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Badice Chetara, 18 ans et entrepreneur en série

Par Maëva Gardet Pizzo, le 3 janvier 2022

Journaliste

Emmanuel Macron et Badice Chetara lors de la venue du Président de la République à Marseille, en octobre 2021 @DR

Originaire du quartier de la Cabucelle à Marseille, Badice Chetara n’a que 15 ans lorsqu’il crée sa première entreprise dédiée à la création de sites web. À 18 ans, il est le fondateur de Streetballs qui propose un panier de basket transportable breveté dans toute l’Union européenne. Un projet qui lui a valu plusieurs prix, et les encouragements du Président de la République. En personne.

 

« L’entrepreneuriat, c’était un rêve. La façon de me sortir de la situation sociale dans laquelle j’étais », attaque-t-il d’emblée.

Enfant du quartier de la Cabucelle (15e), fils d’un père qui travaille dans le bâtiment et d’une mère au foyer, Badice Chetara est très tôt assailli par la rage de grimper les marches. Quitte à tomber. Quitte à se faire mal. C’est plus qu’une envie. Une nécessité. « Une revanche », dit-il. « Quand on vient des quartiers, et qu’en plus on est d’origine algérienne, on n’est pas pris au sérieux. On n’est pas considéré. Je voulais montrer qu’on peut réussir. Et donner envie à d’autres d’y arriver » raconte-t-il. Le phrasé net, rythmé, aiguisé.

Pour s’en sortir, l’entrepreneuriat apparaît comme une évidence qui se révèle au travers des films qu’il regarde. De la musique qu’il écoute. De l’actualité. Il découvre le parcours de personnes qui lui ressemblent socialement, et qui sont allées loin. Très loin. « DJ Snake par exemple. Il est français, d’origine algérienne. Sa mère était femme de ménage ». Il est aujourd’hui un des DJs les plus plébiscités au monde. « Quand on voit ça, on se dit que c’est possible ».

 

Pas le temps d’attendre

Il aurait pu garder ces exemples en tête et attendre la fin de ses études pour les faire fructifier. Sauf que Badice est un fonceur. Pas le temps d’attendre. À 15 ans, il crée sa première société. « Je faisais des sites internet pour des particuliers et des entreprises, des PME : boulangeries, pâtisseries… » Il se fixe un objectif de seize clients et enchaîne les coups de téléphone pour atteindre son but. Inlassablement. « Quand, au 150e, appel on vous dit enfin oui, on a envie de continuer encore et encore ». Il en appellera un millier.

Tout ceci, il le fait en parallèle de ses cours au lycée Saint-Exupéry, que beaucoup continuent d’appeler Lycée Nord. « J’avais cours de 8h à 17h. Et de 17h à 22h je bossais sur mes projets ». Et l’été, pas de répit puisqu’il enchaîne les stages en école de commerce.

À 16 ans, il crée sa seconde entreprise. Il conçoit alors son propre site et revend des montres et objets connectés qu’il achète à un fournisseur allemand. L’opération est plus fructueuse que la précédente et lui permet d’engranger de l’argent qui servira à financer ses prochains projets. Dont la création de l’entreprise Streetballs qui l’occupe aujourd’hui. « Une vraie aventure », dit-il.

 

entrepreneur lycee marseille quartier nord
Badice Chetara, en compagnie de Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprise @DR

Un brevet déposé dans 27 pays

Cette fois, il ne s’agit plus de sites web mais d’un marché qu’il juge particulièrement porteur, celui du sport. « Le sport touche tout le monde. Et quand on voit les droits télévisés, on comprend que c’est un marché très riche », analyse-t-il. Il propose alors un filet transportable à fixer sur l’arceau d’un panier de basket lorsque celui-ci en est dépourvu. À l’origine de cette idée, « une histoire assez simple, raconte-t-il. On est au lycée sur le terrain de basket, après les cours. Et là, un ami râle parce que le panier n’a pas de filet ». Sauf que ce cas de figure est loin d’être une spécificité du lycée Saint-Exupéry. « En France, sur 28 000 terrains de basket, 25 000 n’ont pas de filet car ils ont une durée de vie très courte à cause de la pluie, des gens qui s’y accrochent… etc. » Le marché est donc immense. Il dépose un brevet pour protéger son innovation dans les 27 pays que compte l’Union européenne.

 

Une efficacité qui remporte tous les suffrages

En classe de première, il participe à un concours d’idées de L’Accélérateur citoyen, un dispositif de développement de l’entrepreneuriat en milieu scolaire, porté par des professeurs marseillais. « Contrairement à d’autres, mon concept ne parlait pas d’écologie. C’était juste un produit qui marche, efficace ». Pas de promesse intenable. Juste un projet bien structuré. Un PowerPoint tiré à quatre épingles, avec des calculs de coûts marginaux. Des démarches déjà effectuées -une société déjà créée, un produit déjà testé par une équipe de basket. Un beau costume. Une assurance. Et surtout cette envie qui transpire de chacun de ses mots. Et qui, certainement, ce jour-là, éclate au visage du jury. Il gagne.

Il se présente ensuite à un concours de jeunes entrepreneurs européens. Gagné. Le concours national Entreprendre pour apprendre. Gagné encore.  

« Ces concours, ça donne une visibilité et surtout une légitimité ».

 

Tout juste majeur, et de grandes ambitions

En octobre dernier, il rencontre Emmanuel Macron lors d’une soirée dédiée à l’entrepreneuriat, au village d’entreprises Le Cloître, à Marseille « On a pu échanger quelques mots, c’était gratifiant. Quand le chef de l’État nous dit de continuer. Et que le Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises vous dit de l’appeler si besoin. Ça rend fier ». Cette reconnaissance est aussi un atout face aux distributeurs à qui il souhaite proposer un contrat de licence pour la fabrication et la commercialisation de son panier de basket. « Je vise les grandes marques reconnues ».

À l’avenir, Badice entend donc poursuivre son projet entrepreneurial. Mais pas à corps perdu. En parallèle, il poursuit des études de droit à Aix-en-Provence. « C’est un marché que j’ai passé avec mes parents. Je continue mes projets, mais je dois obtenir le diplôme d’avocat ». Pour quoi faire ensuite ? « Un avocat c’est aussi un entrepreneur puisqu’il gère son cabinet. Mais c’est surtout un titre. Je pense que les projets continueront à me guider ».

Des projets qui consisteront notamment à faire grandir Streetballs en étoffant la gamme de produits destinés aux sports de rue. Avec des recrutements en vue ? « Quand on embauche, on aide les quelques personnes qu’on recrute. C’est bien mais ce n’est pas énorme », considère-t-il, tout en déplorant le creusement des inégalités sociales. « J’aimerais surtout aider à la création d’autres entreprises. Si je forme dix entrepreneurs qui décident d’embaucher, j’aurai plus d’impact. Là, on ferait vraiment exploser les compteurs ». ♦

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

 

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus

  • L’Accélérateur citoyen – Porté par une enseignante en économie et gestion à Marseille, l’Accélérateur citoyen est un instrument pédagogique innovant qui offre à tous les jeunes, du collège au BTS (+prépa ECS), de toutes les filières, d’oser proposer des idées de projets. Et d’être accompagnés dans la recherche des ressources pour agir et grandir.

Sa finalité est de lutter contre le déterminisme social, de provoquer les « réussites paradoxales » et permettre aux jeunes d’entreprendre leur parcours scolaire, professionnel et citoyen.

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