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Youpi, Café Joyeux ouvrira à Marseille

Par Marie Le Marois

Journaliste

[au fait !] Café Joyeux est une chaîne de coffee shops solidaires qui emploie de jeunes adultes handicapés mentaux ou cognitifs. Après Paris, Rennes et Bordeaux, Café Joyeux ouvrira à Marseille courant 2022.

 

Deux jours après la journée mondiale de la Trisomie 21, l’équipe du Café Joyeux de la cité phocéenne a reçu une bonne nouvelle. Elle a remporté le concours de La Fabrique Aviva, grâce aux votes du public (et il a été nombreux) et son  »pitch » devant un jury. À la clé, une dotation de 60 000 euros pour l’ouverture de son Café Joyeux. Un bon levier pour les neuf bénévoles qui travaillent sur ce beau projet, en plus de leur boulot.

 

Un CDI dans un commerce ordinaire
Café Joyeux ouvre à Marseille 2
Yann Bucaille (pull jaune à gauche), fondateur des Cafés Joyeux.

Le concept de ces coffee shops solidaires, imaginé par Yann Bucaille en 2017, est d’offrir aux personnes en situation de handicap mental ou cognitif une formation, puis un emploi en CDI.

En effet, si le droit au travail fait partie de notre constitution, il est très compliqué pour ce public d’en trouver un. Les entreprises sont frileuses, par peur ou méconnaissance. Et préfèrent payer une amende auprès de l’AGEFIPH ou le FIPHFP, plutôt que d’embaucher.

 

Un travail ordinaire

Avec Café Joyeux, ces femmes et ces hommes en situation de handicap travaillent non seulement dans un commerce ordinaire – à la différence d’un ESAT par exemple – mais sont en plus au contact avec la clientèle. Neuf  »équipiers joyeux », un manager et deux encadrants composent en général l’équipe.

 

 

« Faire de la différence une force »
Café Joyeux ouvre à Marseille 5
Une carte maison

En fonction de leurs capacités, et toujours entourés par des managers bienveillants qui mettent en place des outils d’aide, les ‘’équipiers joyeux’’ occupent différents métiers de la restauration : accueil, caisse, cuisine, service en salle.

Il permet à chacun de prendre confiance, gagner en expérience et en autonomie. Et de faire de sa différence, une force (voir témoignage de Marie).

Le client, lui, y trouve son bonheur, entre déco cosy, produits frais et plats maison. Au menu : soupe, salade, tartes, plat du jour et de fameux cookies.

 

Coffee shop en centre-ville

Le concept Café Joyeux ne cesse de faire des émules. Lyon, Lille et Tours ouvrent en 2021. Angers, Nantes et Montpellier sont en projet. L’objectif ? Essaimer dans un maximum de villes pour permettre à davantage de personnes en situation de handicap d’accéder à l’emploi.

L’équipe Café Joyeux de Marseille est à mi-parcours du financement, mais cherche déjà l’emplacement du futur coffee shop. Ce sera dans le centre-ville, entre Préfecture et Vieux-Port. Avec une terrasse, bien sûr. ♦

 

Un café qui emploie des personnes extra-ordinaires !

 

  • Les besoins : des financements ! Êtes-vous intéressés ? Contactez l’équipe sur [email protected]

 

Bonus
  • Témoignage de Marie, 22 ans, porteuse d’un handicap cognitif léger, cuisinière au Café Joyeux Paris Opéra. Cette parisienne s’est confiée avec l’aide de Jean-Baptiste, un des managers.

« Jamais je n’aurais cru qu’un jour j’aurais pu accomplir ce travail. J’étais bien trop timide et lente, je n’arrivais pas à me concentrer ni à apprendre. Au collège, j’avais du mal à parler aux autres et à dire que je n’étais pas dans une classe normale. J’étais dans une classe ULIS.

J’étais souvent seule

Après le collège, je suis partie dans une IMPro et j’étais souvent seule. On n’avait pas les mêmes idées avec les autres élèves. Moi je ne pensais qu’à travailler et eux, aux petits copains. Après, je suis rentrée en ESAT où j’ai fait du conditionnement, de la lingerie et de la cuisine.

De vrais clients

Après, j’ai intégré un SAS où l’on m’a proposé un stage au Café Joyeux un peu avant l’ouverture en mars 2018. J’ai dit oui parce qu’à la différence de l’ESAT, je suis en contact avec des vrais clients. On m’a formée pour cuisiner tartes salées, financiers, cookies.

Confiance en moi

C’était bien mais dès qu’on me changeait de tâches – la plonge par exemple -, je paniquais. Je ne disais que trois mots – bonjour, oui, merci –, j’étais effacée et incapable de savoir ce que je voulais vraiment. En juin, le restaurant m’a prise en CDI. Mon premier ! Ça signifiait qu’on était content de mon travail, ça m’a donné confiance en moi.

Travailler en équipe

Depuis, le chemin parcouru est incroyable. J’accepte et m’adapte aux changements, j’arrive à me concentrer et à passer d’une tâche à l’autre, je suis autonome dans mon travail, je sais ce que je veux et je dis quand ça ne va pas, je m’impose, je suis plus calme, souriante et ouverte aux autres. Surtout, je sais travailler en équipe. C’est ça dont je suis le plus fière. Je discute beaucoup avec Abou, Antoine, Louis, Alexandra. J’aime bien les aider, j’essaie en tout cas. Les managers disent que j’ai même un rôle de leader.

Investie, minutieuse, perfectionniste

Je ne sais pas si mon handicap est une force, mais c’est vrai qu’avec ma lenteur et mes doutes, je suis très investie, minutieuse et perfectionniste. Je peux rester après mon service pour étaler à nouveau une pâte à tarte si elle n’est pas assez ronde et fine ! J’aime tellement mon métier que j’ai demandé à travailler plus (Ndlr : 26 h au lieu de 20 h) et j’ai un projet : passer mon CAP de cuisine. Pour montrer que j’y arrive. Tous les après-midi, après mon service, j’apprends par cœur des recettes. Un animal pour me représenter ? Avant j’étais une tortue, maintenant je suis un oiseau. Je vole ».

 

  • Café Joyeux ouvre à MarseilleSoutenez Café Joyeux en achetant leur café ! Torréfié de manière traditionnelle à Strasbourg, il est ensuite conditionné dans un ESAT de Paris, par des personnes en situation de handicap. 100% des bénéfices sont réinvestis dans l’ouverture de coffee shops solidaires dans toute la France. Le café est vendu en grains et en capsules.