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La crise les place en première ligne #3

Par Olivier Martocq, le 12 juin 2020

Journaliste

[Série] Au-delà des entreprises sans lien direct avec la santé qui ont bénéficié par ricochet de ce contexte inédit #1. De celles qui se sont réinventées pour continuer à exister #2. Pour ce troisième volet, focus sur ceux qui essaient d’en limiter l’impact en apportant leurs compétences : les experts-comptables, avec Lionel Canesi, et le Medef local, avec Philippe Korcia.

Récession historique, chômage massif, déficit record, dette exponentielle, valse des milliards, trois révisions budgétaires en trois mois… En dehors des spécialistes – qui, comme pour les médecins sur la pandémie, ont des avis différents voire contraires -, il est très difficile d’appréhender ce qui se profile dans les régions. Parole donc à ceux qui, les mains dans le cambouis, apportent de par leurs fonctions une analyse et une aide quotidienne au tissu économique locale.

 

Philippe Korcia : « Pour l’instant c’est l’État qui nous perfuse ! »
La crise ne les a pas impactés… au contraire ! #3 1
Philippe Korcia, président de l’UPE13

Élu Président de l’Union patronale des Bouches-du-Rhône (UPE13) le 28 mai dernier, encore président de l’URSSAF PACA, il porte cette double casquette qui lui permet de faire une analyse précise de la situation économique locale. « L’État a pris la mesure de la crise, d’où les prêts garantis aux entreprises (PGE), l’instruction donnée aux banques de décaler les remboursements de crédits et, bien sûr, le chômage partiel ». La fin du confinement l’inquiète car dans un des secteurs essentiels pour la région, le tourisme (soit 13% du produit intérieur brut du territoire) ne repart pas, alors qu’il impacte restauration, hôtellerie, transports, agences de voyage, camping, nautisme…

Dans l’industrie, trop souvent passée sous silence alors qu’elle génère dans le département plus de 80 000 emplois, les entités comme Arcelor ou Airbus tournent encore à 50%. « Mais le vrai risque concerne notre tissu de PME et TPE, les 110 000 entreprises de moins de 20 salariés. 25 000 d’entre elles sont sous la menace d’une procédure de dépôt de bilan ».

 

L’État doit pousser la logique jusqu’au bout 

Les tribunaux de commerce vont très fortement inciter à la conciliation entre créanciers et débiteurs, pour éviter la faillite des entreprises et trouver des solutions. Y compris en s’appuyant sur les banques et des garanties de l’État. « C’est la piste qui permet de sauvegarder l’outil de travail et l’emploi. Mais il faut aller plus loin. Il faut que l’État accompagne ce plan d’exonérations de charges. Et pas de report. Mais aussi octroie des PGE sur du plus long terme. Et envisage le chômage partiel, là encore comme un outil de sauvegarde sur une longue durée dans les secteurs qui mettent du temps à se relancer ». Et Philippe Korcia de révéler un chiffre qui explique l’enjeu : « Le report des charges sociales se monte déjà à 1,2 milliard d’euros sur la région. Fixer des délais de 36 mois pour les rembourser alors que les marges des entreprises sont de 2 à 3% net du chiffre d’affaire est irréaliste ».

Es qualité de président de l’UPE13, Philippe Korcia propose à l’État une autre vision sur ce dossier. Moins technocratique, plus pragmatique : « Les PGE à 90% garantis par l’État et 10% par les banques montent en haut de bilan et se transforment en investissement dans les entreprises ». Il s’agit d’une révolution conceptuelle et financière de la part du patronat qui acterait, de fait, une rupture avec le monde d’avant.

 

Lionel Canesi : « Depuis le 17 mars, on travaille à 200% ! »

La crise a eu un impact direct pour les experts-comptables. Ils se sont retrouvés au cœur du maelström. Première tâche : analyser les textes et décrets qui sortaient pratiquement chaque jour à destination des entreprises. « Il y a même eu des décrets qui sortaient à 10 heures et étaient invalidés à 14 », explique le président de l’ordre des experts-comptables Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Notre travail a consisté à analyser toutes ces mesures pour pouvoir appliquer à nos clients celles qui étaient susceptibles de les aider à traverser la crise. Et bien sûr ce n’est pas terminé ». Report de charge, report d’impôts, activité partielle, prêts différents selon les secteurs et tailles des entreprises, aides remboursables : la haute fonction publique a fait preuve d’imagination dans cette crise. Les experts-comptables ont dû défricher dans l’urgence tout ce maquis pour appliquer les mesures les plus appropriées à leurs clients. À ce travail inédit s’ajoutaient les affaires courantes, avec l’établissement des bilans. « Tout s’est cumulé. Moi je commençais à travailler avec le lever du soleil. Et la lune était déjà bien haute quand je pliais bagage et quittais le cabinet ».

 

On a sauvé toutes les entreprises durant le confinement !
La crise ne les a pas impactés… au contraire ! #3 2
Lionel Canesi, président de l’ordre des experts-comptables PACA

C’est vrai sur le papier, car durant cette période les tribunaux de commerce ont été fermés. Mais au-delà de ce slogan, Lionel Canesi est persuadé que le travail de sa profession a porté ses fruits. Tout ce qui pouvait être fait pour accompagner les entreprises l’a été. Le problème c’est la reprise. La France a été mise sous cloche durant deux mois. L’outil industriel, marchand mais aussi les services ont été préservés dans leur grande majorité. Maintenant c’est l’inconnu. On ne sait pas ce qui va repartir comme avant et ce qui va rester à l’arrêt ni surtout combien de temps.

Les entreprises qui ont perdu un peu d’activité s’en sortiront sans difficulté grâce aux mécanismes d’aide enclenchés. Pour celles qui ont perdu beaucoup de chiffre d’affaires, le prêt garanti par l’État doit permettre de rembourser sur 5 ans avec un différé d’un an. La proposition de l’UPE13 rend cette mesure encore plus efficace. Reste toutes les structures qui ont été fermées : « Un restaurateur quand il va ouvrir il aura une perte sèche irrattrapable. On ne va pas aller manger 5 fois par jour au restaurant ». C’est ce tissu économique qui inquiète Lionel Canesi. 

Le bas de laine des classes moyennes et supérieures est au plus haut. Pour Lionel Canesi, le consommateur doit donc être acteur de la reprise : « Les citoyens, nous tous, pouvons donner un coup de pouce en consommant plus et local. » Jouer la carte de la proximité pourrait permettre de sauver toutes ces petites entreprises qui composent l’essentiel du tissu économique local. « Et c’est toute l’économie du territoire qui repartira ».

 

Un e-congrès monté en 4 semaines 
La crise les place en première ligne #3
Exemple de e-congrès avec celui consacré à la santé animale

Le congrès national du syndicat des experts-comptables de France (ECF) qui devait se tenir à Marseille le 22 juin n’a pas été repoussé. Il se tiendra à cette date, mais en virtuel. Un site internet a été créé à cette fin, qui reprend la configuration habituelle de ce type de manifestation. Accueil et inscription des participants. Puis direction « one clic » vers ce qui les intéresse : assemblée plénière, tables rondes, ateliers de formation, village et stands partenaires etc… La visio-conférence prend ensuite le relais : « On s’est mis en mode commando pour réaliser ce qui est le temps fort de la profession, surtout en ce moment où tant de questions nous sont posées », se félicite Jean-Luc Flabeau le président d’ECF. La technologie a tellement évolué que ce type de congrès se déroule désormais dans un monde virtuel en 3D qui rappelle le rendu au niveau des facilités de parcours et du rendu image des jeux vidéo les plus sophistiqués. Les participants pourront échanger en direct toute la journée en B to B ou au sein de groupes plus importants. Ce type de congrès regroupe en général 600 participants. En version numérique, ils pourraient être des milliers. Assister depuis son canapé à une assemblée plénière ou un débat sur l’écran de sa télévision est loin d’être désagréable. S’entretenir avec un formateur ou un client en visio-conférence permet d’aller directement au but. Analyse et retour d’expérience fin juin ♦

 

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