âme. Qu’importe ! Mélina est là pour travailler. Elle empoche son diplôme et part rejoindre son copain à Toulon sous des cieux plus cléments. En théorie seulement.

Car la douceur de la Méditerranée cache pour elle une réalité plus amère :  la jeune femme qui ne supporte pas de rester sans rien faire à la maison postule nuit et jour… sans succès. « Je restais éveillée pour poster mes lettres à minuit et être certaine d’être parmi les premiers mails lus, se souvient-elle. Rien n’y fait. Au total 200 lettres envoyées ; « j’ai même essayé femme de ménage, on m’a répondu que j’étais trop qualifiée », rapporte-t-elle encore.

C’est alors que pôle emploi lui propose d’intégrer « Cité une femme ». Le dispositif porté par le Rugby club toulonnais est né dans la tête de son ancien président, quatre ans plus tôt. Mourad Boudjellal voulait avec cette opération montrer l’utilité sociale du club.

 

Esprit d’équipe

Comme pour chaque saison sportive, un certain nombre de candidates est recruté via pôle emploi. « 14 pour 2019-2020, 26 cette année pour la saison 2020-2021« , précise Baptiste Lauro-Lillo, coordinateur de projets RSE au RCT. Chacune se voit ensuite attribuer un parrain ou une marraine parmi les sponsors du club enrôlés dans l’aventure. Charge à eux de jouer les mentors.

Pour Mélina, c’est Isabelle Galent, responsable de l’agence Team Intérim, à Toulon, qui a été choisie. Pourquoi Mélina ? « Je ne sais pas, ça a matché tout de suite », explique la marraine. « On est dans une relation très personnelle avec notre filleule et c’est important pour pouvoir fonctionner en binôme. Mélina a travaillé énormément comme un sportif… On a multiplié les simulations d’entretien. Toujours avec bienveillance. De manière ludique. Heureusement car parfois, explique Isabelle Galent, elle reprenait son accent et ses tics de langage comme avec sa famille en Martinique. J’étais obligée de dire stop, on ne te comprend pas.  Et pour ça, il faut être dans une vraie relation de confiance. »

 

Essai transformé

Pour Mélina et pour les autres, un entraînement spécial, comme avant les matchs. Au programme : un rendez-vous par semaine, des CV réécrits, des lettres de motivation retouchées et des entretiens d’embauche travaillés en mode combat.  Et pour maintenir la cohésion de groupe, ne pas perdre la motivation non plus, c’est au RCT qu’une fois par mois l’équipe se donne rendez-vous. Une matinée d’échange, un repas pris en commun et du sport pour booster le dépassement de soi l’après-midi. Avec un objectif fixé aux candidates : montrer qu’elles mouillent le maillot.

Résultat ? Pour Mélina, c’est gagné, elle a décroché son premier contrat d’abord en intérim et maintenant c’est le CDI qui se profile… Comme elle, sur 40 jeunes femmes, 16 ont trouvé des contrats. Deux seulement ont jeté l’éponge. « Ce qui est important, confie Isabelle Galent, la marraine, c’est qu’elles savent qu’après, si elles ont un coup de mou, on est là. On leur donne des clefs, mais ce sont elles qui ont le déclic. »

 

Des victoires individuelles qui renforcent le collectif

Pour Lindsay qui n’a pas de diplôme et qui arrive de Polynésie, la tâche n’est pas terminée mais Isabelle se montre confiante et l’épaule : « Elle vient même à l’agence car elle n’a pas de PC. Cela prendra du temps, mais on y arrivera. »

Ce sur mesure est un vrai plus pour les jeunes filles éloignées de l’emploi, qui reprennent confiance. « L’an dernier, se souvient Isabelle, une candidate de Cité une femme a réussi son dossier d’inscription au CERFA elle est entrée dans la marine ». Des victoires individuelles qui renforcent le bien-fondé du collectif. Pour rappeler qu’ensemble, on est toujours plus fort. ♦

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