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Nettoyage du Vieux-Port de Marseille en mode High Tech !

Par Olivier Martocq

Journaliste

Photo Alexis Rosenfeld

[parrainé] En temps normal, l’opération de nettoyage annuelle du Vieux-Port mobilisait des centaines de bénévoles. Mais, Covid oblige, c’est un nouveau concept qui a été testé dans le premier bassin, sous le Palais du Pharo. Des drones sous-marins ont cartographié les déchets présents au fond de l’eau. Puis ont filmé le plongeur/éboueur avec une retransmission en direct sur YouTube pour les écoles de la ville.

À 10 heures, au moment du coup d’envoi de la retransmission, les équipes de Notilo Plus n’en mènent pas large. Le mistral soufflant à 80 kilomètres/heure, il a fallu abandonner le quai et se replier sur le club house de l’Union Nautique Marseillaise. La connexion wifi avec la bouée émettrice qui relaie les images sous-marines prises par les drones est en limite de distance. Quand les premières apparaissent, elles sont pixélisées, puis l’écran affiche un gris vert uniforme. Après un rapide conciliabule avec ses ingénieurs, Nicolas Gambini le président de la start-up marseillo-lyonnaise ne se démonte pas : « C’est ce que voit actuellement le plongeur. L’eau est trouble à cause du vent mais aussi de la vase qui est remuée ».

Nettoyage du Vieux-Port de Marseille en mode High Tech ! 2Dans la vaste salle, devant l’écran de télévision, Michelle Rubirola, la maire de Marseille, reste stoïque. C’est elle qui a émis l’idée d’associer les écoles de Marseille puisque l’opération était relayée en direct sur les réseaux sociaux. À ses côtés, Sophie Camard, la maire du secteur, explique comme pour rassurer l’assistance que c’est bien ce que l’on voit quand on plonge dans le Vieux-Port, ce qu’elle a fait lors d’une édition précédente. « La visibilité est nulle. Dès que l’on soulève un objet, la vase – la couche ferait six mètres d’épaisseur – nous entoure ». Soudain l’image s’éclaircit. Le plongeur apparaît dans le cadre.

 

Révolution technologique ET pédagogique !

Nettoyage du Vieux-Port de Marseille en mode High Tech ! 3Romain le plongeur est allé directement sur les premiers objets repérés par les drones qui ont au préalable cartographié des « cibles déchets » en faisant le tour du bassin. Une opération délicate en raison des 230 bateaux amarrés. Autant de chaînes à éviter. Les drones mis au point par Notilo Plus (relire notre article sur cette sentinelle des mers) peuvent être équipés à la demande de tous types de capteurs, appareils photo ou caméras. Y compris thermiques. Ce qui permet de repérer de très petits déchets. Pendant que le plongeur remplit son filet à provisions de détritus multiples et variés, Nicolas Gambini se transforme en un Nicolas Hulot, période Ushuaïa, pour décrire ce que l’on voit sur les images aux enfants qui suivent l’opération depuis leurs salles de classe.

 

Intéresser les élèves

124 écoles étaient connectées durant le live. La séquence, toujours consultable sur YouTube, avait enregistré un tiers de connexion en plus à la fin de l’après-midi. Dans la salle un panel d’élèves du Team 13 -une organisation de jeunes bénévoles qui participent à des opérations liées à l’environnement. Ils sont là pour poser des questions. Marie-Louise, en classe de 6e, se lance. Elle est surprise parce que le plongeur vient de ramasser un pot de yaourt en plastique. Le dialogue s’instaure entre les élèves et les spécialistes Christine Leuthy-Molina de Citeo, Laurent Debas de l’ONG Planète Mer ou encore Isabelle Gérente, à l’origine du dispositif D’Rain qui récupère les micro-déchets à la sortie des collecteurs, avant qu’ils ne soient rejetés en mer (lire ou relire notre article). « Ce qui est jeté dans la rue, peut se retrouver en mer à cause de la pluie ou du vent. 90% des déchets proviennent de la ville. En ce moment les masques sont la plus grande source de pollution ».

Dupliquer ce modèle !
Nettoyage du Vieux-Port de Marseille en mode High Tech ! 4
Précédant la plongée, une cartographie des déchets.

Michel Lamberti, le président des Sociétés Nautiques des Bouches-du-Rhône peut enfin pousser un ouf de soulagement. Lui qui a initié et pilote depuis 2016 le nettoyage du Vieux-Port a réussi l’édition 2020. L’opération montée en 15 jours a atteint ses objectifs. Surtout, associé à NEEDE (structure qui préfigure la future fondation pour la Méditerranée et sera installée en 2022 à Marseille, Nice ou Aix), il va modéliser le concept testé grandeur nature ce jeudi. L’idée est qu’il soit duplicable dans tous les ports de la grande bleue. Une opération livrée clé en main, facilement transposable, qui permettra partout d’associer opérateurs publics, privés, et bénévoles. Mais aussi de faire de la pédagogie en s’adressant aux élèves et aux étudiants ou aux habitants du quartier et aux plaisanciers. À Marseille, l’édition 2021 devrait amener chaque société ou club nautique du littoral, de l’Estaque à la Madrague de Montredon, à cartographier ses fonds et cibler les déchets qui s’y trouvent. Puis le grand jour, à organiser la collecte autour d’un évènement festif, comme une sardinade. La Covid vient d’obliger une manifestation à se réinventer ! ♦

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