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À l’assaut des masques livrés en pâture à la nature

Par Marie Le Marois, le 20 octobre 2020

Journaliste

Edmund Platt, dit l’Escargot Anglais, et son comparse, dit le Sanglier Marseillais, rallient actuellement à pied Paris depuis Marseille, en suivant le trajet de la ligne TGV. Chemin faisant, ils ramassent certains déchets, notamment les nombreux masques jetables qui jonchent voies et routes : plus d’un millier ont déjà été collectés ! Il faut savoir que 75% des masques finissent leur vie en pleine nature ou en pleine mer…

« Eddie » agace tout autant qu’il séduit mais reconnaissons une chose : ce trublion tonitruant a le mérite de rassembler, autour d’une cause qui nous tient tous à cœur, la protection de l’environnement. Ce viking d’origine anglaise aime à souligner que « la France est un pays magnifique mais, comme le reste de la planète, elle est traitée en cendrier-poubelle« .

Après avoir cofondé ‘’1 Déchet Par Jour’’ qui incite les citoyens à ramasser les déchets dans la rue, parcouru 8 000 km autour de la France en auto-stop dans ce même esprit de sensibilisation, voilà Eddie à nouveau sur les routes. Armé de sa gouaille et de son tee-shirt  »arrête de niquer ta mer ».

Avec Frédéric Munsch, dit le Sanglier Marseillais, photographe-journaliste, Eddy a longé le trajet de la ligne TGV – 3 km/h au lieu de 300 km/h – pour ramasser les déchets qui se retrouvent en plus grand nombre dans la nature : les trois M. Masques, Mégots et Mc Do. Avec un accent sur le premier, car cet allié du quotidien pour lutter contre la Covid est devenu notre ennemi écologique.

 

Jusqu’à 400 masques ramassés par jour
L’Escargot Anglais à l'assaut des masques balancés dans la nature 3
@Frédéric Munsch

Quand on jette son masque à terre, il suffit d’un coup de vent pour que cet objet aussi léger qu’une plume s‘envole en pleine nature ou rejoigne la mer via les cours d’eau. L’ONU estime que ce serait le cas des 75% des masques jetables utilisés. Le problème est que, contrairement à son apparence tout papier, ce masque contient une couche de polypropylène.

Cette matière plastique va se fragmenter en microparticules, polluer sols et mers – pour une durée que certains estiment à 450 ans -, et impacter la biodiversité marine. Bref, voilà un nouveau combat sur-mesure pour Eddie, qui peut en ramasser jusqu’à 400 par jour dans les grandes agglomérations.

 

Faire du ramdam 

Son objectif ? Alerter la population sur cet écocide, la sensibiliser pour qu’elle cesse de jeter ses masques n’importe où, démontrer que le « masque durable est un vecteur de propreté, donc de santé publique« . Et appeler à « une politique de gestion des déchets liés à la Covid-19 et surtout des masques à usage unique« .

L’association  »1 Déchet Par Jour » signale qu’en France, une seule entreprise s’est lancée dans le recyclage de masques jetables. Située à Châtellerault, dans la Vienne, Plaxtil a créé une filière qui les transforme en matière plastique. En attendant, faute de pouvoir les recycler, nos marcheurs jettent leurs déchets à la poubelle.

 

Bivouac chez l’habitant

L’Escargot Anglais à l'assaut des masques balancés dans la nature 4Parti sans rien dans les poches ou presque (il se consacre à 200% à son association), Eddie bivouaque chez l’habitant. Et comme l’homme est jovial et sympathique, on lui ouvre non seulement les portes mais on lui prête également main forte pour ses cueillettes d’un nouveau genre. Ainsi, 1 472 masques jetables ont été ramassés en treize jours.

Après avoir traversé la Drôme, l’Escargot Anglais et le Sanglier Marseillais ont atteint Lyon le 18 octobre. Là, ils ont organisé des ramassages avec les associations locales, dont Yoyo Lyon et Nettoyons Lyon, et sensibilisé les enfants de plusieurs centres aérés. Ils traversent maintenant le Beaujolais.

Ils arriveront le 19 novembre Gare de Lyon à Paris. Date à laquelle Eddy publiera son livre narrant l’histoire rocambolesque de ‘’L’anglais qui voulait nettoyer la France’’. ♦

 

Bonus

  • Pourquoi l’Escargot Anglais ? Edmund Platt, anglais d’origine, vit en France depuis 2011. Il aime raconter qu’il est venu à Marseille « à cause des 22 degrés de différence entre le Yorkshire et Marseille« . L’Escargot Anglais – clin d’œil au surnom que donnent les Anglais aux Français – définit sa double identité assumée.
  • (Re)lire notre portrait de Georges-Edouard Legré, co-fondateur en 2015 de l’association « Un déchet par jour » en janvier 2019.
  • Frédéric Munsch prépare un documentaire sur cette folle course contre les 3 M.
  • Le premier chapitre de ‘’L’anglais qui voulait nettoyer la France’’, ainsi que des éléments sur la marche, sont disponibles sur le site web de l’association 1 Déchet par Jour.

 

 

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