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La consigne du verre se réimplante doucement en Provence

Par Agathe Perrier

Journaliste

Photo DR

[au fait !] Plus de 30 000 bouteilles de vin en verre ont été sauvées de la casse en 2019. L’objectif d’Ecoscience Provence, l’association à l’initiative du retour de la consigne sur le territoire, est maintenant de multiplier ce chiffre par 30 et de relocaliser le lavage sur les terres provençales.

 

Depuis décembre 2018, la consigne a ressurgi en Provence. Elle s’est d’abord implantée au domaine viticole La Marseillaise dans le Var, avec environ 3 000 bouteilles ramenées, nettoyées et remises en circulation (relire notre reportage ici). Un peu plus d’un an et demi après, deux autres vignobles ont rejoint l’aventure. Et les chiffres ont été multipliés par 10. « On a lavé entre 30 000 et 35 000 bouteilles sur l’année 2019 », se réjouit Marion Leclerc, chargée de communication au sein de l’association Ecoscience Provence, qui encadre le dispositif La consigne de Provence. « Cela nous convient mais notre ambition est de faire bien plus », ajoute-t-elle. Car de cette augmentation dépend un projet qui tient particulièrement à cœur à l’équipe : ouvrir un centre de lavage en Provence.

 

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© DR
De la Bourgogne à la Drôme jusqu’à la Provence

Dans les premiers mois du retour de la consigne en Provence, les bouteilles collectées étaient envoyées en Bourgogne pour être lavées. Une solution loin d’être optimale mais imposée à l’association. Car les centres de nettoyage ont fermé les uns après les autres lorsque la consigne a commencé à décliner en France dans les années 1980, avant de disparaître une dizaine d’années plus tard. « Notre nouveau centre de lavage est désormais plus près, dans la Drôme. Une association qui a remis la consigne en place dans cette région s’est rapprochée d’un brasseur local pour y installer une laveuse ».

Mais l’objectif d’Ecoscience Provence est d’ouvrir son propre centre de nettoyage sur les terres provençales. « Nous n’avons pas le volume nécessaire actuellement. Il faudrait au moins un million de bouteilles, car nous voulons que le travail soit assuré par une équipe tournante. Grâce à la laveuse de la Drôme, on a pu expérimenter une ligne de lavage de bout en bout. On s’est alors rendu compte de la pénibilité des tâches quand elles sont accomplies par des personnes fixes. L’humain est aussi au cœur du projet », souligne Marion Leclerc.

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La laveuse située dans la Drôme © DR
Multiplier les sources de collecte

Pour augmenter le volume de bouteilles, l’association démarche les domaines viticoles. Elle est contactée par nombre d’entre eux, désireux de passer à la consigne. Il faut néanmoins du temps pour que ces acteurs entrent dans la boucle, ce qui explique qu’ils ne soient que trois pour l’instant. Ecoscience Provence va en parallèle démarrer la collecte de bouteilles de bière en verre auprès des microbrasseries du territoire. L’Aquae Malta, installée à Aix-en-Provence, servira d’ailleurs de pilote afin de mener l’expérimentation qui nécessitera quelques ajustements, dus notamment à la taille des bouteilles.

L’association a aussi pour projet d’installer un kiosque de collecte sur le parking d’un supermarché du Centre Var. Chacun pourra y rapporter tous ses contenants en verre. Le kiosque se chargera lui-même de faire le tri entre les bouteilles et pots consignés et ceux à recycler. En contrepartie, le consommateur obtiendra un bon d’achat à utiliser dans le supermarché. Le lancement de ce projet dépend d’une subvention à laquelle Ecoscience Provence a candidaté à l’été 2019 et dont les attributions devraient bientôt être dévoilées.

En attendant, la collecte dans les trois domaines déjà partenaires se poursuit via un prestataire externe. Pour rappel, 40 millions de bouteilles sont produites et consommées chaque année sur le territoire, d’après les chiffres de l’association.

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Bonus : La loi prévoit le retour de la consigne… du plastique –  Les Français favorables à la consigne du plastique – Quid du verre ?

  • La loi prévoit la mise en place de la consigne… pour les bouteilles plastiques. Adoptée en janvier 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoit d’introduire « une consigne mixte pour recyclage et réemploi » des bouteilles en plastique, « au terme d’un bilan d’étape de la simplification des règles de tri qui sera réalisé en 2023 sur les résultats de 2022 ». Rien à propos de la consigne en verre. De nombreuses voix se sont manifestées contre cette mesure. Dont celle d’Ecoscience Provence. « Nous n’y sommes pas du tout favorables. On considère que c’est en quelque sorte inciter les consommateurs à acheter des bouteilles en plastique en leur assurant qu’elles seront réutilisées. Or, cela suppose de réutiliser de la matière première. Ce n’est pas une solution durable », tacle Marion Leclerc.

 

  • 9 Français sur 10 favorables à la consigne des bouteilles en plastique. Une étude Ipsos pour BRF publiée en septembre 2019 révèle que la consigne pour recyclage des emballages boissons rencontre un soutien massif chez les Français. Ils sont presque 9 sur 10 à être favorables à son instauration. 92% d’entre eux déclarent également être prêts à ramener leurs emballages en points de collecte. Les détails en cliquant ici.
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  • Quid du verre ? L’instauration de la consigne en verre fait cependant partie des 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat de juin 2020 (une assemblée de 150 Français qui a planché pendant neuf mois sur l’élaboration d’une série de mesures dans le but d’atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990). Des propositions qu’Emmanuel Macron s’est engagé à mettre en œuvre au plus tard en septembre prochain.

 

  • À (re)lire : notre reportage « Un retour de la consigne pour les vins de Provence ? » publié en février 2019 en cliquant ici.

Un retour de la consigne pour les vins de Provence ?