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Des jouets presque neufs sous le sapin !

Par Agathe Perrier

Journaliste

La boutique d'Éguilles © Agathe Perrier

Idée gonflée pour Noël : et si cette année, plutôt que du flambant neuf, on offrait des jouets recyclés aux enfants ? C’est ce que propose Remise en Jeux dans ses boutiques d’Éguilles et Vitrolles. De l’occasion, des prix mini et surtout un projet de réinsertion pour des personnes sans emploi. Combo gagnant depuis 10 ans.

Recycler plutôt que jeter, réemployer plutôt qu’acheter, vous l’avez maintenant compris, c’est mon credo. Lorsque j’ai découvert l’association Remise en Jeux, je n’ai pu résister à l’envie d’y faire un tour, chargée d’un sac rempli de quelques jeux de société quasiment neufs et de jouets pour enfants – gentiment donnés par ma nièce.

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La boutique Remise en Jeux d’Éguilles © AP

Le jouet comme prétexte

À peine franchi le seuil de la boutique d’Éguilles, on est immédiatement replongé en enfance. Exit l’ambiance des grands enseignes spécialisées. On a plutôt l’impression de se trouver dans l’atelier du Père Noël, avec des jouets par centaines, triés, alignés, accumulés sur des étagères. « Leur recyclage est avant tout un support pour aider des personnes à se réinsérer dans le monde de l’emploi », m’avertit immédiatement Christian Blanc, le directeur et fondateur de l’association. Après une carrière dans le social, ce passionné par l’univers des jeux – il en crée pour son propre plaisir –  décide de monter cette structure en 2009 pour concilier les deux.

De dix places en insertion au démarrage, on en compte 28 aujourd’hui. Les salariés tournent entre les différents postes pour toucher à tout : collecte des jeux et jouets chez les partenaires, triage, petites réparations, nettoyage. Les tâches plus techniques – comme la réparation des objets électroniques, mécaniques ou en bois – sont confiées aux employés ayant des compétences dans ce domaine. C’est le cas de Manuel, 63 ans, affilié à « l’atelier de Gepetto », autrement dit au travail du bois. « C’est le métier de mon père, j’ai appris avec lui sur le tas, instinctivement », confie-t-il. La retraite, il n’y pense pas pour le moment, préférant travailler plutôt que « rester à la maison et ne rien faire ». « J’aime l’ambiance ici. On est à notre aise, sans patron constamment sur le dos, on fait des formations, des stages en entreprise. Ça nous donne un avantage par rapport aux autres personnes à la recherche d’un emploi ». Des 400 personnes passées par Remise en Jeux en 10 ans, 60% en sont reparties avec un CDI, un CDD ou une formation.

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Manuel, en poste à « l’atelier de Gepetto », le travail des jouets en bois © AP

Remise en « je »

Bien plus qu’un travail, l’objectif de Christian Blanc est de redonner confiance à ses salariés, dont les parcours sont souvent compliqués. Comme Ghislaine, 59 ans, fraîchement arrivée. Après des années passées à faire le ménage chez des particuliers et des professionnels, des problèmes de santé l’ont contrainte à stopper. « Éternelle enfant » comme elle se qualifie elle-même, elle a trouvé sa place dans le royaume de Remise en Jeux et espère y rester jusqu’à la retraite. « Notre vocation n’est pas de qualifier les employés sur des métiers spécifiques, mais que leurs tâches leur permettent de retrouver confiance en eux, de se réapproprier les codes du travail et se resocialiser », met en avant le directeur.

Chaque salarié est suivi par un encadrant ainsi que par deux psychologues du travail spécialisées dans l’accompagnement et l’insertion. Elles les aident pour trouver des solutions à leurs freins à l’emploi et définir un projet professionnel. C’est dans ce cadre que des formations ou des stages chez des professionnels peuvent intervenir. De quoi leur permettre de découvrir un métier ou confirmer leur projet en totale immersion.

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Ghislaine, « professionnelle des jeux de société » © AP

Solidaire à tous les niveaux

Une fois les jeux retapés et nettoyés par les employés, ils sont mis en vente dans les deux boutiques de l’association (bonus). 40 000 sont vendus chaque année, au prix moyen de 4 euros l’unité. Les clients sont aussi bien des familles attirées par ces mini-tarifs que par le caractère éco-responsable du concept. Comme Lisa venue avec ses deux petits-enfants. « On achète mais on apporte également des jouets. C’est une sorte d’échange et ça permet de varier les jeux à la maison », explique-t-elle. Pour Florie, maman de Noah, les dons seront pour plus tard. « Il garde tous ses jouets pour l’instant, il ne veut pas s’en séparer », sourit-elle.

Pas de quoi culpabiliser pour autant. En effet, Remise en Jeux ne manque pas de dons puisqu’elle reçoit quelque 100 000 jouets chaque année. 40% sont vendus, 20% stockés et 10% offerts à d’autres associations. Et les 30% restants ? « Il s’agit d’objets cassés qui ne peuvent être réparés. On garde le bois, on offre le carton à une association, le métal à un ferrailleur. Il n’y a que le plastique, dont on ne sait pas quoi faire pour le moment, qui part à la déchetterie », se désole Christian Blanc. Optimiste dans l’âme, il est convaincu qu’à terme tous les matériaux pourront être valorisés. Pour boucler la boucle. De mon côté, je suis repartie de la boutique des étoiles plein les yeux. Et mon petit baluchon de nouveau rempli de jeux et de jouets qui se retrouveront sous le sapin le 24 décembre.

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Lisa et ses petits-enfants dans la partie de la boutique consacrée aux jeux de société © AP

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* RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus – [Réservé aux abonnés] : Faire des dons de jeux et jouets – Le budget de l’association – Ailleurs – Les  boutiques.

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