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Pardonner pour se libérer

Par Marie Le Marois, le 18 septembre 2020

Journaliste

Photo Pixabay

Pour avoir fait l’expérience du pardon il y a 15 ans, je sais à quel point il libère. Pourquoi pardonner celui qui nous a offensé ? Peut-on tout pardonner ? La Journée Internationale du Pardon, fixée au 18 septembre, est l’occasion d’explorer cette notion mal comprise.

J’ai toujours pensé que pardonner était un devoir. Qu’il ne fallait garder ni ressentiment ni désir de vengeance, quels que soient l’offense ou le mal commis. Pour maintenir la paix, effacer, avancer. C’est dans cette perspective que j’ai pardonné à 26 ans, à une personne qui m’avait fait du mal des années auparavant. Je me devais de le faire. N’avais-je pas une vie heureuse, contrairement à lui ? Je me suis rendue compte, près de dix ans plus tard, que ce pardon était partiel. Il avait été dicté par la raison.

 

Un pardon puissant et libérateur

Je n’avais pas en fait pardonné à mon offenseur. Le mal, tel une pieuvre, a ressurgi en moi sous forme de symptômes enserrant ma vie de femme et de mère. Il fallait que je travaille sur moi. Au bout de neuf mois de psychothérapie biodynamique, j’ai réussi à téléphoner à cette personne. Pour comprendre. Ce qu’il m’a dit m’a profondément déstabilisée. Je m’attendais au pire qu’il ne se souvienne de rien, au mieux qu’il minimise son acte. Il a reconnu les faits et s’est excusé. J’ai alors senti jaillir du plus profond de mes entrailles un puissant pardon.

 

Pardonner permet de reprendre le pouvoir sur sa vie

Pardonner pour se libérer 2En s’excusant, il a reconnu sa responsabilité et, en même temps, ma souffrance. En lui pardonnant, je me suis sentie tout à coup libérée. Je l’ai compris bien plus tard, en assistant à un ‘’Cercle de Pardon’’ avec Valérie Allemand. Outre nous faire du mal, les blessures de la vie – divorce douloureux, trahison, violences – peuvent entraîner rancœur, haine, désir de vengeance, peur. Ces différentes émotions enferment notre cœur, entravent énergie et créativité, empêchant tout amour de le traverser.

« Pardonner nous permet de ne pas rester dans un état de victime et de reprendre le pouvoir sur notre vie », confie cette femme bienveillante. Autrement dit, selon Olivier Clerc, fondateur des Cercles du Pardon et auteur de ‘’Peut-on tout pardonner ? ‘’, on se libère de l’illusion que l’autre a tout pouvoir sur notre état intérieur, on arrête de l’utiliser comme prétexte à nos comportements.

 

Pardonner n’est ni oublier, ni excuser

Cela signifie-t-il qu’en pardonnant, on efface tout ? « Le pardon n’est pas d’excuser celui qui nous a fait du mal, encore moins de cautionner ses agissements, insiste Valérie Allemand. Mais le considérer avec discernement, sans haine ni violence ». Pour reprendre Olivier Clerc, on peut tout pardonner et… ne rien laisser passer : « mon cœur pardonne, mon mental prend les décisions justes pour protéger mon cœur et mettre la personne fautive face à ses responsabilités ». On peut tout pardonner et ne plus voir la personne. Tout pardonner et l’assigner en justice.

 

Pardonner sans que l’autre reconnaisse son offense

Dans la pratique, il ne suffit pas de dire ‘’je pardonne’’ pour que le pardon soit réel « car le cœur n’obéit pas à la volonté », souligne Olivier Clerc. Le chemin du pardon est d’autant plus ardu si l’offenseur nie toute responsabilité. Faut-il alors laisser le mal nous emprisonner ? « Nous n’avons pas besoin d’attendre que l’autre nous demande pardon pour dissoudre ce poison qui impacte notre façon d’être au monde et nous tue à petit feu », rappelle Valérie Allemand.

Car il est une évidence : la première personne à qui nous faisons du bien en pardonnant, c’est bien nous. Pour y parvenir, il existe plusieurs voies, en dehors de celles proposées par les religions, notamment Les Quatre Accords Toltèques et les Cercles du Pardon (voir témoignage bonus). Toutefois, prévient Olivier Clerc, le pardon n’est pas une fin en soi, plutôt « un accompagnement dans un chemin de réconciliation intérieure ». Il est une expérience personnelle qui se nourrit d’abandon et de lâcher-prise. Il jaillit un jour, sans qu’on s’y attende. Nous laissant, pour reprendre les propos de Maïti Girtanner, résistante torturée par la Gestapo (voir bonus), surpris et transformé. ♦

 

Bonus [pour les abonnés] La Journée Internationale du Pardon – Le Cercle du Pardon – Les 4 Accords Toltèques – Le pardon de la résistante Maïti Girtanner – témoignages –

 

  • La Journée Internationale du Pardon connaît là sa deuxième édition – Créé par Olivier Clerc, elle est organisée par L’Association Pardon International (API). A cette occasion, plusieurs événements sont organisés en France et dans différents pays. A Marseille, Valérie Allemand propose toute une après midi autour du pardon. Et un Cercle du Pardon le 17 octobre (lire ici).

 

  • Cercle du Pardon – Le Cercle du Pardon est un outil de transformation développé par Olivier Clerc depuis 2012 et qui existe aujourd’hui dans plusieurs centaines de villes en France et dans le monde. Il n’est ni la panacée à tous nos problèmes, ni une solution miracle. Mais un cadeau précieux à s’offrir soi-même. Olivier Clerc l’a reçu de Don Miguel Ruiz, après avoir traduit et publié son livre ‘’Les Quatre Accords Toltèques’’ en France. Il a vécu avec lui au Mexique « une expérience bouleversante et radicalement transformatrice » racontée dans ‘’Le Don du Pardon, un cadeau toltèque de Don Miguel Ruiz’’

Le Cercle du Pardon, rituel simple et puissant de trois heures, est composé de plusieurs exercices qui conduisent sur le chemin d’ouverture du cœur, pour que l’amour puisse circuler à nouveau. C’est la douche du cœur, explique Valérie Allemand : comme on lave notre corps, on lave notre cœur des saletés émotionnelles. Un des exercices, le plus surprenant, est de demander pardon au lieu de pardonner. Demander pardon au lieu de pardonner : deux portes d’accès au même espace qu’est le cœur. Mais la première, enraciné dans l’humilité, est à notre portée. En l’ouvrant, on fait circuler à nouveau l’amour et cet amour, qui sait, permettra de pardonner. « En ouvrant mon cœur d’un côté, je l’ouvre du même coup de l’autre », ajoute Olivier Clerc dans ‘’Peut-on tout pardonner ? ‘’

Le témoignage d’Isabelle – « J’ai subi des viols enfant. J’avais fait le travail, compris beaucoup de choses grâce au développement personnel  mais je restais toujours bloquée. Comprendre ne me permettait pas d’aller vers mon bonheur. Étant thérapeute, je savais que le pardon est essentiel. Qu’en ne pardonnant pas, on laisse le pouvoir à l’autre et, qu’à l’intérieur de soi, on reste figé par la rancune et la colère.

C’est la raison pour laquelle, quarante ans après les faits, j’ai assisté à un ‘’Cercle du Pardon’’, puis un second. Contrairement à ce que je pensais avant d’y assister, c’est à moi que j’ai pardonné, de m’avoir fait vivre toutes ces souffrances. En me pardonnant, j’ai ouvert mon cœur et pardonné à mes agresseurs. Je ne l’ai pas senti tout de suite, ça a été un cheminement. Trois-quatre mois après, je me suis sentie libérée. Libérée dans ma joie. Libérée dans mon énergie et ma créativité. D‘ailleurs, on ne cesse de me dire que je suis rayonnante.

Je ne suis plus victime mais résiliente. Ma cicatrice est là mais elle s’est refermée, elle ne me fait plus mal. Les viols font partie de ce que je suis. À mon tour, j’aide les femmes à trouver le chemin de la paix intérieur ».

 

 

  • Les 4 Accords Toltèques – Don Miguel Ruiz, auteur ‘’Les Quatre Accords Toltèques’’, est un neurochirurgien-chaman mexicain. Après une Expérience de Mort Imminente (EMI), il a décidé de se consacrer à la sagesse des toltèques. Ses quatre accords – Que votre parole soit impeccable. Ne réagissez à rien de façon personnelle. Ne faites aucune supposition. Faites toujours de votre mieux – sont puissants.

Le témoignage de Sylvain – « Dans la même année, en 2015, mon associée et amie m’a trahie, et mon amoureuse est partie avec un autre homme. J’étais écrasé par la douleur. Mais à la médication, j’ai préféré l’action. D’abord en nettoyant à fond ma maison, puis en courant trois-quatre fois par semaine sur la Corniche à Marseille. Courir m’a remis en mouvement. Être en contact avec la lumière et la mer m’a apaisé. Mais ce qui a été radical, c’est ma lecture des ‘’Quatre Accords Toltèques’’. Ils m’ont sorti de ma torpeur, libéré. Un des accords dit ‘’n’en faites pas une affaire personnelle’’. J’ai stoppé l’idée que j’avais dû faire quelque chose de mal pour que mon associée me trahisse ou que mon ex me quitte. Les responsables, c’était eux. Pas moi. Comme un enfant battu – et je l’ai été -, ça m’est tombé dessus. Je n’avais rien à me reprocher. La seconde phrase qui a été un déclic est ‘’Ne jamais faire des suppositions’’. J’ai arrêté de me torturer l’esprit avec mon flot d’hypothèses sur mon ex : elle doit être avec lui en ce moment, que font-ils ? J’ai pu alors vivre le moment présent, me faire du bien et… leur pardonner.  Je l’ai compris quand j’ai pu les revoir sans rancœur.

Ces événements m’ont permis également de pardonner à ma mère. Ils ont réveillé ce que j’avais enfoui, grâce à des séances de kinésiologie. Ce que m’avait fait vivre mon associée pendant des années, c’est en fait ce que m’avait fait vivre ma mère. À la différence que les coups étaient psychologiques et non physiques. J’ai compris que je répétais indéfiniment le contexte émotionnel dans lequel j’avais grandi. Compris également que je ne m’entourais que de gens tordus.

Mon but en lisant ‘’Les Quatre Accords Toltèques’’ était de me reconstruire, ces quatre paroles de sagesse m’ont amené sur le chemin du pardon. Je pense qu’on ne peut pas guérir tant qu’on n’a pas pardonné. Le pardon m’a permis de reprendre la main sur ma vie et m’ouvrir à de nouvelles perspectives. Aujourd’hui, j’ai créé ma société avec une super associée et rencontré une femme extraordinaire ».

 

  • Pardonner pour se libérer 1Maïti Girtanner – Cette grande résistante, promis à une belle carrière de pianiste, a été torturée par la Gestapo et laissée pour morte. Toute sa vie, elle a connu d’innombrables souffrances dans son corps mais, profondément croyante, a souhaité pardonner à son bourreau. « Mais peut-on savoir si on a vraiment pardonné ? », confie t-elle au réalisateur Michel Farin dans un reportage. Contre toute attente, son bourreau est venu lui rendre visite 40 ans après. « Quand il me quitte, au lieu de se dire au revoir en se serrant la main, je lui tends les bras et je l’embrasse. À l’instant où je l’embrasse, il me dit ‘’pardon’’. À ce moment-là, j’étais sûre et certaine que je lui avais pardonné ». Ce geste irrépressible de lui tendre les bras n’était pas prémédité, « il a surgi au fond de mon âme ». Pendant plusieurs jours, elle est restée sciée, « j’avais reçu cette grâce d’avoir pardonné ».

 

 

 

 

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