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Le Domaine de Lorient, une ferme vigneronne expérimentale

Par Frédérique Hermine, le 25 février 2022

Journaliste

Dans la vallée du Rhône, une nature relativement préservée et sauvage, entre paysages continentaux et méditerranéens, chênes verts et genévriers © Domaine de Lorient

Laure et Dimitri ont créé sur les hauteurs de Saint-Péray, en Ardèche, une ferme vigneronne pour développer cépages, élevage et polyculture. Pour transmettre également l’attachement à la biodiversité et l’amour des bons produits.

Laure Colombo est vigneronne et même fille de vignerons célèbres, ses parents Anne et Jean-Luc comptant parmi les œnologues de référence de la vallée du Rhône depuis plus d’une trentaine d’années. La famille originaire de Marseille est venue s’installer près de Valence (26) avant sa naissance. C’est dans les collines ardéchoises surplombant le Rhône que Laure a grandi. C’est tout naturellement ici, sur les hauteurs de Saint-Péray qu’elle est revenue s’installer après avoir fait des études de commerce, voyagé dans le monde de New York à New Delhi. Se replonger dans la viticulture et l’œnologie.

 

Le second souffle des appellations

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Un panorama à 180° en surplomb de la vallée du Rhône © Frédérique Hermine

« Je voulais retrouver ma campagne, renouer avec la transmission, participer à l’accroissement de la biodiversité. J’aimerais faire renaître l’appellation Saint-Péray comme mes parents ont redonné du souffle à l’appellation Cornas ».

Dans les années 60, la dernière appellation au sud du Rhône Nord et aux portes de Valence, longtemps connue pour ses effervescents, avait commencé à être grignotée par la pression foncière et industrielle. Descendue à une trentaine d’hectares de vignes ; elle en compte aujourd’hui 130. Elle a été redynamisée par de grandes maisons de vins et, de plus en plus, par de jeunes vignerons dont Laure fait bien sûr partie. Cette dernière regrette toutefois le manque de notoriété des vins pérolais, pas assez valorisés, en effervescents comme en tranquilles.

Le trophée de la « Meilleure Vigneronne de l’année » des Toques Blanches Lyonnaises décroché cet automne devrait contribuer à mieux faire connaître ses vins.

 

Un observatoire de la biodiversité agricole

Les Colombo s’étaient installés au milieu des années 80 dans une vieille ferme. Ils avaient racheté et replanté progressivement des vignes qui ont toujours été travaillées en bio, certifiées depuis 2016. Puis avaient fait rayonner leurs vins et diffusé leurs conseils partout dans le monde. Tout en continuant à vivre dans la nature au milieu des animaux.

Laure a choisi de perpétuer ce modèle et s’est installée en 2014 avec Dimitri Roulleau-Gallais dans une ferme délabrée à flanc de coteaux, entourée de friches. Cette belle bâtisse en pierres, aux volets rouges, offre un panorama à 180° en surplomb de la vallée du Rhône. La nature y est relativement préservée et sauvage, entre paysages continentaux et méditerranéens. Entre chênes verts et genévriers côté sud du chemin. Chênes blancs et cèdres au nord. Le jeune couple décide d’y planter ses propres vignes et de créer une véritable ferme vigneronne, baptisée le Domaine de Lorient, du nom du lieu-dit exposé au soleil levant. Mais aussi une référence aux racines grecques de Dimitri.

 

 

Veaux, vaches, cochons…

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Les moutons « tondent » l’herbe et fournissent un engrais naturel © Frédérique Hermine

Sur 18 hectares, on croise brebis, agneaux, poules, vaches, cochons, un bélier, un chien, un chat et six ruches. Des nichoirs à mésange, des « hôtels » à abeilles sauvages et à insectes, des abris à chauve-souris ont été installés sur le domaine labellisé Observatoire de la Biodiversité Agricole. Tout est travaillé en petites parcelles avec semis d’engrais verts comme le trèfle, la vesce et d’autres plantes fourragères plantées broyées sur place pour l’apport d’azote. Avec également des plantes mellifères tels les bleuets et coquelicots pour nourrir les abeilles qui fournissent une trentaine de kilos de miel par an. Les deux vaches, Noisette et Ingénieuse, passent au printemps entre les rangs pour manger le fourrage. Les moutons y séjournent l’hiver hors période végétative pour « tondre » et apporter naturellement de l’engrais.

 

Retour à la polyculture

L’objectif est également d’implanter de l’agroforesterie avec une cinquantaine d’arbres par hectare dans la vigne. Des fruitiers (amandiers, cerisiers, cognassiers, framboisiers, groseilliers…) mais également tilleuls, merisiers, muriers, oliviers. « Car ce qui est planté sous les arbres isolés dans les parcelles ne gèle pas, à l’inverse des lisières de bois, explique la jeune femme. Nous voulons avant tout éviter la monoculture. Nous équilibrons donc notre activité viticole principale avec la production de pommes, en particulier des variétés anciennes pour le jus et le cidre, et d’huiles d’olive ». Y compris avec les olives des parents de Laure à Cornas et près de Marseille, mais également celles des parents de Dimitri… à Corfou en Grèce. Le tout étant pressé dans un petit moulin traditionnel d’Ardèche. De quoi apporter un complément de revenus aux jeunes vignerons.

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Le projet d’agroforesterie porte sur une cinquantaine d’arbres par hectare dans la vigne© Frédérique Hermine

« Notre philosophie est surtout de devenir le plus autonome possible. En produisant ce que l’on mange et ce qui aux beaux jours approvisionne notre table d’hôtes et les paniers-repas des deux gîtes que nous avons restaurés derrière la ferme ». L’idée était aussi, dans la même optique de développement durable, de ne pas vendre les vins à l’autre bout du monde. « Mais avec la fermeture des restaurants en 2020, nous avons quand même dû expédier l’an dernier des bouteilles en Belgique, en Suisse, en Grande-Bretagne pour compenser le manque à gagner dans l’hexagone ».

 

 

Le woofing pour le partage et l’échange

Laure continue en parallèle à vinifier les vins en propriété de ses parents. Toutefois, avec Dimitri et leurs deux enfants, ils s’attachent surtout à développer la ferme pour l’amour des bons produits et à soigner leurs vignes, en particulier la syrah qu’ils aiment tant. Tout est sujet à expérimentation et transmission. Le couple ne manque pas d’idées pour « cultiver la terre et l’esprit ». « Nous passons beaucoup de temps à travailler le potager et les sols granitiques du vignoble, en bio sans intrant. Certaines parcelles sont même labourées au cheval. Nous tenons aussi à accueillir régulièrement des chefs devenus des copains qui viennent cuisiner ici pour accompagner nos vins et les faire partager ».

La ferme accueille également des artistes, des cours de danses et de théâtre. Elle héberge aussi des bénévoles en woofing, un système de participation aux travaux de l’exploitation en échange du gîte et du couvert. Une proposition hors saison, les gîtes étant loués aux touristes l’été. Et pendant les vendanges, Laure et Dimitri font appel à une main-d’œuvre qualifiée. « Il ne s’agit pas de travail déguisé mais plutôt de leur faire découvrir notre métier. Nous préférons accueillir un woofer à la fois et prendre le temps de vrais échanges, quand l’activité à la ferme est moins dense comme en hiver. Nous pouvons leur apprendre à reconstruire un muret en pierre sèche, à planter des arbres, à entretenir un potager, à développer du petit maraîchage (petits pois, concombres, tomates, courgettes, salades) entre les rangs de vigne, à monter des haies sèches pour les moutons… Je propose en retour l’hébergement et une cuisine maison avec de bons produits. Et nos vins bien sûr ». Un système de convivialité et de partage qui convient parfaitement à des petites exploitations diversifiées. Mais aussi un mode de vie que Laure et Dimitri tiennent vraiment à mettre en avant. ♦

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Le couple aime à « cultiver la terre et l’esprit » © Frédérique Hermine

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