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Plus de français pour mieux inclure les élèves étrangers

Par Agathe Perrier, le 8 décembre 2023

Journaliste

12 enfants de l'école Sévigné font partie du dispositif dédié aux élèves allophones © Agathe Perrier
Depuis la rentrée scolaire, l’école primaire Sévigné, dans le 13e arrondissement de Marseille, propose un dispositif spécial aux élèves allophones, ceux dont la langue maternelle n’est pas le français. Ils peuvent quitter leur classe pendant quelques heures chaque semaine pour justement l’améliorer. Une première dans l’académie pour un établissement privé. 

 

Marseille a gagné 12 772 habitants entre 2013 et 2019 d’après les dernières données de l’Insee. Des Français mais aussi des étrangers, certains par choix, d’autres fuyant un quotidien devenu trop difficile. Avec parfois des enfants, ne parlant pas ou peu correctement la langue de Molière, ce qui constitue un handicap, à l’école notamment. C’est pourquoi, depuis 2012, le gouvernement a créé le dispositif UPE2A, pour « unité pédagogique pour élèves allophones arrivants », en remplacement des classes dites d’initiation (bonus). « L’objectif est d’être un soutien dans leur apprentissage de la langue française et dans leur scolarisation », explique Béatrice Bérenger, enseignante chargée de ce dispositif à l’école Sévigné. Particularité de cette structure du 13e arrondissement de Marseille : c’est un établissement privé.

 

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Les élèves sont dans les mêmes classes que les autres mais, quelques fois par semaine, quittent leurs camarades pour travailler leur français © AP

Du français et uniquement du français

Il existe 72 UPE2A dans l’académie d’Aix-Marseille, dont 42 dans la deuxième ville de France. Mais contrairement aux autres territoires, toutes se trouvaient dans des établissements publics. Jusqu’à ce que l’école Sévigné s’ajoute à la liste à la rentrée de septembre dernier. « Depuis six ans, nous avons de plus en plus d’élèves allophones (ndlr : dont la langue maternelle est une langue étrangère) dans les classes. Les enseignants faisaient au mieux pour les aider mais ne pouvaient pas se focaliser sur leur niveau de français pour les faire progresser », rembobine la directrice, Marie-Agnès Pellerano. Elle a donc monté un projet pédagogique et obtenu l’accord du rectorat pour proposer le dispositif UPE2A à ses élèves de primaire.

Ainsi, depuis le mois de septembre, douze écoliers en profitent. Concrètement, ils sont dans des classes normales mais, plusieurs fois par semaine, quittent leurs camarades pour retrouver Béatrice Bérenger. Sachant que le dispositif, adapté à chaque enfant, ne peut excéder neuf heures hebdomadaires par enfant. « Le maximum actuellement, c’est quatre sessions d’une heure environ », glisse l’enseignante. Au programme pendant ce laps de temps : du français et uniquement du français. Même s’il est parfois rattaché à d’autres matières. « Car le but est aussi de leur donner le vocabulaire dont ils ont besoin en classe », souligne la directrice.

 

 

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Ce lundi de décembre, c’est travail sur les émotions pour un petit groupe de CP-CE1 © AP

Des progrès en seulement trois mois

Ce lundi après-midi de décembre, l’institutrice enchaîne les activités autour des émotions avec un petit groupe de CP-CE1. Par le biais de petits jeux, elle les fait s’exprimer, travailler leur vocabulaire, corrige leurs erreurs. L’interaction et les échanges sont nombreux. L’accent est également mis, lors de cette séance, sur les pronoms, bêtes noires pour beaucoup d’élèves. « C’est l’une des choses les plus compliquées pour ceux dont la langue maternelle ne fait pas de distinction de genre », glisse Béatrice Bérenger.

David, Arménien aux cheveux poil de carotte, inverse souvent « le » et « la ». Mais sait parfaitement quand placer un « wesh ». Preuve que malgré des fautes, il s’est bien acclimaté à sa nouvelle langue. « Rien qu’en trois mois, ils ont progressé et leurs enseignants de classe ordinaire sentent un mieux être. Le fait d’évoluer en petit groupe me permet de les titiller individuellement sur ce qui est plus compliqué pour chacun d’eux », apprécie-t-elle.

Une fois leur niveau de français suffisamment correct aux yeux de l’enseignante, ils pourront quitter le dispositif. « Le but est qu’ils en sortent et non pas qu’ils y restent des années », indique-t-elle. En théorie, ils y ont droit pour un an maximum.

 

 

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L’association gestionnaire de l’école Sévigné prend en charge tout ou partie des frais de scolarité et de cantine d’une dizaine de familles © AP

Casser les préjugés

En revanche, les douze élèves de l’UPE2Ainscrits à Sévigné ne vivent pas tous dans les mêmes conditions. « Certains sont issus de pays et d’origines sociales favorisées, des États-Unis par exemple. D’autres de familles plus défavorisées, voire en grande précarité, comme des réfugiés d’Irak, d’Ukraine, d’Arménie. Ce dispositif participe à améliorer encore un peu la mixité dans notre établissement », expose Marie-Agnès Pellerano.

Les familles les plus modestes ont leurs frais de scolarité et de cantine pris en charge pour tout ou partie par l’association gestionnaire de l’école. Et les élèves allophones ne sont pas les seuls à profiter de ce soutien financier. Au total, une dizaine de familles du primaire, sur les 393 élèves inscrits, en bénéficient. Catholiques ou non. « On prend toutes les familles motivées par notre projet, c’est-à-dire une éducation globale ouverte sur la solidarité et la spiritualité », précise-t-elle. De quoi tordre le cou à certaines idées reçues sur les établissements privés, même si tous ne fonctionnent pas sur ce modèle. ♦

 

*La Fondation de France Méditerranée parraine la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

Bonus 

[pour les abonnés] – Avant l’UPE2A, les CLIN – Un dispositif ouvert aux collégiens – Dans le public, les enseignants d’UPE2A en colère –

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