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Des fresques pour désenclaver l’arrière-port de Marseille

Par Lorraine Duval, le 24 mars 2022

Journaliste

« Le Passage », fresque pissenlit réalisée en 2019 dans la cité Félix Pyat © Meta 2

À Miami, Medellín ou Lisbonne, les murs transformés en toiles géantes par les artistes de street art ont fait revivre des quartiers oubliés. Avec le Musée des arts urbains à Marseille (MauMA), la cité phocéenne leur emboîte le pas. Cette initiative ambitionne de couvrir les flancs d’une centaine de bâtiments de l’arrière-port de la ville pour en faire « le plus grand spot international d’arts urbains ». Un appel à murs disponibles vient d’être lancé !

 

Objectif 100 œuvres pour le Musée des arts urbains de Marseille d’ici quatre ans ! Et si possible une cinquantaine pour le lancement des JO en 2024. Des fresques, des mosaïques ou du mobilier urbain. Le MauMA se définit en effet comme un parcours collaboratif à ciel ouvert, dans l’espace public. Gratuit et accessible à tous. Différents parcours pédestres, accessibles via les transports en commun, en vélo ou trottinette, seront organisés.

 

  • Urgent, le MauMA cherche des murs : situés dans l’arrière-port de Marseille, visibles depuis l’espace public, en bon état, avec un propriétaire !

 

Dans le nouveau Triangle d’or de Marseille


Son vaste périmètre est le nouveau Triangle d’or de Marseille dont les pointes sont le Marché aux Puces, le Mucem et la Friche Belle de Mai. Potentiel levier de transformation urbaine, le MauMA réunit des artistes, les acteurs économiques et associatifs et des universitaires. Et aussi, bien sûr, 215 000 habitants de ce vaste territoire dit de « l’arrière-port », qui chevauche les 2e, 3e, 14e et 15e arrondissements de la ville.

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Fresque César Baldaccini ©Meta2-2012

Ce musée sans frontières (car sans murs ne peut s’appliquer ici !) n’a pas seulement une dimension artistique et visuelle. S’y greffe de plus un volet inclusion sociale et insertion professionnelle. « Nous travaillons sur un projet de formation des jeunes aux métiers du bâtiment et de la communication, confirme Camille Chapuis, de Marseille Solutions. Nous estimons qu’apprendre dans un tel contexte est plus stimulant et attrayant ». Un « PRIC » (Pacte régional d’investissement dans les compétences) est ainsi en préparation avec Pôle Emploi.

 

Déjà six murs

C’est la plus récente : une fresque XXL réalisée sur les flancs du bâtiment de l’opérateur Orange par le street artiste Mahn Kloix, sur 200 m2. Inaugurée en octobre 2021, elle représente le portrait de la survivante ouïghoure Tursunay Ziawudun, qui a témoigné de son calvaire dans « les camps de rééducation » du régime chinois.

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« Tursunay Ziawudun », fresque de Mahn Kloix © MauMA-2021

La prochaine sera réalisée la semaine prochaine sur une façade de la Maison pour Tous Kléber. « Il s’agira d’une peinture, sous la houlette de l’artiste Yannick Martin, avec les habitants du quartier », confie Laura Alarcon de Méta-2, atelier qui assure la direction artistique du projet. Une autre ornera au printemps un mur de la Réserve des Arts dans le 14e arrondissement. Mais ni l’artiste, ni la méthode ne sont encore connus. « Nous avons lancé en février un appel à manifestation d’intérêt, explique-t-elle encore. Les 250 réponses reçues vont ainsi constituer un répertoire d’artistes internationaux. Nous pourrons les solliciter via les appels à projets, au cas par cas ».

 

 

Un hommage à César, une cartographie vue du ciel…

Les autres œuvres existantes sont l’œuvre de Méta 2, ce pôle de création au service de projets artistiques inclusifs et collectifs qui oeuvre depuis 1999, dans les quartiers nord notamment. Trois d’entre elles appartiennent ainsi à un parcours s’inspirant de la ville de Tirana, en Albanie, où une maire-artiste avait entrepris de transformer la capitale la plus isolée du monde en cité optimiste et colorée.

À Marseille, ce PAUP (Parcours artistique urbain participatif) a démarré en 2011 avec les artistes Aurélie Masset et Malik Ben Messaoud, dans le quartier de Saint-Mauront (3e). C’est par exemple la fresque en mosaïque et peinture César Baldaccini (sur la place éponyme) réalisée en 2012 en hommage à César. Ou, plus récente, la fresque « Mémoire d’une balade » réalisée avec les artistes Tina et Charly sur l’école élémentaire Révolution. Une cartographie symbolique du territoire réalisée avec huit jeunes. Et dont la préparation a nécessité des déambulations urbaines, des entretiens avec des sociologues et historiens.

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Une fresque de l’école Révolution par Tina et Charly © Méta 2-2021

Les pièces existantes et les nouvelles seront bientôt reliées par un label et un site internet. Les œuvres, artistes, producteurs, commanditaires et mécènes seront ainsi identifiés, valorisés, assortis de toutes les informations possibles.

 

Retour sur Le Pissenlit

Nous vous en avions parlé. Le véritable nom de cette fresque monumentale inaugurée fin 2019 est Le passage. Elle est installée résidence Bellevue, tout près de la future coulée verte d’Euromed. Pour l’aider dans la réalisation, l’artiste Aurélie Massenet a travaillé avec six jeunes des quartiers, sélectionnés « uniquement sur la motivation. Nous n’avons pas regardé les diplômes ou les formations », explique celle-ci. Il ne s’agissait pas d’un simple atelier de quelques jours, mais d’un service civique. « Nous accompagnons ces six jeunes pendant un an. Nous les initions à différentes techniques artistiques, les formons, les initions à l’art. Puis, ce sont eux qui réalisent la fresque selon la technique du pochoir. »

L’idée de la fresque consistait bien évidemment à donner des couleurs à ce quartier, mais aussi à donner confiance à des jeunes qui ont décroché des cursus classiques. « Tous ont pris de l’assurance. On les a vu changer. C’est incroyable », assure Aurélie Masset. Signe de l’intérêt suscité : Le Passage a été lauréat du concours national « S’engager pour les Quartiers » organisé par l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) et FACE (Fondation Agir Contre l’Exclusion). Au fait, pourquoi des pissenlits ? « On me le demande souvent. Cette fleur est le symbole des flux migratoires de Marseille, car elle pousse partout. C’est aussi une plante populaire, une sorte de mauvaise herbe. Enfin, le pissenlit est rattaché à la devise de Larousse « Je sème à tout vent » et du dessin d’Émile-Auguste Reiber. »

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Le Pissenlit, réalisé avec six jeunes de la cité Félix Pyat © Méta 2 -2019

 

Le MauMA, comment ça marche ?

Il y a donc deux structures ressources : Marseille Solutions, un expert en innovation sociale qui accompagne les projets à fort impact. Et Méta 2. Des partenaires interviennent en appui, comme les Apprentis d’Auteuil, le réseau d’entreprises Cap au Nord et le groupe Profil pour le mécénat de compétences, le sourcing jeunes et la recherche de financements.

Le budget total a été évalué à 3,5 millions d’euros. Avec une estimation de 28 000 euros par œuvre. Des partenaires publics se sont déjà manifestés mais le compte n’est pas encore bon, il faut des dons, du mécénat, un engagement fort des entreprises. Car l’enjeu n’est pas seulement ornemental. L’arrière-port pourrait en effet devenir un véritable levier d’attractivité touristique avec le développement et l’activité économiques susceptibles d’en découler. ♦

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