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Il n’y a pas d’âge pour apprendre à nager ou passer son bac !

Par Marie Le Marois, le 2 juillet 2021

Journaliste

@In Extremis

Il n’est jamais trop tard pour se réinventer, être soi et réaliser ses aspirations profondes. Quatre femmes nous livrent le cheminement qui les amenées à s’accomplir ou réaliser un vieux rêve. À lâcher prise ou à s’octroyer un peu de douceur. Saliha a passé le bac. Dalila s’est confiée à une psychothérapeute. Sylviane a vaincu sa phobie de l’eau. Marjorie a écrit son premier livre…

 

Saliha, 44 ans, mère au foyer, vient de passer son DAEU (équivalence du bac)
@Saliha en train de préparer son DAEU

« J’ai arrêté très jeune l’école, après un BEP sanitaire et social. Je n’étais pas intéressée par les études. Puis je me suis mariée et j’ai eu six enfants. Il y a deux ans, mon petit dernier est rentré en maternelle. J’étais très épanouie mais iI me manquait quelque chose. Je me suis inscrite à Pôle Emploi pour trouver un boulot mais toutes les annonces qui m’intéressaient requéraient d’avoir le bac.

J’ai parlé à une amie de mon regret de ne pas avoir fait d’études et elle m’a parlé du DAEU. Pourquoi pas moi ? Je doutais de mon niveau mais j’ai réussi les tests d’entrée. En octobre, j’ai démarré les cours à l’IUT de Creil dont je dépends. Comme matières, j’ai choisi français, santé, économie et anglais. Toute l’année, j’ai participé en classe, fait tous mes devoirs, des fiches pour les partiels en février et mai… Je n’ai jamais raté un cours.

Pas évident d’étudier avec les enfants car je devais m’en occuper. En même temps, c’était super de partager ça avec eux. Ils étaient euphoriques et moi qui étais stricte avec eux pour les études, je suis devenue plus cool. J’ai compris qu’ils étaient déjà suffisamment stressés par l’école.

Bien sûr, j’ai eu de gros moments de doute. Heureusement, les profs nous ont soutenus et l’entraide dans la classe était forte.

L’examen final a eu lieu en mai et j’ai eu le plaisir d’obtenir une mention bien à mon DAEU. Me voilà enfin libérée ! Mon objectif ? Obtenir une licence pour passer le concours de professeur des écoles. Je me suis inscrite sur Parcoursup en Arts Plastiques à la Sorbonne et en Sciences Humanité à Beauvais. J’attends la réponse… »

  • Le DAEU. Ce diplôme d’accès aux études universitaires est un diplôme national, équivalent au bac. En mode présentiel ou à distance, plusieurs voies sont possibles : le DAEU A à dominante littéraire et le B à dominante scientifique. Pour chacune, il y a deux matières obligatoires et deux options. Le coût varie en fonction du statut du candidat et de l’établissement fréquenté. On s’abonne aux pages Facebook ‘’DAEU 2021 – 2022 ENTRAIDE’’ et ‘’Diplôme d’Accès aux Études Universitaires (DAEU)’’
  • Également : VAE, validation des acquis de l’expérience. Toute personne ayant exercé une activité professionnelle peut, sous conditions, bénéficier de la VAE. Son expérience lui permet d’obtenir une certification pour évoluer professionnellement.

 

Dalila, 52 ans, chef de développement de projet, a entamé un travail sur elle avec une psychologue
Passer son bac ou apprendre à nager à 50 ans, c’est possible ! 2
@Dalila. « Mon état d’esprit ? Marcher, prendre du plaisir et respirer…. »

« Je me sentais mal dans mon boulot, j’avais l’impression de tourner en rond. En même temps, je me disais que les psys, c’était pour les fous. Et qu’en plus, Freud ne pouvait comprendre mon histoire, à moi Française issue de l’immigration.

Le hasard a fait que ma direction a ouvert un service ‘’Qualité de vie au travail’’ qui proposait des séances de psychothérapie. Au début, je suis allée voir la psy en dilettante et au final, je ne l’ai plus lâchée ! Je n’aurais jamais cru que je me livrerais autant.

Au niveau professionnel, elle m’a permis de gagner en confiance car je me dévalorisais beaucoup. Elle m’a appris également à accepter mon côté sanguin, à l’utiliser à bon escient. Et prendre moins les choses à coeur.

Du professionnel, on est passé au personnel. J’ai pu lui parler de mes parents arrivés en France en 1968, de leur installation dans un bidonville à Marseille, de ma tuberculose contractée à ma naissance, des trois premières années de vie dans un sanatorium. J’ai fait le lien entre cette séparation précoce et mon manque de sécurité affective. Tous les noeuds de mon histoire se détricotaient petit à petit.

Moi qui me suis toujours consacrée aux autres, à mes enfants, à l’associatif, j’ai appris à lâcher-prise et prendre du temps pour moi. Mon état d’esprit ? Marcher, prendre du plaisir et respirer…. Je me suis battue toute ma vie, je m’offre désormais de la douceur.

Quant à mon travail, plus question d’en partir. J’y ai retrouvé du sens ».

  • À lire : ‘’Dans la tête de ma psy. Et comment choisir le sien’’ du Dr Sylvie Wieviorka (Ed. humanSciences 2021, 18 euros). Choisir un psy dans l’annuaire ‘’Mon Psy’’ qui recense des psys certifiés (psychologues, psychothérapeutes, psychopraticiens…).

 

Sylviane, 59 ans, prof d’anglais, apprend à nager grâce à des cours spéciaux pour aquaphobes
Il n'y a pas d'âge pour passer son bac ou apprendre à nager ! 1
@In Extremis

« J’avais peur de l’eau mais sans savoir pourquoi exactement. Je me souviens juste qu’au collège, je paniquais au moins quatre jours avant le cours de natation. Je savais que ça allait être l’horreur. Les élèves qui se moquaient de nous, les débutants. La tête à mettre sous l’eau. La ‘’tasse’’ qui ne manquait pas d’arriver…

Pendant longtemps, j’ai caché que je ne savais pas nager, j’avais honte. Rien qu’entendre le bruit d’une rivière me stressait.

Le déclic s’est produit il y a six ans, en cherchant un sport d’endurance pour garder la forme. Je ne pouvais plus faire de course à pied à cause d’une tendinite, le vélo ne me plaisait pas trop, il restait la natation.

J’ai compris que j’étais aquaphobe quand je me suis inscrite à des cours pour les personnes comme moi. Il y a eu de nombreux moments de découragement. J’ai mis des mois à lâcher ma frite. Comme je trouvais que mes progrès n’allaient pas assez vite, je me suis inscrite à un stage d’In Extremis, puis deux, puis huit.

J’ai réussi à me laisser porter par l’eau dès le premier stage, puis à mettre la tête dessous. Et enfin, à ressentir du plaisir d’y être. Ces stages durent trois heures, on a le temps de progresser et de se sentir bien, les exercices sont ludiques et progressifs. Pour la maîtrise du souffle, on devait par exemple pousser la balle à travers le bassin en soufflant dessus, sans la toucher.

J’ai vraiment découvert le plaisir de me laisser flotter et d’avancer en nageant. Il me reste juste quelques stages pour vraiment être à l’aise là où je n’ai pas pied ».

 

Marjorie, 55 ans, infirmière hospitalière, a écrit un livre
@Philippe Pinet. Marjorie avec son manuscrit

« À 12 ans, je voulais être écrivain mais mes parents ont déclaré que ce n’était pas un métier. Alors j’ai eu honte et écrit en cachette. 43 ans plus tard, le 31 décembre 2018, après un réveillon arrosé à Paris, j’ai trébuché devant la vitrine d’une école d’écriture, Les Mots. J’ai pris ce signe comme celui du destin.

Le surlendemain, j’appelais l’école et le soir même, démarrais un stage de trois jours. Je suis tombée amoureuse de ce lieu, des gens. J’étais dans mon élément. Ma vie a basculé cette semaine-là.
J’avais mis de l’argent de côté pour fêter la fin d’un divorce long et douloureux. Au lieu du voyage prévu, je me suis offert tous les ateliers que je voulais : autofiction, monde fantastique, poésie… Dès que je pouvais, je quittais mon travail à Lamalou-les-Bains pour suivre les ateliers. 85 stages en deux ans !

J’ai appris à écrire une histoire, à maîtriser la concordance des temps, à jouer sur les sonorités. Le dernier stage était Écrire moderne. L’écrivain qui l’animait nous demandait de rédiger une histoire de trois pages. Il a tellement apprécié ma production qu’il a insisté pour que je la poursuive.

Pendant quarante jours, j’ai écrit mon roman. Une histoire d’amour avec, en toile de fond, un monde qui déraille. Je l’ai terminé le 31 janvier, il a des chances d’être édité. J’ai aussi passé un Diplôme Universitaire d’animation en atelier d’écriture. Je viens de réussir ma soutenance et validé mes principaux travaux. Les notes et le diplôme seront en septembre.

Mais pas question de laisser tomber mon boulot d‘infirmière que j’adore ».

  • On lit ‘’Se révéler par l’écriture. J’écris, je m’épanouis, je m’ouvre au monde’’ de Sophie Papaz et Catherine Persuy (Editions In Press 2020, 12,90 euros). Qu’écrire ? Par où commencer ? Où trouver l’inspiration ? Les auteures nous guident pas à pas pour apprivoiser l’écriture, jouer avec les mots et désamorcer nos blocages. ♦

*Témoignages recueillis dans le cadre d’une enquête pour Avantages

 

Pistes de lecture
  • ‘’Ne passez plus à côté de votre vie’’, de Saverio Tomasella (Ed Flammarion, 2021). Le psychanalyste, Docteur en psychopathologie, nous aide à retrouver notre élan de vie au quotidien pour réaliser nos aspirations profondes. Et nous propose une approche physique, psychique et spirituelle.

 

  • « Les fleurs de l’âge, enquête sur les femmes qui se réinventent’’, de Josiane Asmane (Ed. Flammarion 2021, 19 euros). Ce livre dresse le portrait de femmes âgées de 50 à 100 ans, interrogées sur leur vie amoureuse, sociale et professionnelle. Leur point commun ? Elles nous donnent envie de rêver notre vie quel que soit l’âge.

 

  • ‘’Osez changer. Vous avez le pouvoir de réaliser vos rêves’’, de Marc Vachon et Marie Bérubé (Ideo Eds 2019, 17,50 euros). Les auteurs, créateurs du blog oserchanger.com, nous proposent des exercices pratiques et une trousse à outils pour nous accompagner dans la voie du changement.

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