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[Série] Comment éviter de s’entre-tuer #1 les enfants

Par Marie Le Marois

Journaliste

#gérerlapromiscuité. Pas facile de vivre confinés. Même avec la meilleure volonté du monde, il arrive que la quiétude du foyer tourne au pugilat. Les angelots se transforment en monstres colériques et les parents, en ogres irascibles. Pour que la fable ne vire pas en bain de sang et ayant moi-même peine à supporter mes quatre garçons, je suis partie en quête d’outils pour faire descendre la pression. Et de consultations parentales en ligne pour déposer son désarroi.

Le premier jour du confinement, l’ambiance était plutôt joyeuse à la maison. Enfin, nous allions pouvoir nous adonner à des parties de carte, dames et devinettes débiles. Le deuxième jour, j’ai même cédé à l’appel du Monopoly que j’avais jusqu’à présent réussi à éviter. Le troisième jour, j’ai regardé l’horrible interro de physique de mon collégien avant d’abandonner au bout de deux secondes, comme tous les devoirs, jusqu’à la fin du confinement. Idem pour les écrans et l’état des chambres, j’ai lâché mes principes éducatifs. Je préfère être mère indigne que mère hystérique.

 

Pétage de plomb au bout du quatrième jour

[Série #gérerlapromiscuité] : comment éviter de ‘’s’entre-tuer’’ en famille 6Ces décisions n’ont hélas pas suffi. Le quatrième jour, j’ai hurlé quand mes testostérones sur pattes ont troublé ma précieuse séance de yoga live. Le pompon s’est produit ce week-end. Plus de repères, plus de devoirs, plus de skype avec les profs, mes enfants se sont ventousés à leurs écrans. Avachis sur leur lit, encore en pyjama à 14 h, la chambre en foutoir. Et c’est parti en vrille. Le petit de 14 ans s’est battu avec le grand de 17, les deux autres se sont mis à hurler et je me suis pris les manches du diabolo sur la tête. Plus personne n’arrivait à se contenir, moi comprise. J’ai même vociféré les mêmes insultes que mes fils (et ce n’était pas joli joli). Avec le confinement, je suis devenue tellement susceptible et impulsive que je n’arrive plus à communiquer correctement avec mes enfants. Et dire que certains connaissent les bienfaits du confinement – recentrage de la famille, rapprochement parents-enfants… -vantés sur les réseaux sociaux

 

Écouter son désarroi

Toute situation est incomparable, bien sûr. Être entassés à six dans un 35 m² est bien pire que dans une maison avec jardin. La première semaine, Sara, maman solo de trois garçons qui vit en HLM, a bien cru qu’elle allait péter les plombs. « On ne se supportait plus. Mon aîné était infect, les deux petits criaient, se tapaient. Aujourd‘hui, ça va mieux, car on a tous compris qu’on n’avait pas le choix et qu’il fallait accepter la situation ». Et que dire des foyers où l’un des parents a un boulot anxiogène ? « Chacun vit son expérience à sa mesure et à la mesure de son engagement. Être sur le terrain chaque jour à soutenir l’urgence et la souffrance dans des conditions extrêmes difficiles est un autre confinement que celui d’une famille unie vivant dans un espace confortable. Travailler tous les jours à l’hôpital peut exiger de grandes apnées, voire de grandes colères, pour ne pas s’effondrer », souligne la psychothérapeute Florence Rostand*. Mais elle insiste : « culpabiliser n’aide en rien. S’auto-juger non plus. Chacun fait ce qu’il peut, avec ses propres souffrances, ses peurs et ses cadeaux. Le plus important est de s’accueillir là où l’on est ».

 

Être le plus possible en paix

Avec le confinement et l’impossibilité de nous échapper dehors, « nous avons l’obligation de revenir dedans, et donc dans ‘’notre dedans’’ ». Ce dedans – notre état intérieur – peut être malmené par le confinement : promiscuité, échappatoires compliqués, avenir incertain, perte de ses repères, changement de ses habitudes, inconnu sur sa santé. Autant de sources de stress, voire d’angoisse. « L’inquiétude et l’incertitude sont présentes pour tout le monde, en sourdine ou dévorantes selon le contexte, insiste la psychothérapeute. Pour ne pas se laisser embarquer et submerger par l’émotion individuelle et collective, il est important d’être le plus en paix possible avec soi. La relation à l’autre s’en fera ressentir, elle sera peut-être plus fluide et moins réactive ».

 

Revenir dans son corps

[Série #gérerlapromiscuité] : comment éviter de ‘’s’entre-tuer’’ en famille 4Selon Florence Rostand, pour être en paix avec soi-même, le retour au corps est une des voies possibles. « Écouter et accueillir ce qui me parle dans l’instant – la tension au niveau de mon plexus, l’émotion négative qui m’oppresse… -. Je me pose et respire dedans. Une émotion dure quelques secondes, si on lui laisse la place pour circuler, elle va circuler ». Concrètement, si mon fils hurle ? Soit j’arrive à laisser passer, soit je hurle à mon tour. Pour ne pas laisser ce débordement prendre toute sa place, je lui explique que je suis fatiguée, que j’ai peur, que suis à fleur de peau en ce moment, que son comportement m’a blessée… et je reviens en moi.

 

Écouter ses enfants

On a tendance à l’oublier (moi la première) : nos enfants souffrent aussi de cette situation, parfois plus, parfois pour d’autres raisons (impossibilité de voir les copains, d’aller au skate parc…). À nous, parents, d’apaiser la relation, de faire attention à l’autre, d’écouter ses peurs et ses besoins. ♦

*Florence Rostand propose des consultations en ligne selon son emploi du temps, contact par mail : florencerostand@orange.fr
[Focus] Les outils pour éviter de s’entre-tuer, avec deux expertes marseillaises
  • [Série #gérerlapromiscuité] : comment éviter de ‘’s’entre-tuer’’ en familleSophie Le Millour, sophrologue et créatrice des ateliers La Bulle des Émotions. Elle propose des ateliers en ligne gratuits tous les jours pour enfants, ados et adultes animés par les sophrologues formées à La Bulle des Émotions (lire ou relire l’article dans Marcelle ici). Tous les jours sont proposés également sur la page Facebook des exercices gratuits de sophrologie.

1/ Méditation de 5 min le matin : le principe est simple, pas besoin d’être expert en méditation. Vous vous asseyez confortablement dans un endroit calme ou même au réveil allongé dans votre lit. Les yeux fermés, vous vous concentrez sur l’extérieur avant de vous recentrer sur vous. Pour cela, vous portez votre attention sur les sons les plus lointains… Puis les sons de la pièce…. et enfin le son de votre propre respiration. Vous observez les mouvements de votre poitrine, ventre, dos et vos épaules… Vous sentez l’air frais au bord des narines à l’inspiration, le souffle plus tiède à l’expiration… Concentrez-vous de cette manière sur votre respiration et si une pensée parasite arrive, accueillez-là et laissez-là passer, sans forcer. Idéal pour se recentrer et être calme.

[Série #gérerlapromiscuité] : comment éviter de ‘’s’entre-tuer’’ en famille 32/ Baromètre à émotions à faire en famille : l’idée est de reconnaître son émotion et de l’indiquer sur le document préalablement téléchargé ici. Tous les membres de la famille font de même. Identifier ainsi votre émotion celle des autres permet de mieux vous comprendre et donc mieux vivre ensemble. « Pour bien utiliser le document, nous l’avons plastifié et mis notre photo avec de la patafix dans l’émotion concernée ».

3/ Sacs-poubelle émotionnels. Il est normal de se mettre en colère, d’être triste et d’avoir peur, particulièrement en ce moment (tristesse liée à l’enfermement, peur de l’avenir, de la maladie, de l’inconnu…) Une fois cette émotion accueillie, on peut en atténuer les sensations désagréables. Voici un exercice pour l’évacuer : les sacs-poubelle émotionnels. On imagine deux sacs-poubelle à nos pieds. On prend le temps de mettre à l’intérieur tout ce qui nous dérange à cet instant. On inspire profondément en fermant les poings comme pour attraper les sacs poubelle. Respiration bloquée, on secoue les épaules de haut en bas comme pour secouer les sacs et on souffle fortement en ouvrant les mains comme pour jeter les sacs poubelle. A faire au moins 3 fois.

4/ La bulle de calme : pour se protéger des émotions qui ne nous appartiennent pas ou tout simplement s’apaiser quelques instants, on ferme les yeux et on imagine une bulle autour de soi… On lui donne une couleur, une texture, une odeur, un son… Mettre dans cette bulle tout ce qui nous fait du bien… Si c’est trop difficile à visualiser, on peut simplement se connecter à un endroit où l’on se sent bien (la mer, la montagne, la campagne, la forêt…). Puis, pour rendre plus réaliste cette bulle, on fait des rotations avec le buste, les bras détendus, comme pour la dessiner autour de soi.

5/ La CNV (Communication Non Violente) : Savoir communiquer en période de confinement est indispensable ! Pour éviter quiproquos, malentendus et vexations de tout genre, adoptons la CNV. On part de soi, de ce que l’on ressent pour faire des demandes claires sans que l’autre se sente accusé ou jugé. On utilise le ‘’je’’ au lieu du ‘’tu’’ (le ‘’tu’’ tue) : « je me sens en colère » plutôt que « tu me mets en colère ».

Observation : ce que je vois

Émotion : ce que je ressens

Besoin : ce dont j’ai besoin

Demande : ce que je voudrais

Par exemple, avec mon enfant qui court partout dans la maison : « Quand je te vois courir de cette façon-là, j’ai peur. J’ai peur que tu te fasses mal et j’ai besoin de te sentir en sécurité. Peux-tu stp jouer plus calmement ? »

 

Tous les soirs, pendant 30 minutes, elle nous offre une méditation guidée. Un moment pour nous poser, nous reposer. Un moment pour nous installer dans le moment présent. Un moment pour entrer en contact avec nous. L’idée est de laisser passer pensées, brouhaha intérieur, agitation, tensions, émotions et de les laisser se dissoudre. De nous installer dans notre respiration et le silence. De nous offrir une bulle de temps qui peu à peu devient de plus en plus large. Ce moment nous permet de revenir à une action plus juste et moins dictée par notre mental.

Si vous êtes à cran, que vous avez besoin de déposer votre détresse, Cogito’Z fondé par Jeanne-Siaud Facchin propose une hotline psychologique gratuite ouverte à tous : 0 805 822 810. Et un rendez-vous quotidien en direct sur Facebook, sur la page de Cogito’Z, avec Jeanne Siaud-Facchin ou son équipe de 14h30 à 15h30. Le thème de ce mercredi était ‘’la confiance en soi et comment mobiliser toutes nos ressources et celles de nos enfants dans cette période troublée’’. Il était animé par Catherine Zobouyan, Docteur Psychologue, Directrice Cogito’Z Paris.

Pour mieux trouver ce temps de respiration, il est important de définir et d’équilibrer dans sa journée les temps consacrés à soi, à sa famille, aux devoirs, au télétravail s’il a lieu et aux autres.

 

Bonus

  • Confinement en famille : les conseils du service de psychiatrie infanto-juvénile des Hôpitaux Universitaires de Marseille ici.

 

  • SOS Parentalité : Le réseau Parentalité Créative met en place un service d’écoute pour tous les parents. Composez le 0974 763 963, 15 minutes pour relâcher la pression, un service anonyme et gratuit (appel non-surtaxé), du lundi au samedi de 8h à 12h et les mercredis et vendredis de 20h à 22h

A l’occasion de la Journée de la Non-Violence Éducative du 30 avril et suite à l’annulation des événements initialement organisés sur tout le territoire, des consultant.e.s en parentalité du réseau seront en direct chaque jour jusqu’au 30 avril, sur ce groupe, pour discuter et intervenir sur différents thèmes.

  • Selon une étude BVA du 25 mars, une fois le week-end passé et après plus d’une semaine dans cette situation, les difficultés du quotidien reprennent le dessus pour les parents en télétravail. C’est le seul indicateur qui se détériore aussi nettement : 43% éprouvent des difficultés à gérer la situation (+7 points depuis le 24), un niveau plus élevé que celui observé lors de la première semaine de confinement. Les femmes sont un peu plus nombreuse que les hommes (46% contre 40%) à faire part de leurs difficultés dans ce domaine.

Pour autant, pour l’instant, l’ambiance au sein du foyer n’est pas un souci pour la majorité des Français (75% ; +1 pt, sont confiants sur ce sujet) mais l’inquiétude est plus marquée chez ceux qui ont des enfants de moins de 18 ans (26% contre 21% en moyenne). ♦