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Au lycée Ampère, les bons élèves du développement durable

Par Agathe Perrier, le 29 janvier 2024

Journaliste

Elamine, Edson et Roiyad ont fait partie du projet Éco-ambassadeurs du lycée Ampère © Agathe Perrier
Cet établissement professionnel marseillais est engagé de longue date en faveur du développement durable. Une démarche dans laquelle les élèves s’inscrivent pleinement. Ceux de terminale Melec (métiers de l’électricité) en sont même devenus des ambassadeurs pour sensibiliser des écoliers à l’importance de prendre soin de notre planète. 

[Dans le cadre de l’éducation aux médias, avec le soutien de la Région Sud, une version radio pour les lycéens]

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Si réduire son impact sur la planète fait consensus aujourd’hui, la question n’était pas aussi importante quinze ans en arrière. C’est pourtant depuis 2008 que le lycée professionnel Ampère, installé à Saint-Loup (Xème arrondissement de Marseille, bonus), est engagé dans une démarche en faveur du développement durable. « On a initié dans ce cadre de nombreux projets, comme une semaine dédiée à l’eau. Mais celui des éco-ambassadeurs a eu le plus grand succès », rembobine Amine Belhadji, professeur d’électrotechnique à l’initiative de cette idée. Le principe tel qu’imaginé par l’enseignant est simple : rendre experte du développement durable une classe de lycéens – des terminales en bac pro Melec (métiers de l’électricité et de ses environnements connectés) – pour qu’ils sensibilisent des écoliers plus jeunes.

« Au début, on voulait pas », se souvient Elamine, l’un de ces jeunes adultes. Ce qui le fait rire aujourd’hui, à l’unisson de ses camarades Edson et Roiyad. « Pour nous motiver, les profs nous avaient dit que c’était pour le bac. Ensuite on a compris que c’était un projet humanitaire », ajoute-t-il. Du social, en réalité, auquel ils ont finalement pris goût.

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Les lycéens ont animé une semaine d’ateliers dédiés au développement durable à l’école de la Capelette © DR

Des élèves dans la peau des profs

Pour sensibiliser les minots au développement durable, encore fallait-il que leurs aînés disposent desdites connaissances. Et ce n’était pas gagné. « Je comprenais même pas ce qu’était le réchauffement climatique », reconnaît Roiyad. Tous les jeudis après-midi de septembre à janvier, ils ont donc planché sur ce vaste sujet, dans différentes matières. Outre leurs professeurs d’électrotechnique, les enseignantes d’anglais et d’économie gestion se sont impliquées (bonus). Et, tous ensemble, ils ont imaginé des façons ludiques d’aborder cette thématique.

Quatorze ateliers ont ainsi été montés. Les lycéens les ont animés pendant toute une semaine à l’école primaire de la Capelette, devant trois classes de CE2, CM1 et CM2. « Un des ateliers a consisté à donner aux écoliers un kit leur permettant de réaliser des mesures chez eux pour mettre des chiffres sur leur consommation d’énergie. Ils ont ensuite débriefé avec les lycéens pour voir ce qui était améliorable », indique Alain David, enseignant d’électrotechnique lui aussi. Au programme également : une projection-débat, des jeux de plateau, des quiz, des expériences… Et un « Question pour un éco-champion » pour clore le tout. « Les élèves ont géré seuls les ateliers. Nous, les professeurs, étions seulement spectateurs », relève Amine Belhadji.

Les adolescents ont été surpris du niveau des plus petits. « Je pensais qu’on allait galérer à leur expliquer. En fait ils savaient tout ! On aurait dit qu’ils s’étaient préparés », témoigne Edson. Et Elamine d’ajouter : « Ils m’ont impressionné car je pense pas qu’à leur âge j’en savais autant. Je leur ai appris des choses et eux m’ont fait me rappeler de bons souvenirs ».

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Les lycéens se sont mis dans la peau de leurs professeurs, qui eux n’étaient que spectateurs © DR

La transmission comme maître-mot

Ce projet pourrait se résumer par un mot : transmission. « Nos élèves ont transmis du savoir à ces jeunes écoliers, puis eux-mêmes l’ont transmis à leurs parents », apprécie Amine Belhadji. Un travail salué dans le cadre du challenge national CUBE.S (climat, usages, bâtiments enseignement scolaire) auquel le lycée Ampère a participé. Il en a remporté le prix coup de cœur du jury. Le projet en a aussi gagné d’autres, à l’occasion de la Journée académique de la pédagogie et lors de la cérémonie « La jeunesse à l’honneur ». « Nous avons été récompensés pour l’originalité de notre projet et le fait qu’il est transposable. Dans d’autres établissements scolaires ou types de structures », précise Rania Allali, professeure d’économie gestion. Pour cela, le lycée a mis toutes les ressources accessibles gratuitement sur son site internet (bonus).

Les professeurs auraient aimé renouveler le format des éco-ambassadeurs cette année, mais des contraintes techniques ont contrarié ces plans. Cela ne les a pas empêchés de monter d’autres actions. Amine Belhadji va ainsi organiser une journée dédiée au développement durable quand les professeures d’anglais prévoient une sensibilisation à la gestion des déchets, avec notamment un ramassage sur les plages de Marseille.

Une partie des professeurs et élèves du projet Éco-ambassadeurs : Alain David (électrotechnique), Marie-Sophie Lesnard (anglais), Elamine, Roiyad, Edson, Rania Allali (éco-gestion), Jean-Jérôme Erre (documentaliste) et Amine Belhadji (électrotechnique) © Agathe Perrier

Changer le regard sur les jeunes de bac pro

Avec ce projet, Amine Belhadji avait aussi un autre but en tête : donner du sens et de la confiance aux lycéens. « Nos élèves ne comprennent pas trop à quoi peuvent leur servir leur formation. En étant éco-ambassadeurs, ils sont passés pour des experts auprès d’écoliers et se sont sentis utiles », pointe-t-il. En animant les ateliers, et en les préparant en amont, ils ont travaillé sur la prise de parole en public, très importante pour gagner en assurance.

Les élèves de terminale se sont d’ailleurs pleinement impliqués dans ce projet. Preuve ultime de leur motivation: malgré une grève qui a impacté les transports, tous se sont débrouillés pour être présents à l’école de la Capelette afin que la semaine des éco-ambassadeurs puisse se dérouler comme prévu. Alors qu’en de telles circonstances, ils ont d’ordinaire moins de scrupules à rater les cours. « Ce type de projet est génial pour combattre le décrochage scolaire », conclut le professeur d’électrotechnique. Et casser les préjugés qui collent souvent aux jeunes de bac pro. ♦

*La Criée, Théâtre national de Marseille, parraine la rubrique éducation et vous offre la lecture de cet article*

Bonus

[pour les abonnés] – Un projet collaboratif et pluridisciplinaire – Des ressources accessibles en open source – Le lycée Ampère modèle en matière d’économies d’énergie – Le challenge CUBE.S. –

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