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Une brigade canine pour repérer nos fuites d’eau

Par Agathe Perrier, le 7 mars 2022

Journaliste

François Bourdeau, dresseur, et Nicolas Martinet, chercheur de fuites, accompagnés de Nina et Kelly, spécialement formées à la détection de fuites © Agathe Perrier

1 200 fuites d’eau sont recensées en moyenne chaque année sur le réseau de la Société des Eaux de Marseille. Pour stopper ces pertes inutiles, les agents déployés sont, dans certains cas, épaulés par des chiens spécialement formés à la recherche de fuite. Ces derniers leur permettent d’agir plus rapidement, dans des zones vastes ou difficiles d’accès. Ces interventions pilotes sont désormais opérationnelles et étendues à toute la France.

 

Ils s’appellent Nina, Nanky, Kyrie et Kelly. Quatre boules de poils devenues de vrais détectives. L’objet de leur quête ? Les fuites sur les réseaux d’eau. On en compte 1 200 chaque année rien que sur les 4 000 kilomètres de tuyaux de la Société des Eaux de Marseille (SEM), filiale de Véolia, qui s’étend sur 70 communes (bonus). Rien d’alarmant toutefois : « C’est simplement parce que le réseau vit. Alors parfois il fuit », indique Lionel Ercolei, directeur de l’innovation au sein de la SEM.

Les canidés traquent donc ces gouttes indésirables. Ils interviennent dans les zones rurales ou en pleine nature, en complément des chercheurs de fuites, les agents voués à cette tâche. « Les chiens recherchent les portions de fuite que l’on a du mal à trouver avec notre matériel d’écoute », explique Nicolas Martinet, l’un des onze agents du réseau. « En milieu urbain, grâce à des points d’accès régulier aux conduites, on arrive très bien à repérer les fuites nous-mêmes. Ce n’est pas le cas dans les grands espaces ». D’où l’idée de recourir à des chiens. Ils permettent aux agents de gagner un temps précieux et, derrière, ce sont ainsi des milliers de litres d’eau perdus en moins.

 

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Nina a trouvé une fuite d’eau en quelques minutes et attend désormais sa récompense © Agathe Perrier

Faire de la recherche de fuite un jeu

Les quatre toutous appartiennent à deux sociétés spécialisées, K9-cyno-consultant et Kyroc Consulting. Ils ont été formés à la détection de fuites en cherchant l’odeur du chlore. Cette molécule n’est pas naturellement présente dans l’eau mais est ajoutée dans les réseaux d’alimentation, notamment pour la désinfecter. Les animaux la sentent en cas de fuite grâce à leur impressionnant flair, qui a déjà fait ses preuves dans de nombreuses autres applications (bonus). Pas de risque pour leur santé, les quantités injectées dans les réseaux étant infimes. « On a vu plusieurs vétérinaires qui nous ont assuré que le chlore ne leur est pas nocif. Et ils sont régulièrement suivis », souligne François Bourdeau, gérant de la société K9.

Démonstration avec Nina, berger allemand de cinq ans et experte de la détection de fuite après plus d’un an de pratique sous les pattes. Le chercheur de fuite en a justement provoqué une sur une conduite, à une centaine de mètres de la chienne, en guise d’entraînement. Ni elle, ni son dresseur ne savent où exactement. « Je lui fais sentir un échantillon d’eau du réseau et ensuite on remonte le chemin jusqu’à ce qu’elle repère l’endroit de la fuite », précise François Bourdeau. Nina avance vite, concentrée sur son objectif. Au bout de quelques mètres, elle tourne sur elle-même et regarde son maître, signe qu’elle a trouvé (elle « marque » comme on dit dans le jargon). « Chaque chien a une réaction différente quand il arrive à une fuite. Nanky gratte, Kelly se couche ». Tous profitent par contre d’une récompense commune : un moment de jeu avec leur jouet fétiche.

 

 

Un dispositif repéré en Angleterre

C’est à Nicolas Martinet que la SEM doit l’idée de recourir à des chiens pour aider les chercheurs de fuites dans leur quotidien. Le professionnel, fort de 17 ans d’expérience, intervient chaque année sur pas moins de 230 fuites à lui seul. Passionné par son métier, il est à l’affût de la moindre innovation permettant de réagir mieux et plus vite. Et c’est en Angleterre qu’il a découvert que les canidés se révèlent d’une grande aide. « On est allés sur place pour étudier les points forts et faibles de ce concept et on a décidé de le développer. On est les seuls en France à réaliser ce type d’intervention », expose Lionel Ercolei.

Les premières opérations ont débuté en juillet 2020 afin d’expérimenter la faisabilité du processus. Les tests ont duré six mois avant d’être validés et de passer à la phase d’entraînement des animaux. « Je me rendais d’abord seul sur une zone pour détecter les fuites. Ensuite c’était au tour d’un des chiens de vérifier qu’il trouvait pareil que moi », raconte Nicolas Martinet. Et François Bourdeau d’ajouter : « On faisait varier les types de terrain et de fuites pour que les chiens créent leur « catalogue ». Ça demande donc du temps et beaucoup de travail avant qu’ils soient opérationnels, même si ça paraît simple ! ».

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Une grande complicité lie François Bourdeau et Kelly, que le dresseur a récupéré à la SPA pour lui apporter une meilleure vie après son abandon © Agathe Perrier

 

 

Un déploiement à l’échelle nationale, voire plus

Le dispositif est entré dans sa dernière phase depuis le mois de janvier, avec de vraies missions sur le terrain. Plus question d’expérimentation, les chiens sont appelés en renfort des chercheurs de fuites dans des conditions réelles. Et pas seulement à Marseille et ses alentours mais bien partout en France. Véolia a repris le dispositif à son compte et le déploie à l’échelle nationale. L’intervention d’un chien revient à « quelques centaines d’euros par jour », d’après le directeur de l’innovation. Des opérateurs de différents pays, comme la Turquie ou les États-Unis, se sont déjà montrés intéressés.

Ces premiers mois de déploiement sur le territoire français serviront néanmoins encore d’adaptation. « Si on se rend compte qu’il y a besoin de plus de binômes homme-chien, on en formera », assure Lionel Ercolei. En attendant, François Bourdeau, Nina et Kelly d’un côté, Nathalie Delon, Nanky et Kyriede l’autre, sillonnent les routes de France à la recherche des fuites. « Travailler avec les chiens, c’est un métier de rêve », confie le dresseur. À voir la complicité qui le lie à ses deux chiennes, nul doute que le bonheur est partagé. ♦

 

Bonus

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    Nicolas Martinet recherche les fuites notamment avec un hydrosol, un outil ancien mais encore très efficace © Agathe Perrier

    Chercheur de fuites, un métier d’écoute – « C’est un mixte entre détective et docteur », aime à dire Nicolas Martinet. Le chercheur de fuites traque en effet les déperditions d’eau et diagnostique d’où vient le problème. Pour cela, il utilise aussi bien du matériel mécanique qu’électronique. Parmi les outils qui pourraient paraître « has been » mais sont en réalité très utiles : un hydrosol, qui amplifie le son par 200.Une fois les fuites localisées, le chercheur passe le relais à l’entreprise de travaux publics chargée de réparer le problème.

  • Les chiens, experts en détection – Le flair des canidés est utilisé à de multiples occasions : repérer la présence de stupéfiants, d’explosifs, de truffes mais également retrouver des personnes disparues après une avalanche ou même détecter des débuts de crises de diabète ou d’épilepsie. Plus récemment, il a servi à déceler le Covid-19. Des races sont-elles d’ailleurs plus appropriées que d’autres dans cette activité de détection ?« Il faut une race qui ait envie de travailler. Avec des chiens de chasse, par exemple, ce sera difficile car ils auront ce côté chasseur », expose François Bourdeau. Si Nina et Nanky sont des bergers allemands, Kyrie est un berger belge malinois et Kelly un border collie croisé avec du fox et du papillon.
  • Quelques mots sur la Société des Eaux de Marseille (SEM) – Le groupe SEM, créé en 1943, gère 4 000 kilomètres de réseaux d’eau sur 70 communes. Son périmètre s’étend de Martigues à l’ouest à Sanary à l’est et remonte jusqu’à Forcalquier au nord. L’une de ses sociétés, la SEMM (société eau de Marseille Métropole) est délégataire de service public du réseau d’eau potable de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis 2014 et jusqu’à fin 2028.

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