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[Série] Biodéchets #2 le compost électro mécanique à la rescousse des cantines

Par Marie Le Marois

Journaliste

Mon enquête sur Les Alchimistes montrait les bienfaits pour l’environnement de valoriser localement les déchets alimentaires des restaurants. Ce traitement évite de les envoyer avec les ordures ménagères vers des centres d’incinération ou d’enfouissement. Moins de transports et de CO2 dépensés donc, et du bon fertilisant pour la terre. Mais qu’en est-il des cantines scolaires ? Elles jettent en moyenne 44 kg de nourriture par repas, sans compter les résidus de cuisine. La commune de Miramas prend la problématique à bras le corps avec l’acquisition prochaine d’un composteur électromécanique.

 

L’idée de cet article est partie d’un électrochoc : la visite de la cantine de mes enfants, scolarisés au sein d’un établissement marseillais de 2000 élèves dans le 8e (collégiens et lycéens). À la faveur d’une opération ‘’Petit déjeuner des 6e‘’, j’ai observé que les jeunes laissaient beaucoup de restes dans leurs assiettes, « parce que j’ai plus faim » ou que « c’est dégueulasse ». Il y a bien une poubelle dédiée aux déchets alimentaires, mais ils y jettent un peu de tout. Et les opercules de yaourts terminent avec le pain.

Lorsque je demande au chef de cuisine si le contenu de cette poubelle spécifique servira à faire du compost – l’établissement est doté d’un magnifique parc –, il me répond que non, les déchets organiques seront déshydratés. La direction a en effet prévu de s’équiper, comme sept autres lycées de la région, d’un déshydrateur. Alors oui, c’est super, la cantine va pouvoir traiter ses déchets organiques comme l’exigent la loi et les nouvelles directives de la Métropole (bonus) – cette solution, qui broie et enlève l’eau, permet de réduire considérablement le volume en poudre sèche appelée séchât. Mais ce déchet ‘’reste par défaut un déchet, selon un rapport de l’Ademe. Ces machines effectuent donc un prétraitement et non directement une valorisation’’. Autrement  dit, on ne peut pas l’épandre comme tel, il faut d’abord le composter ou le méthaniser… après l’avoir réhydraté.

 

dechet-cantines-scolaires-miramasMiramas projette de valoriser 250 tonnes de biodéchets alimentaires

Miramas, elle, vise à valoriser ses biodéchets en compost tout prêt tout frais pour fertiliser son territoire labellisé Zéro Déchet Zéro Gaspillage. Considérée comme gros producteur de biodéchets, la commune doit assurer la gestion des déchets alimentaires de ses crèches, écoles et foyer de personnes âgées. Soit 40 tonnes environ par an, auxquelles s’ajoutent 30 tonnes issues des marchés et 420 tonnes de déchets verts. « Nous nous sommes déjà attaqués au gaspillage alimentaire dans les cantines de nos écoles, explique Véronique Arfi, responsable Service Durable Zéro déchet, Zéro gaspillage de la mairie, ce qui a permis de réduire de 30% les déchets organiques ».

Désormais, elle se défie de trouver une solution pour le traitement et la valorisation de ce résiduel. Il est pour l’instant mélangé avec les ordures ménagères dont une partie est enfouie à Bellegarde (à 50 km de là) et une autre incinérée à Vedène (à 60 km !) Elle a décidé de mutualiser une solution de collecte et de compostage local avec les autres professionnels de la ville (collèges, lycées, restaurants, épicerie…) Et de créer une plateforme de compostage pouvant traiter 730 tonnes par an de biodéchets avec deux techniques différentes : un compostage en andain (tas étroits) et un composteur électromécanique.

 

upcycle-compost-composteur-marseilleLe composteur électromécanique permet d’obtenir du compost à maturité en 6 semaines au lieu de 6 mois…

L’avantage du composteur électromécanique est d’obtenir du compost à maturité en 6 semaines au lieu de six mois (temps nécessaire pour un compost manuel), et un besoin réduit en surface, mais aussi de main-d’œuvre. La machine, en effet, remue, tourne, aère le compost… seule. « C’est une sorte de gros estomac à vis qui tourne pour faire avancer la matière », décrit Maxime Quemin, maître composteur pour UpCycle, distributeur référent en France du composteur électromécanique Tidy Planet. Le même qu’utiliseront nos Alchimistes.

Cette machine se nourrit de biodéchets (y compris agrumes, viande, poisson, serviette en papier, emballage compostable…) et broyat de bois – les deux piliers d’un bon compost. Il peut digérer près de 1000 kg par semaine (50 tonnes par an) et monte naturellement à plus de 60° (condition pour obtenir un compost réglementaire). « La technologie n’est pas nouvelle, mais elle est plébiscitée partout à l’étranger sauf en France », souligne Maxime Quemin. Récemment installée à Marseille, après Paris et Rennes, UpCycle a conquis dans le grand sud le Domaine de Manville (bonus), des stations de ski de Haute-Savoie, Monaco et Miramas donc. À l’étude : l’aéroport de Marseille pour lequel la start-up a évalué un gisement de 200 tonnes de biodéchets par an.

 

compost-composteur

Miramas espère récupérer 350 tonnes par an de compost

Ce composteur coûte 30 000 € à l’achat sans compter les accessoires (bioseau, biofiltres, passerelle…), la formation et le suivi. Soit un prix final de 40 000 €. Plutôt onéreux, non ? « Les gros producteurs de biodéchets ont tout intérêt à investir dans une machine pour composter sur place plutôt que de payer une collecte qui reviendra cher à terme », résume notre maître composteur.

Miramas a choisi la location de la machine pendant deux ans (25 000 €) avant de s’engager, « pour voir si c’est vraiment une solution », détaille Véronique Arfi, la responsable service durable. Cofinancée par la ville, la Région Sud, l’Ademe et l’Europe dans le cadre du programme Life IP Smart Waste, la machine sera opérationnelle dès septembre pour les écoles de la ville, et une fois l’organisation bien rodée, ouverte aux collèges et lycées. « On espère à terme récupérer 300/350 tonnes de compost par an, soit la moitié de nos biodéchets ». Cet or vert servira à fertiliser les espaces verts de la ville et amender les terrains agricoles.

 

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=BrHqUsdENUY&feature=emb_logo

Le composteur électromécanique, une piste sérieuse pour les lycées

La région Sud observe de près l’expérience de Miramas. Si celle-ci s’avère concluante, elle envisage d’équiper ses 180 lycées de composteur électromécanique, « une des solutions connues et efficaces pour valoriser les biodéchets », estime Anne-Claudius Petit, conseillère régionale, vice-présidente de la Commission « Croissance verte, Transition énergétique, Énergie et Déchets ». Elle imagine une mutualisation des composteurs entre les lycées mais aussi un accompagnement du personnel de cantine. « Cette solution exige une organisation spécifique et du personnel de cantine formé pour que les machines soient utilisées correctement et surtout éviter qu’elles soient abandonnées au bout de quelques mois, ce qui est déjà arrivé par le passé. C’est une tâche en plus pour le personnel de cantine, cela implique beaucoup d’efforts ».

Le chef de la cantine de mes enfants n’est pas prêt à en faire mais je le comprends : il n’en a ni le temps ni les moyens. Il me vient alors une idée : faire intervenir Chloé et Lorraine de l’association Les Alchimistes pour sensibiliser les élèves au gaspillage alimentaire, leur expliquer comment trier leurs déchets et améliorer la qualité des repas pour qu’il ne reste plus une miette dans l’assiette ♦

* Nos soutiens 9parraine la rubrique « Environnement » et vous offre la lecture de cet article

Bonus [Pour les abonnés] – Que dit la loi pour les producteurs de déchets – Domaine de Manville, l’hôtel 5* bientôt zéro déchet – UpCycle et Lemon Tri : une synergie réussie.

 

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