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Des sessions « casse-croûte » pour apprivoiser sa ville

Par Régis Verley, le 3 février 2022

Journaliste

Une fois par mois, ils sont une vingtaine, souvent plus, à profiter de leur pause de midi pour se rendre au « casse-croûte » de VivaCitéS Hauts-de-France. Si la nourriture est fruste, le contenu des discussions est quant à lui roboratif. Tous les thèmes du développement urbain sont traités.

 

Se retrouvent à ces rencontres peu protocolaires, parfois même rendues virtuelles par le confinement, tous ceux qui de près ou de loin s’intéressent à la ville et à son développement. Donc des architectes, urbanistes, responsables institutionnels municipaux ou communautaires, bailleurs sociaux, promoteurs… Auxquels se joignent, selon les sujets, des élus locaux, des habitants, des porteurs de projets, des étudiants, des enseignants et souvent de simples citoyens.

 

Des « casse-croûtes » informels mais savoureux 

Des sessions « casse-croûte » pour s’approprier la ville 1
Casse-croûte présentation de RIVES : une Voisinerie et une Résidence Solidaire à Lille © VivaCitéS HdF

Créé en 1998 dans la dynamique du réseau national Citéphile, « VivaCitéS » s’est donné pour but de contribuer à l’éducation à l’environnement urbain. Il s’agit surtout de permettre au citoyen de s’approprier les outils du développement de son cadre de vie urbain, sa ville, son quartier, ses équipements.

Les « casse-croûtes », points de rencontre informels, sont un élément important de l’action de l’association. Les sujets sont innombrables. La liste en est longue, car aux thématiques proprement liées à l’urbanisme se sont ajoutées au fil du temps, celles du développement durable, des nouvelles énergies et l’émergence des initiatives locales.

 

La rénovation d’une église, l’ouverture d’une épicerie, d’un habitat participatif…

En consultant le répertoire des invitations lancées par VivaCitéS dans la région Hauts-de-France, on voit apparaître nombre d’idées, parfois modestes, portées par les collectifs d’habitants. On peut ainsi citer la rénovation d’une église à Tourcoing par un compagnon du Devoir. Le lancement d’une épicerie solidaire. L’ouverture d’un habitat participatif. Les « planteurs volontaires », les « territoires zéro chômeur », et bien d’autres ont été invités à expliquer leur démarche à un parterre de professionnels.

D’autres casse-croûtes ont servi à présenter des démarches plus institutionnelles : « REVER », projet de réseau euro métropolitain des vélo-routes connecté à la Belgique proche, l’aménagement de la cité des électriciens à Bruay-la-Buissière, le centre multimodal de Lille, la démarche de « Roubaix en transition » et bien d’autres initiatives.

Également, Vivacité a accompagné des démarches de concertation ouvertes au plus grand nombre, par exemple l’ouverture d’une « maison de projet » à Mons-en-Barœul, siège de la plus grande ZUP construite dans les années 70 au nord de Paris. Ou la démarche de concertation autour du PLU de la Métropole européenne de Lille. À chaque fois, élus, responsables et architectes ont été confrontés aux questions, voire aux incompréhensions d’un public extérieur. Ils ont dû décortiquer les processus, justifier les retards et les obstacles.

 

* Lire aussi l’article : Aider le bâtiment à amorcer sa transition écologique

 

Porté par le CAUE du Nord

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Casse-croûte créatif sur l’avenir de la rue Solférino à Lille © VivaCitéS HdF

Mois après mois les sujets s’étoffent. C’est le réseau RTE qui vient présenter ses solutions innovantes pour la distribution de l’électricité aux foyers de la région. Les acteurs citoyens engagées pour les énergies renouvelables, et notamment le solaire, qui cherchent à convaincre. Des lycéens engagés dans un projet pour la biodiversité. Une initiative autour de l’écologie numérique…

Pour tout dire, les sujets ne manquent pas. VivaCitéS est porté par Béatrice Auxent, architecte au CAUE, le Centre d’architecture d’urbanisme et de l’environnement. Cet organisme au financement semi-public accompagne d’ailleurs la plupart des projets de développement urbain des Hauts-de-France, qu’ils soient d’origine municipale, communautaire, associative ou privée. Qu’il s’agisse de construction de logements ou d’équipements, d’aménagement de l’espace public.

« L’intérêt des rencontres, note Béatrice Auxent, c’est de faire se rencontrer des acteurs de la cité. Issus de champs différents (culture, environnement, économie, éducation…), à titre personnel ou professionnel, pour une approche globale de la ville ».

 

Susciter la rencontre des différents acteurs de la cité

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Béatrice Auxent, présidente de VivaCitéS Hauts-de-France © DR

« On se heurte trop, ajoute-t-elle, à des freins innombrables pour mettre en œuvre l’approche globale de la ville par le croisement des regards. Chacun est dans sa sphère, dans ses contraintes de calendrier, d’échéancier. Le temps passé pour se rapprocher d’autres acteurs est rarement considéré comme productif et souvent difficile à justifier. Celui de l’échange avec d’autres champs de compétences nécessite d’expliquer ce que l’on fait et pourquoi on le fait ».

Le temps des « casse-croûtes » se double bien souvent d’échanges plus formels. Lorsque chacun a pu confronter ses pratiques à celles des autres, découvrir ce qui bloque, ou ce qui permet d’avancer, apprendre des projets nés du terrain, la mise en réseau devient alors normale. Elle est plus facile à faire admettre aux institutions et organismes concernés, souvent enfermés dans leur propre logique. Le regard citoyen, presque toujours présent lors des réunions, apporte un élément supplémentaire aux professionnels qui découvrent la richesse créative de citoyens actifs.

Au total, le répertoire des adresses de VivaCitéS est riche de plus de 1500 noms. Les invitations et les informations sont diffusées dans les services d’urbanisme des villes de la région, chez tous les bailleurs sociaux, dans les bureaux d’étude, auprès de la majorité des architectes, mais aussi dans les milieux associatifs, à l’université, dans les écoles et les lycées et bien sûr auprès les journalistes locaux.

 

Des balades urbaines

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Balade urbaine/atelier cheminées d’usine en Métropole européenne de Lille © VivaCitéS HdF

Aux « casse-croûtes », s’ajoutent d’autres initiatives, toujours axées sur l’éducation du plus grand nombre. Les « balades urbaines » permettent ainsi de découvrir un quartier en transformation. L’histoire n’est pas négligée, par exemple lorsqu’a été organisé un circuit de visite dans la ville « nouvelle » de Villeneuve d’Ascq, cinquante ans d’évolutions plus tard. Il était dès lors intéressant de mesurer les apports et les échecs. Mais ailleurs, par exemple à Lens autour du Louvre-Lens, ce sont les projets à venir qui sont confrontés au terrain local et aux habitants.

Des ateliers sont proposés aux scolaires ou aux étudiants, pour les sensibiliser aux enjeux du développement urbain. Pour les inviter à y prendre leur place dans les conseils de quartier ou les associations d’habitants. « L’éducation à l’environnement, note la charte de l’association, vise à favoriser les approches collaboratives et critiques… Il s’agit de développer les connaissances dans le cadre d’un partage entre pairs. De préparer à la collégialité d’instances telles que les conseils citoyens ».

 

Le développement urbain : des murs… et surtout des hommes !

Pour VivaCitéS, le développement urbain ne s’arrête pas à la construction des murs. Il inclut tout ce qui tourne autour de l’homme, qui définit le cadre de vie, le paysage urbain. Dans un contexte de remise en cause des modes de vie, de déplacement, d’aménagement, le terme « d’environnement urbain » prend tout son sens : « L’environnement urbain, note Béatrice Auxent, ne désigne pas que la nature en ville (faune, flore) ou les domaines de l’environnement (l’eau, l’air, le sol, les déchets), mais il n’est pas non plus déconnecté de la nature… La ville n’est pas une offense à l‘environnement mais un environnement en soi ».

Et à l’heure des grands défis écologiques, la mise en commun de toutes les expériences devient plus indispensable que jamais. ♦

 

Bonus

Des projets

*Parmi les initiatives qu’elle a lancées, VivaCitéS a réalisé un travail de cartographie et de recueil. Les citoyens sont ainsi à même de mesurer certaines évolutions et d’en évaluer les impacts. Un livre « Ciel ! 30 ans » a été publié pour mettre en parallèle les photos aériennes de la métropole lilloise prises sur un intervalle de trente années. Cela permet de mesurer les changements, souvent imperceptibles pour qui les a vécus au jour le jour. Ils ont pourtant modifié en profondeur l’art de vivre dans la grande cité.

*Dans le sillage de l’opération « Lille Design », VivaCitéS a lancé un atelier de cartographie participative des cheminées d’usines. Il permet de sensibiliser le public et les autorités à un environnement marqué par une histoire industrielle riche. En témoignent de nombreuses cheminées d’usine. Plutôt que de les abattre ne peut-on les conserver et s’en servir comme repères pour l‘avenir ?

*Dans le livre « Babelles, des mots pour la ville », l’association a choisi de sélectionner 43 mots dits « en tension », c’est-à-dire autour desquels il n’est pas facile de s’accorder. Ainsi que met-on derrière le mot « mixité » ? Ou celui de « réseau » ? Que dit-on lorsqu’on parle de « participation » ? Ou « d’intérêt général » ? Que mettre derrière l’idée « d’utopie » ? Enrichis par les années de rencontres organisées, les auteurs ont, mot à mot, tenté de clarifier le ou plutôt les sens de mots qu’on s’échange sans jamais être tout à fait sûr qu’ils sont compris par tous de la même manière.

 

 

*En lien avec l’agence d’urbanisme de Lille métropole, VivaCitéS invite, au moyen de podcasts immersifs, des habitants à imaginer leur futur urbain. En tenant compte, d’ailleurs, des exigences propres aux exigences d’un développement durable.

*Pour l’atelier « STRATES », les adultes comme les jeunes scolaires doivent collecter les témoignages photographiques anciens de la ville pour faire resurgir le passé. Celui de bâtiments détruits ou transformés, mais aussi celui des modes de vie d’autrefois. Pour faire prendre conscience des évolutions et inciter le public à se réapproprier la construction urbaine. L’intervention de VivaCitéS s’appuie sur les centres sociaux, les maisons de retraite, les associations de sauvegarde du patrimoine, les clubs sportifs…

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Autour du projet Babelles © VivaCitéS HdF

 

  • Le CAUE du Nord. Cette association inscrite dans la loi du 3 janvier 1977 est une initiative du Conseil départemental du Nord. Il assure en effet des missions d’intérêt public au profit de la qualité architecturale, urbaine, paysagère et environnementale. Par la nature de ses missions, le CAUE est au contact des attentes et des interactions des décideurs, habitants et usagers, concepteur et techniciens. Ancré dans la réalité locale, le CAUE se veut être une plateforme de découverte, de rencontres et d’échanges au service d’un usage et d’une construction durable des territoires.

La loi du 3 janvier 1977 confie aux CAUE les missions assurées à l’échelle départementale. Notamment aide aux collectivités dans leur démarche de projet, assistance architecturale aux particuliers, formation et perfectionnement des maîtres d’ouvrage et des professionnels, développement de l’information, de la sensibilisation et de l’esprit de participation du public…

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