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Quand Marcelle lance le débat sur le tourisme à Marseille

 

Par Olivier Martocq, journaliste

[Au fait !] Tourisme et seuil de tolérance à Marseille. La question posée par Marcelle dans une enquête au long cours (avec 4 articles publiés entre le 29 mai au 3 juillet) a donné lieu à divers focus et débats. Ce sera assurément un des nouveaux thèmes de la prochaine campagne municipale.

Des médias nationaux ont relayé ce questionnement à travers des articles, à commencer par un prolongement dans Le Figaro du 17 juillet. À signaler également ceux du JDD le 28 juillet et de l’Humanité le 16 août. Dans Marcelle, le sujet a aussi été abordé sous ses divers aspects par d’autres journalistes notamment la spécialiste du maritime Adeline Descamps [Good News] du 20 août.

Les réactions ont également été nombreuses et ont pu donner lieu à des échanges parfois vifs. Je ne retire pas un mot de cette enquête. J’ai posé des questions précises aux autorités concernées. Sur la pollution d’un navire ou le nombre et les emplacements des capteurs pour l’évaluer aux abords du port de Marseille. Je n’ai reçu aucune réponse. Il n’existe pas d’études sur les rejets à la sortie des cheminées pendant les manœuvres et une seule station d’analyse de la qualité de l’air est déployée dans une zone peu significative. Pas non plus d’études sur le panier moyen d’un croisiériste, même approximatif, alors qu’il serait si simple d’installer un compteur pour savoir combien de touristes descendent des navires en escale, où ils vont et donc ce qu’ils dépensent. Sur cette problématique complexe du tourisme qui implique de multiples secteurs d’activité, il peut y avoir plusieurs approches.

À l’instar de ces deux points de vue. Le premier est extrait d’une note du think-tank Le Mouvement (1). Elle pose la problématique essentielle des données dont on dispose et de leur fiabilité afin de pouvoir estimer le ratio bonus/malus.

Le second émane de Jean-François Suhas, le Président du Club de la Croisière Marseille Provence (2). L’homme, dans son parcours professionnel de pilote de port est considéré comme particulièrement compétent. Dans ses fonctions spécifiques et bénévoles au sein du Club de la croisière, il peut légitimement apparaître comme partie prenante, le terme étant pris au sens strict, sans la moindre connotation péjorative. ♦

 

Quand Marcelle lance le débat sur le tourisme à Marseille1/Laurent Lhardit, président du Mouvement : « Des collectivités locales insuffisamment renseignées pour élaborer des politiques publiques adaptées face au développement du tourisme issue des bateaux de croisières »

Les villes d’accueil des croisières font face à des enjeux qui dépassent largement le seul impact économique des flux touristiques.  Les bateaux génèrent des nuisances environnementales dues à leur fonctionnement propre (pollution atmosphérique) comme à leurs passagers (déchets, eaux usées…). Il est donc important que les collectivités locales des ports d’accueil se saisissent pleinement du sujet et y répondent par des politiques publiques spécifiques.

Les flux touristiques issus des bateaux de croisières sont par nature massifs et concentrés dans le temps. Ils impliquent ainsi des évolutions urbaines, aussi bien dans l’aménagement de l’espace public que dans les offres de transport ou la mutation d’activités commerciales. Ces évolutions ont un impact sur la qualité de vie des habitants confrontés à une évolution de leur cadre de vie.

Comme constaté précédemment dans d’autres segments du développement touristique, une des questions est ici l’absence d’outils fiables et suffisants pour permettre aux collectivités d’évaluer correctement le rapport coût/avantages de cette forme spécifique de fréquentation touristique. Il existe bien des études économiques, mais la question de leur pertinence, comme de leur fiabilité parfois, pose question. En regard, il n’existe pas ou peu d’études mesurant l’impact social et environnemental des activités liées aux bateaux de croisière.

Dans les faits, les études évaluant les retombées économiques de ces activités émanent le plus souvent des seules Chambres de Commerce et d’Industrie qui ont, par la nature même de leurs membres, une position de groupes d’intérêts sur ce sujet. Les collectivités territoriales sont rarement associées à l’élaboration de ces études et, dès lors, se pose la question de leur objectivité et de leur complétude face au sujet du développement économique tel qu’il doit être envisagé par la puissance publique.

À l’examen, ces études[1] font apparaître des approches très variables. La transparence méthodologique n’est pas toujours de mise et il manque souvent des informations essentielles pour connaître la manière avec laquelle sont évalués les comportements de consommation des croisiéristes. Tout aussi préoccupant, l’absence de transparence sur les moyens d’évaluation de la part des passagers descendant effectivement des bateaux (qui varie de 20 à 80% selon les études consultées) alors que l’on sait par ailleurs que les compagnies de croisières développent des moyens conséquents pour conserver leurs passagers à bord des bateaux et les orienter sur des activités propres durant les escales.

Enfin, si ces études d’impact ne tiennent pas compte des contreparties consenties par les collectivités comme par les acteurs économiques pour favoriser l’accueil des bateaux ou pour bénéficier d’une orientation préférentielle des flux touristiques. Pour constituer des outils d’analyse économique complets, ces études devraient offrir une visibilité sur les investissements publics réalisés pour l’accueil et sur les éventuels avantages ou abattements particuliers qui sont consentis aux compagnies de croisières dans un contexte méditerranéen de forte concurrence entre les ports d’accueil. Elles devraient également porter en soustraction des retombées économiques locales les montants globaux des systèmes de commissionnements éventuellement mis en place entre les compagnies de croisière et des prestataires de service ou des destinations à terre.

Il existe bien des études maintenant largement diffusées sur l’impact propre à la pollution atmosphérique des bateaux de croisière. Peu d’entre elles permettent en revanche de mesurer leur impact sanitaire sur les populations et sur l’environnement. A notre connaissance, seule la Ville de Bordeaux a mis en place en 2018 une campagne de mesure de la pollution atmosphérique liée aux bateaux de croisière. Ses résultats ont été jugés rassurants. Celle menée auparavant à Marseille avait certes indiqué des chiffres alarmants quant aux pollutions atmosphériques émises par les bateaux à quai, mais sans mesurer leur impact réel sur l’environnement et les populations. Toujours dans le domaine environnemental, les autres impacts propres au fonctionnement des bateaux (déchets, eaux usées…) ne font pas non plus l’objet d’études.

Enfin, l’évaluation de l’impact social et urbanistique des flux touristiques n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune étude dans les villes françaises accueillant les compagnies de croisières. On rejoint là un manque constaté pour l’ensemble des flux touristiques et il serait utile de disposer d’études de l’impact des flux de passagers croisière, notamment au regard de leur caractère atypique, massif et concentré dans le temps.

Recommandations : A) Les collectivités devraient établir un outil d’évaluation multicritères à partir d’études des différents aspects économiques, environnementaux et sociaux du développement du tourisme généré par l’activité croisière, en s’assurant de la qualité et de la fiabilité des études éventuellement fournies par des parties prenantes au développement de cette activité. B) Sur cette base, les collectivités publiques pourront ensuite apporter une information transparente et complète, organiser le débat public et faire le choix d’une politique publique adaptée. ♦

 

Quand Marcelle lance le débat sur le tourisme à Marseille 12/Courriel de Jean-François Suhas, président du Club de la Croisière Marseille Provence

« Permettez-nous de trouver que cet article comporte des inexactitudes et des raccourcis flagrants. En effet, de nombreuses initiatives en faveur de la transition éco-énergétique des navires de croisière et des navires en général existent et d’autres sont à venir. Les compagnies et les institutions (locales, régionales, nationales, internationales) font des efforts colossaux et investissent depuis de nombreuses années sur cet axe : branchement à quai des navires, utilisation du GNL ou de diesel marin à teneur réduite en soufre, réduction de la vitesse à l’approche des ports, scrubbers, recyclage des déchets à bord, usage d’ampoules à basse consommation, partenariats avec des associations telles que La Banque Alimentaire pour le don de repas, bannissement du plastique à bord, etc.

En parallèle, du point de vue économique, des études incontestables existent dont celle menée par la Région avec le concours de la DIRECCTE en 2016. Résultats pour Marseille : 400 millions de retombées économiques directes, indirectes et induites lorsque nous arriverons à 2 millions de passagers en 2020 et qui sont depuis de nombreuses années consciencieusement diffusés sur tout le territoire Provence (Marseille, Aix-en-Provence, Cassis, Luberon, Alpilles, Arles, Avignon, Tarascon, Châteauneuf du Pape, etc.), dans le but de promouvoir le territoire et de prévenir le surtourisme et les problèmes de congestion. La croisière c’est environ un emploi créé pour 800 passagers accueillis soit 2 500 emplois liés à l’industrie de la croisière (taxis, guides, commerces, etc.). Vous trouverez en PJ le dossier de presse publié à l’occasion de la signature du contrat de filière régional tourisme de croisière le 19 mars dernier. Également, le Club de la Croisière Marseille Provence édite le « Carnet de Bord » ou « Log Book » en anglais, un outil de communication à destination des armateurs et des agents de voyage pour promouvoir le territoire, que vous retrouverez ici.

La transition éco-énergétique est l’un de nos axes primordiaux depuis 4 ans et notre implication et celle de nos partenaires est totale, même s’il est aisé pour les opportunistes de tous bords de se saisir de ce sujet qui devient un marronnier et fait couler beaucoup d’encre.

Conscient des problématiques et des enjeux inhérents à la profession, le Club de la Croisière Marseille Provence organise le 17 octobre prochain l’événement « Blue Maritime Summit Marseille Provence – Cruise Initiatives ». Cet événement technique de travail français-anglais entend partir des initiatives vertueuses déjà mises en place ou à venir dans le monde de la croisière pour élargir aux échanges avec les autres branches du maritime et ainsi favoriser la transversalité et le partage de bonnes pratiques dans l’idée de dégager les perspectives en faveur de la transition environnementale de l’industrie maritime.
Les objectifs de cette journée sont multiples : favoriser la croisière intégrée et responsable en démontrant les différentes solutions et innovations déjà appliquées ou à venir et démontrer les opportunités économiques pour le territoire – création de nouvelles filières qui amènent à l’émergence d’une nouvelle valeur ajoutée territoriale. » ♦

 

 

 

[1] – étude des retombées économiques des croisières dans le département. CCI de Perpignan, janvier2016

– marché de la croisière : impact commercial et retombées économiques. CCI marseille Provence, Juillet 2017

– accueil et transport des croisiéristes en escale, rapport d’étude. Cerema, novembre 2018