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Terra Noé, étendard de la viticulture éco-responsable des Vignerons Ardéchois

Par Frédérique Hermine, le 25 août 2022

Journaliste

Le vignoble Terra Noé appartient à 800 sociétaires, essentiellement des particuliers amoureux de la région par la famille ou les amis © Frédérique Hermine

La coopérative vinicole du sud Ardèche Terra Noé a créé Terra Noé, un domaine éco-responsable près de Vogüé. Elle rachète des vignes en financement participatif pour installer des jeunes. 

 

Les Vignerons Ardéchois font voguer l’aventure Terra Noé
François Guigon, président, et Philippe Dry, directeur des Vignerons Ardéchois ©J.F. ARNAUD

L’union coopérative des Vignerons Ardéchois (qui regroupe pas moins d’un millier d’adhérents dont une cinquantaine de viticulteurs à plein temps) cherchait un domaine étendard pour illustrer les bonnes pratiques en matière de viticulture éco-responsable, de biodiversité et de protection du patrimoine. « Quand on est le principal opérateur viticole de la région en représentant, avec une douzaine de coopératives, 90% de la production de vins ardéchois, on se doit d’innover sur tous les sujets et d’avoir un lieu emblématique pour montrer notre savoir-faire et nos valeurs », estime Philippe Dry, le directeur des Vignerons Ardéchois.

Habillé de métal gris, l’immense site de production et d’embouteillage de Ruoms ne fait guère rêver malgré le nouveau caveau en pierre attenant, Néovinum, et son jardin de la biodiversité évoquant les cépages locaux, la faune et la flore des environs. Le groupement coopératif s’est donc attaché à dénicher un lieu qui deviendrait la vitrine de ses vignerons.

 

Un océan de vignes en propriété partagée

Terra Noé, étendard de la viticulture éco-responsable des Vignerons Ardéchois 1
Le domaine Terra Noé ©DR

Il lorgne alors sur une propriété de 25 hectares d’un seul tenant, fait rare dans la région, située à Rochecolombe près de Vogüé. Rochecolombe appartient au cénacle des plus beaux villages de France. Le domaine, avec ses vignes à perte de vue, est en lisière du parc régional des Monts d’Ardèche et au cœur des gorges de l’Ardèche, à la limite de la garrigue avec vue sur le mont Tanargue.

« À mon arrivée, il y a quatre ans, j’avais été émerveillé par la quiétude de l’endroit, raconte Philippe Dry. Le vignoble valait 400 000 euros mais le propriétaire en demandait un million avec la ferme en mauvais état. C’était un trop gros investissement pour l’union, d’où l’idée de monter une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif – NDLR), baptisée Ardèche Vignobles, en financement participatif, un système qui marche bien en Ardèche. Quelques articles dans la presse ont suffi à récupérer les fonds nécessaires à l’achat et même le double, ce qui a permis de faire des travaux et de créer une deuxième société pour commencer à restaurer la ferme ».

Le vignoble appartient ainsi à 800 sociétaires. Essentiellement des particuliers amoureux de la région par la famille ou les amis. Ils ont pris des parts à 1000 euros pour soutenir le projet d’installation de jeunes vignerons et certains d’entre eux participent même aux vendanges. Leur investissement (défiscalisé à 18%) leur rapporte chaque année 5% en bouteilles de vins et des invitations à participer à des événements spécifiques, en cave ou en vigne.

 

♦ (re)lire : Laurence Berlemont assemble le vin des stars

 

Restaurer vignes, ferme et biodiversité

Les Vignerons Ardéchois font voguer l’aventure Terra Noé 1
Raphaël Deborne ©J.F. ARNAUD

Le domaine baptisé Terra Noé veut être « un navire amiral dans un océan de vignes et y faire renaître la biodiversité tel Noé qui était aussi agriculteur », rappelle Philippe Dry. La SCIC a d’ores et déjà pu acquérir une soixantaine d’hectares. Dont 25 pour Terra Noé, confiés à Raphaël Deborne, spécialiste du bio qui a lancé d’emblée la conversion (la certification est prévue en 2022). Les travaux ont permis d’aménager cette belle ferme du XIXe en pierres de gravettes blanches et basalte noir. Et de construire, en accord avec les Bâtiments de France, un nouveau chai, un caveau et une salle de dégustation, une salle d’événementiel et de réception insonorisée.

Terra Noé, étendard de la viticulture éco-responsable des Vignerons Ardéchois
Église de Sauveplantade©DR

Il est également prévu la restauration des murets en pierre sèche pour accueillir les espèces d’oiseaux migratoires. Mais aussi pour préserver ce magnifique paysage aux abords de l’église romane classée de Sauveplantade à Rochegude, l’une des plus petites de la Chrétienté.

 

Œnotourisme et site-refuge

Un projet œnotouristique est également en réflexion. Une convention a été signée avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) pour que Terra Noé devienne un site refuge. En effet, 37 espèces de papillons y ont déjà été recensés. Un programme de replantation de haies et d’installation de nichoirs à chauve-souris est en cours. Il s’inscrit dans la démarche éco-responsable Ardèche par Nature, initiée en 2016 par la coopérative afin de basculer tout le vignoble en HVE (Haute Valeur Environnementale) d’ici 2025. De nouvelles pratiques telles la biodynamie et la vitiforesterie et des cépages méditerranéens plus résistants à la sécheresse vont également être expérimentées.

Mais l’objectif des Vignerons Ardéchois reste, avant tout, de faciliter l’installation des jeunes pour renouveler la filière viticole et freiner l’hémorragie des coopérateurs (les deux tiers des adhérents ont plus de 65 ans). « Il y a dix ans, on travaillait 7500 à 8000 hectares. Aujourd’hui 6000, s’alarme Philippe Dry. Si on ne fait rien, on risque de perdre 500 ha d’ici cinq ans ». ♦

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