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Dans la bière, rien ne se perd, tout se transforme !

Par Raphaëlle Duchemin, le 5 mars 2021

Journaliste

« Pas de secret, si tu veux gagner de l’argent avec tes déchets, tu es obligé de trouver de nouvelles idées »

Après ses shampoings solides en levure de bière et ses tee-shirts confectionnés à partir de plastique, la micro-brasserie toulonnaise « Le Mousse » se lance un nouveau défi : procéder à une première levée de fonds pour grandir. La crise du coronavirus n’a pas découragé son créateur. Bien au contraire !

Projets, collaborations et rêves en grand, le jeune loup de mer Quentin Busch voit loin, éco-responsable et collectif. Rencontre.

 

La planche de surf est appuyée au mur d’enceinte comme si elle n’attendait plus que la vague. D’ailleurs la mer n’est pas loin :  il suffit de plisser les yeux et de porter le regard au bout de l’avenue pour apercevoir le bleu du petit port Saint-Louis du Mourillon et les barques qui y dansent au rythme du clapotis.

C’est là, à deux pas des hauts murs d’enceinte de l’arsenal, niché entre deux bars prisés de la jeunesse toulonnaise que Quentin Busch a jeté l’ancre. Il fallait oser venir faire de la bière ici ! Mais les défis n’effraient pas le créateur du Mousse.

 

La mer comme trait d’union

Il faut dire qu’à 30 ans à peine, il trimbale déjà dans son paquetage des histoires de tour du monde dignes d’un vieux loup de mer. À 17 ans, le bac en poche, il veut voir du pays et entre dans la marine marchande. Il embarque sur le « Puccini « direction la Chine.

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Le porte-containers Puccini @Wikimedia commons

Sans le savoir sa première destination va éveiller sa conscience écolo. Là-bas, le fils d’officier de la Royale est saisi par la saleté qu’il découvre… Puis ce sera l’Afrique, comme réserviste pour la Marine nationale. Ensuite la Libye, une nouvelle épreuve.

Et, enfin, l’Antarctique avec la Compagnie du Ponant. À bord, il côtoie des naturalistes et commence à s’intéresser un peu plus à la gestion des déchets. Car le navire a beau être un bateau de croisière il n’en est pas moins avant-gardiste : à bord tout est recyclé.

Mais c’est au cours d’une escale que la prise de conscience va vraiment s’opérer. Un filet de pêche coince l’hélice du zodiac qu’il conduit. L’embarcation est prise au piège et Quentin doit plonger son bras dans les eaux glacées pour libérer les pales et pouvoir rentrer à bon port.

 

Échanges de bons procédés                                         

biere-mousse-toulonQuand il pose pied à terre Quentin est à la dérive. C’est la mer qui va lui servir de gouvernail.

Il se cherche en école de commerce sans se trouver, valide son année de commandant. Mais le déclic se produit lorsque l’un de ses copains jette un mégot sur la plage. L’ancien fumeur se rebiffe mais plutôt que lui faire la morale, il choisit de lui payer un bock s’il stoppe la clope.

Le concept est né : nettoyer les plages à chaque litre de bière acheté. Un ami brasseur joue le jeu et « Le Mousse » débarque dans les bars de Haute-Normandie, d’abord flanqué d’un Popeye comme effigie. Puis d’un bateau.

 

Une bière dans chaque port
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Le Mousse, c’est aussi une ligne textile.

« Le Mousse » est né. Sa bière en bouteille, Quentin a de nouveau la bougeotte. La Méditerranée lui manque. Il garde la recette, troque le logo pour un mousse, continue de collecter les déchets sur le sable – une fois toutes les deux semaines. Et brasse local : à La Seyne-sur-Mer d’abord, puis dans ses propres locaux au Mourillon.

Malgré la crise du Coronavirus le bar ouvre finalement en juin 2020. Une carte de la rade peinte au mur. Des cordes et des bouts habillent ces lieux qui, pendant trois mois, ne désemplissent pas.

Mais après l’été, le vent tourne. Alors, Quentin rouvre son ordinateur. Posé à côté du PC comme source d’inspiration, un livre qui en dit long sur son état d’esprit. Son titre : « L’art des nœuds », de Marc Berthier.

 

Rien ne se perd tout se transforme

Avec la levure de bière, « Le Mousse » fabrique des shampoings solides, en forme de pompon, forcément. La pharmacie d’à côté lui parle des vertus du houblon dans les tisanes et voilà notre entrepreneur qui se lance dans le thé. Mais son obsession reste la transformation du plastique.

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Du shampoing solide, moins nocif pour l’environnement

Son ambition : « monter des micro-usines à la taille des agglomérations pour trier et recycler local. Pas de secret, si tu veux gagner de l’argent avec tes déchets, tu es obligé de trouver de nouvelles idées. » L’œil bleu azur s’allume : « Plus je produis, plus j’ai de déchets, plus j’innove ! », lâche-t-il en riant.

D’ailleurs sa collection de maillots est en pleine préparation : 70% filet de pêche, 30% bouteille plastique. Idem pour les tee-shirts et les sweats que Quentin a choisi de faire produire en Méditerranée… Espagne, Portugal et Tunisie, la grande bleue comme moteur et comme lien.

Ensuite c’est l’Afrique qu’il voudrait pouvoir rhabiller. Entre temps, il aura sûrement emmené Le Mousse dans d’autres ports : Marseille, Lorient, Bordeaux, Biarritz, sont les prochaines envies d’ailleurs. Dehors, prêt au départ, son foodtruck noir est garé sagement en attendant un nouvel appel du large. ♦

 

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