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Des champignons, alternative aux matières plastiques

Par Agathe Perrier, le 22 février 2022

Journaliste

Raphaël Losfeld et Clément Coulon, deux des trois membres de Mycotopia © Agathe Perrier

L’entreprise marseillaise Mycotopia utilise les déchets organiques et les champignons pour créer des biomatériaux 100% compostables. De nouvelles matières capables de remplacer notamment le plastique, autant dans les emballages que le mobilier, la construction ou encore le textile. Afin de financer cette innovation, l’équipe vend ses champignons bio sur les marchés et épiceries marseillaises.

 

On connaît les chiffres et les ravages de la pollution plastique en Méditerranée. Face à cette catastrophe écologique, Clément Coulon, Guislain Delcher et Raphaël Losfeld se sont associés pour créer des biomatériaux à même de se substituer au plastique. « On utilise pour cela des déchets agricoles et le mycélium, la « racine » des champignons. En décomposant la lignine et la cellulose présentes dans les déchets agricoles, le mycélium se développe en réseau et agglomère les copeaux de matière organique. Cette propriété permet la réalisation de matériaux biosourcés et entièrement compostables en fin de vie », explique Raphaël Losfeld, en charge de la partie R&D. Selon la variété de champignon, texture, résistance et forme du matériau obtenu varient. Il reste néanmoins léger, isolant, hydrophobe, résistant au feu… Un potentiel qui lui permet de trouver des débouchés dans la construction, le mobilier, le textile comme dans le packaging.

 

L’économie circulaire en priorité

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Le « MycoTemple » un dôme de trois mètres de haut pour six de diamètre, fabriqué en biomatériaux © DR

À son lancement en 2019 – alors sous le nom de MycoConcept –, l’équipe de Mycotopia se focalise uniquement sur ce volet biomatériaux. Grâce à une campagne de financement participatif, elle a pu démarrer ses premières cultures de champignons et obtenir ses premiers matériaux. Ces derniers ont par exemple servi à la création du « MycoTemple », un dôme de trois mètres de haut pour six de diamètre. Un travail réalisé avec l’artiste Côme Di Meglio présenté à l’occasion de l’exposition Arts Ephémères. « On est actuellement en lien avec d’autres artistes et designers. C’est intéressant de voir que des personnes pensent à ce type de matériaux pour leurs projets plutôt qu’au plastique », se réjouit Raphaël Losfeld.

Outre la voie artistique, Mycotopia mise sur une utilisation de ses matériaux dans le BTP et la construction, deux secteurs particulièrement polluants. Tout en restant dans l’esprit de l’économie circulaire. Le but n’étant surtout pas de concevoir des alternatives aux emballages jetables et donc des sources de déchets, quand bien même compostables.

 

 

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Récolte de pleurotes et shiitakes posée sur un tabouret en biomatériau © AP

Des pleurotes et shiitakes aussi dans les assiettes

En expérimentant et en se formant, le trio a pris conscience du potentiel des champignons. Ils se sont du coup orientés en parallèle sur la production de champignons alimentaires et l’animation d’ateliers pédagogiques. Une nécessité d’un point de vue financier. « La technologie qui permet d’obtenir des biomatériaux date seulement d’une dizaine d’années. Ça prend du temps à développer car la technicité est complexe et les débouchés économiques sont encore restreints », indique Clément Coulon, qui porte la casquette de responsable agriculture urbaine.

Un virage entamé au sortir du confinement du printemps 2020. Depuis, Mycotopia s’est installé dans un hangar de 400 m² dans le quartier des Crottes (15e arrondissement). Un point de chute provisoire puisque le lieu fait partie du périmètre d’Euroméditerranée et se situe sur la zone de passage de l’extension du tramway vers le nord de Marseille. En attendant la réalisation de ces travaux, les champignons ont au moins trois années devant eux pour pousser ici. L’équipe y a érigé quatre serres modulables où sont actuellement cultivés pleurotes gris et shiitakes (« lentin du chêne » pour son nom français). Deux espèces emblématiques de champignons urbains.

Et pourquoi pas des champignons de Paris ? « Ce n’est pas le même mode de culture. Ils poussent sur des matières compostées, c’est donc dur à produire en milieu urbain », précise Clément Coulon. Exit également l’idée de recycler le marc de café, qui a pourtant mis en lumière la culture de champignons urbains ces dernières années. « C’est vraiment difficile à utiliser à grande échelle car le marc moisit très vite ».

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Pleurotes et shiitakes cultivés par Mycotopia © AP

 

 

En route vers l’autonomie

Le trio cultive pour le moment ses champignons sur des ballots de déchets organiques tout prêts. D’ici la fin de l’été, ils confectionneront eux-mêmes leur propre substrat avec des déchets récupérés dans la région. « On a déjà fait des expérimentations avec de la sciure de bois, des drêches de brasseries locales comme Zoumaï ou encore de la paille de riz de Camargue. On a eu d’assez bons résultats », glisse Clément Coulon. Ils se sont notamment formés dans les champignonnières de Belgique, pionnières dans la production de champignons urbains (bonus).

Les variétés de champignons de l’entreprise marseillaise vont en tout cas évoluer au fil des saisons. Puisque les serres ne sont ni chauffées, ni climatisées – seul un brumisateur fait varier les paramètres atmosphériques – l’équipe adaptera les espèces en fonction de la température extérieure. Et du substrat récupéré. Des pleurotes jaunes et roses feront par exemple leur apparition à la belle saison. Des champignons certifiés bio à retrouver dès à présent au marché de la Friche et dans différentes épiceries et magasins bio de Marseille (bonus). Comptez 16 euros le kilo de pleurotes et 20 euros pour les shiitakes. La production a démarré en janvier et représente à ce jour 50 kg de champignons par semaine. En fonction de la demande, elle pourra atteindre les 800 kg par mois. ♦

 

Bonus 

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    Mycotopia vend ses champignons notamment tous les lundis au marché paysan de la Friche © DR

    La liste des points de vente des champignons de Mycotopia – Épicerie paysanne Chez Adèle (5e), boutique Vrac à dit (5e), épicerie Lodi Local (6e), épicerie La Chicorée (6e), Biocoop Le Rouet (8e), Biocoop Château-Gombert (13e). Et au marché paysan de la Friche Belle de Mai, tous les lundis de 16h à 19h en hiver et de 17h à 20h en été.

  • Les financements – Mycotopia a récolté près de 17 000 euros lors de sa campagne de financement participatif en 2019. L’entreprise vit aujourd’hui grâce à des fonds propres et des subventions de la Région Paca et du Département des Bouches-du-Rhône. Fin 2021, elle a obtenu le « prix de l’inspiration en économie sociale et solidaire » de la Fondation du Crédit Coopératif ainsi qu’une dotation de 11 000 euros de cette banque coopérative.
  • Des champignonnières un peu partout en France – En plus de Mycotopia, Marseille compte celle des Champignons de Marseille (notre reportage à retrouver ici). D’autres fermes urbaines se sont créées en France ces dernières années comme Le champignon urbain à Nantes, La caverne à Paris ou encore La cave agricole à Floirac près de Bordeaux. À quelques kilomètres de Toulouse, Fungus Sapiens produit aussi bien des champignons alimentaires et médicinaux que des matériaux innovants. Les projets ne manquent pas non plus chez nos voisins belges avec ECLO, Permafungi ou La mycosphère à Bruxelles et ses alentours. Liste non exhaustive !
  • Les vertus des champignons – Riches en protéines, antioxydants, vitamines et minéraux, ils constituent un apport nutritif de qualité. Ce sont en plus de très bons substituts à la viande, d’un point de vue nutritif comme gustatif.

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