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Des lycéens de Marseille commercialisent les premières pailles comestibles de France

Par Agathe Perrier, le 27 mai 2019

Journaliste

Ils ont à peine 15 ans et ont déjà créé leur entreprise, Éco’Paille. Onze lycéens de Marseille commercialisent depuis le début de l’année scolaire les premières pailles comestibles de France. Un projet qui vise avant tout à sensibiliser le grand public sur les questions écologiques tout en apprenant les rouages de l’aventure entrepreneuriale.

 

Le couperet est tombé depuis quelques mois : au 1er janvier 2021, les pailles à usage unique – mais aussi les couverts, assiettes, gobelets, touillettes, cotons tiges et autres produits en plastique – seront interdites au sein de l’Union européenne. Certains n’ont pas attendu l’adoption ou même la menace de cette nouvelle réglementation pour plancher sur des solutions alternatives.

Les pailles Sorbos commercialisées par Éco’Paille © Sorbos

Des pailles réutilisables, en acier, bambou ou en verre, ont déjà vu le jour. En Espagne, l’entreprise Sorbos s’est positionnée sur des pailles comestibles et biodégradables à base de sucre à croquer (voir composition en bonus). Elles conservent leur aspect rigide pendant 30 à 40 minutes une fois plongées dans une boisson, tout en respectant son goût. Elles sont depuis le début de l’année scolaire 2018 commercialisées dans l’hexagone via la société marseillaise Éco’Paille.

 

Des entrepreneurs d’à peine 15 ans

Cette exclusivité* n’est pas la seule particularité de la jeune organisation. Derrière, c’est en effet une équipe de « mini-entrepreneurs » qui se cache. Louis, Adam et neuf de leurs camarades, élèves de Seconde au lycée Notre Dame de Sion, ont seulement entre 15 et 16 ans. « On a lu une annonce disant qu’on pouvait monter une mini-entreprise. Alors on s’est inscrit tous ensemble », explique Adam, au poste de directeur marketing. Le réseau Entreprendre pour Apprendre (EPA) organise depuis 1989 – 2013 sur l’académie Aix-Marseille – le programme de création de « mini-entreprise » (voir bonus en fin de l’article). Son but est avant tout de permettre aux adolescents de développer des compétences comme la gestion de projet, le travail en équipe, la prise de parole en public ou encore la prise de décisions et de responsabilités.

« Les jeunes créent une entreprise qui fonctionne comme une société anonyme ou une société coopérative, sous le couvert de l’association EPA. Les mini-entrepreneurs ont chacun un rôle et des responsabilités. Ils conçoivent, produisent, commercialisent un produit ou un service. Ils assument aussi la gestion administrative et financière. C’est du concret », met en avant la structure. Dans le cas d’Éco’Paille, les postes ont été répartis en fonction des envies des lycéens. Ils ont tout de même chacun dû rédiger CV, lettre de motivation et passer un entretien avec un organisme professionnel de recrutement. Comme dans le monde du travail en somme.

 

Les mini-entrepreneurs d’Éco’Paille © DR

Expérience et sensibilisation

Depuis le début de l’année scolaire, les mini-entrepreneurs se réunissent tous les mercredis après-midi pour faire un point et avancer sur leur projet. Louis, en tant que directeur général, explique à chacun ses missions du jour. Ils sont encadrés par un de leurs professeurs, ainsi que deux anciens entrepreneurs qui jouent les parrain et marraine providentiesl quand des difficultés se présentent. « On est quand même vraiment autonomes », tient à souligner Adam.

Une autonomie qu’ils ont souhaitée dès le démarrage, quand la question des premiers financements s’est posée. « On a organisé une vente de gâteaux au lycée. Ça a été un bon début pour la mini-entreprise. On a également vendu des actions à des membres de nos familles ou des personnes extérieures qui ont découvert notre projet via EPA », précise le directeur marketing. Et Louis d’ajouter : « On a par contre refusé les dons. On a voulu la monter par nos propres moyens et tout faire par nous-mêmes ».

Les premières centaines d’euros récoltées ont permis l’achat de la matière première, à savoir les pailles comestibles, auprès de l’entreprise espagnole Sorbos. Il a fallu y ajouter le prix du packaging, confié à un entrepreneur marseillais, et le transport. Au total, sur le prix de vente de 6 euros d’un pack de 10 pailles, la marge est d’environ un euro. « Notre objectif avec cette entreprise n’était pas vraiment de gagner de l’argent, mais d’acquérir de l’expérience. Et aussi de sensibiliser les gens à l’écologie », insiste Adam. Les onze mini-entrepreneurs ont pour cela organisé de nombreux événements à destination de particuliers et professionnels, pour faire connaître leurs produits et les vendre. Ils en ressortent avec un chiffre d’affaires de 1 730 euros et des bénéfices aux alentours de 400 euros. Ils ont décidé de se partager cette dernière somme, sous forme de bons d’achat ou d’une activité de groupe.

 

Brouillon auto 17Quel avenir pour Éco’Paille ?

L’aventure n’est toutefois pas encore terminée. S’il reste quelques semaines avant la fin de l’année scolaire, la question de la suite se pose. Elle fera l’objet de la prochaine réunion des mini-entrepreneurs, ce mercredi 29 mai. « Est-ce qu’on arrête ou on continue pour essayer de toucher les centrales de grandes surfaces ? », se demande Louis. Une chose est sûre, s’ils décident de poursuivre, ils devront créer une entreprise à titre personnel puisqu’ils ne pourront plus continuer sous couvert d’EPA. À voir si tous, ou partie, sont prêts à s’investir de nouveau sur leur temps personnel.

« Cette année, on a dû faire une croix sur les activités sportives du mercredi après-midi, on a dû se rendre disponibles les week-ends pour les manifestations, rater certains cours aussi et donc les rattraper. Ça nous a demandé beaucoup de temps », reconnaît Louis. Pas une pointe de regret pour autant derrière ses propos. « On a beaucoup appris sur nous-même, sur le travail en groupe, l’entraide, ne pas se dire que son avis est systématiquement meilleur que celui des autres », souligne le directeur général. De quoi leur donner envie de monter leur propre structure plus tard ? Oui pour les deux garçons, « mais pas à un autre poste que celui de directeur général ! », précise Louis.

 

© Sorbos

Une mini-entreprise déjà primée

La petite équipe a en tout cas bien mené sa barque puisqu’elle s’est vu remettre un prix lors de la 7e  édition du championnat régional des mini-entreprises. Organisé par le réseau EPA, il a réuni le 16 mai dernier à Marseille plus d’un millier de mini-entrepreneurs de toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Éco’Paille y a reçu le prix « Relation client et stratégie commerciale ». « Si on m’avait dit au début de l’année qu’on développerait la première paille qui se mange en France, qu’on gagnerait un prix et qu’on passerait dans les médias, je n’y aurais pas cru », confie Louis, pas peu fier de l’avancée de leur mini-entreprise. ♦

* Depuis la création d’Éco’Paille, d’autres sociétés en France ont vu le jour pour commercialiser les pailles espagnoles Sorbos, comme la start-up Switch Eat à Nantes.

 

Bonus :

  • Le championnat régional de mini-entreprises en PACA a permis de récompenser cinq mini-entreprises dans différentes catégories : collège, lycée, post-bac, initiative emploi et apprentissage. Les gagnants de ces catégories ont décroché leur place pour le championnat national des mini-entrepreneurs, qui aura lieu les 3 et 4 juillet 2019 à Lille. Deux prix coups de cœur ont aussi été décernés, ainsi que six prix partenaires, dont celui obtenu par Éco’Paille. En parallèle se déroulera également, toujours dans la capitale des Hauts-de-France, le 30e championnat européen des mini-entreprises.
  • Quelques exemples d’autres mini-entreprises créées dans la région PACA : Pousse Pouce Local, un site de covoiturage local, So’ Music, une enceinte solaire, Éco-palettes, dédiée à la création et à la vente de meubles en palettes de bois recyclé ou encore Challenge your Brain, un jeu de société adapté aux dyslexiques, malvoyants et daltoniens pour réviser le brevet.
  • Le réseau EPA a soutenu la création de 1 500 mini-entreprises en 2018 dans toute la France, soit 21 500 jeunes accompagnés. Pour comparaison, en 2004, 75 mini-entreprises avaient vu le jour dans l’Hexagone.
  • En 2019, la mini-entreprise fête ses 100 ans, rien que ça ! Si elle est apparue en France en 1989, elle a été créée 70 ans plus tôt aux États-Unis sous le nom de « Company Program ». Horas Moses, un industriel américain du Massachussets, était inquiet du déficit de création d’entreprises sur son territoire. Il a alors proposé une « mini-entreprise » à ses collaborateurs et leurs familles, ce qui lui a permis de transmettre son envie d’apprendre et de redynamiser son territoire. En 1920, il baptise son organisation « Junior Achievement ». Un nom et un concept toujours d’actualité aujourd’hui. Entreprendre pour Apprendre est la représentation française du réseau Junior Achievement.
  • Les pailles Sorbos sont 100% biodégradables et disponibles en huit parfums (neutre, cannelle, citron, citron vert, fraise, pomme, chocolat, gingembre). Côté composition, elles sont élaborées à base de sucre glace, arômes, amidon de maïs, gélatine, eau, stabilisant de carboxyméthylcellulose et humectant de glycérine (ingrédients listés par ordre de proportion).

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