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À la mairie des 6e et 8e arr. de Marseille, les émissions carbone comptent autant que les euros

Par Maëva Gardet Pizzo, le 8 février 2022

Journaliste

Si les villes de plus de 50 000 habitants sont contraintes de publier un bilan carbone, ce n'est en revanche pas le cas des mairies de secteur. @DR

Face à l’urgence climatique, cette mairie de secteur a décidé de comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre générées par ses activités. Mais aussi par celles de ses sous-traitants. Une manière de « faire sa part ». Et de servir de « courroie d’entraînement ». Pour rappeler à chacun que la réalisation des objectifs de la COP21, et donc la perspective d’une existence tolérable sur terre pour les prochaines générations, ne s’obtiendra pas sans effort.

Né il y a une vingtaine d’années, le concept de bilan carbone permet de quantifier les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine d’une hausse des températures terrestres. Le bilan carbone inclut des gaz divers tels que le carbone – le fameux CO2- qui fait office d’étalon. Mais aussi d’autres -comme le méthane produit par l’élevage bovin- que l’on convertit en équivalent carbone pour faciliter les comparaisons et les calculs.

 

À la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille, on compte les émissions carbone en même temps que les euros 1
Cette comptabilité carbone doit être le miroir de la comptabilité financière @DR
Aller plus loin que les obligations légales


D’abord outil scientifique, le bilan carbone s’est fait une place dans la législation. Ainsi, explique Pierre Ceccaldi, adjoint à la décarbonation de la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille, « la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 renforce l’obligation pour les communes de plus de 50 000 habitants de publier tous les trois ans le bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre ».

La Mairie centrale de Marseille y est par conséquent contrainte. Mais le périmètre des émissions à mesurer est restreint. Ne sont ainsi pas prises en compte les émissions de gaz à effet de serre générées par les fournisseurs de la Mairie.

La mairie des 6e et 8e arrondissements a choisi d’y remédier en comptabilisant à la fois ses propres émissions (parc automobile notamment), celles des activités sur lesquelles elle a une influence mais qu’elle ne gère pas en son nom, ainsi que celles de ses prestataires. « Nous voulons que cette comptabilité carbone soit le miroir de notre comptabilité financière ». En d’autres termes : pour chaque euro dépensé, les émissions carbone sont mesurées.

 

 

« On ne peut plus attendre »

Car « on ne peut plus attendre, alarme Pierre Benarroche, le maire de secteur. Si l’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique, c’est le mandat de la dernière chance. La Ville, l’État ont certes un rôle d’impulsion. Mais à notre échelle aussi, nous pouvons faire notre part. C’est la fameuse image du colibri ».

L’enjeu est aussi de servir de « courroie d’entraînement », complète Pierre Ceccaldi. En incitant les fournisseurs à faire évoluer leurs pratiques pour réduire leur empreinte carbone. Des acteurs qui pourront s’appuyer sur de nombreux outils disponibles. À l’image du Bilan carbone de l’Ademe. L’association Bilan carbone, de même que l’Agence de transition écologique peuvent par ailleurs les accompagner.

 

 

Du bilan à l’action

D’ici le printemps, la Mairie de secteur est à la recherche d’un prestataire pour l’accompagner dans la mise en place de cette comptabilité. « Pour le moment, nous sommes aveugles vis-à-vis de nos émissions. Il faut que l’on construise les lunettes qui les rendront visibles », illustre Pierre Ceccaldi. Un premier bilan carbone devrait être mis en place d’ici 9 mois.

Celui-ci servira à orienter l’action publique. « Par exemple, illustre le maire, si on organise un concert et qu’il faut choisir entre un artiste qui vient de l’autre bout de la France et un autre qui est local, la comptabilité carbone nous poussera à préférer le second ». La même logique pourra s’appliquer à divers sujets tels que les menus des centres aérés. 

 

À la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille, on compte les émissions carbone en même temps que les euros 2
L’enjeu:  ne pas dépasser les 2°C d’augmentation des températures mondiales @DR
Pédagogie de proximité

La Mairie d’arrondissement espère ainsi contribuer à l’atteinte des objectifs des accords de Paris. C’est-à-dire à ne pas dépasser une augmentation de la température mondiale de plus de 2 °C. Soit une réduction de 5% des émissions chaque année. Puis une neutralité carbone à l’horizon 2030. « Nous n’avons pas la prétention de dire que nous allons réussir dès la première année », reconnaît Pierre Benarroche.

Mais au-delà du résultat, assure-t-il, c’est aussi le message qui importe. « Dans la vie de tous les jours, si on n’y est pas particulièrement attentif, si l’on n’en parle pas, la crise climatique peut paraître lointaine. Cet outil nous sert à communiquer pour sensibiliser les habitants qui devront certainement s’adapter à des mesures plus fortes à l’avenir, comme des augmentations de taxes sur l’essence, les avions … C’est une manière de les prévenir et de préparer une meilleure acceptabilité vis-à-vis de ces mesures ». De faire de la pédagogie à travers des exemples très concrets, visibles au quotidien. Avec la force de proximité et l’écoute qu’une mairie de secteur parvient à avoir de ses administrés.♦

 

Bonus
  • Réduire les émissions de 5%, c’est déjà arrivé – Et ce, à trois reprises. En 1932, quelques années après le début de la crise économique de 1929. En 1945, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Et dernièrement en 2020 en raison des confinements et de l’interruption de nombreuses activités. Cela donne une idée des efforts à faire pour atteindre cet objectif des 5%.

 

  • Bilan carbone mondial 2021. Chaque année, le groupe international de chercheurs du Global Carbon Project, consortium international de 86 chercheurs, publie le bilan des émissions mondiales de CO2 de l’année précédente. En essayant au passage de se projeter sur l’année en cours. Et pour 2021, les chiffres ne sont pas bons.

L’année précédente, sous l’effet du Covid-19, les émissions mondiales avaient chuté de 5,4%, « c’est moins que ce qui avait été prévu », indique Philippe Ciais, chercheur au LSCE et membre du GPC. Quoi qu’il en soit, 2021 devraient marquer un quasi-retour aux tendances antérieures au Covid-19. Le GPC anticipe en tout cas, à partir de données préliminaires, une augmentation de 4,9 % des émissions mondiales de CO2 d’origine fossile (de 4,1 % à 5,7 %), pour atteindre 36,4 milliards de tonnes au total.

Vous en saurez davantage en lisant cet article publié par le quotidien 20 Minutes.

 

  • Bilan carbone, pour qui ? Depuis 2010, la loi « Engagement National pour l’Environnement » (ou Grenelle II) oblige un certain nombre d’acteurs publics et privés à publier leur bilan GES. Ils doivent le publier a minima tous les 3 ans. Le bilan GES, à la différence du bilan carbone, porte seulement sur les scope 1 et 2 (émissions directes et indirectes de la consommation d’énergie). On parle alors de « bilan carbone simplifié ».Sont soumis à cette obligation, les acteurs suivants :
    • Les entreprises de plus de 500 salariés (250 dans les DOM)
    • Les collectivités de plus de 50 000 habitants
    • Les services de l’État
    • Les établissements publics de plus de 250 agents

    Les acteurs qui ne respectent pas la loi s’exposent à une amende de 10 000 euros.

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