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D’un bac pro jusqu’aux portes de Polytechnique

Par Agathe Perrier

Journaliste

Défilé du 14 juillet 2019 pour les élèves de l'Ecole polytechnique - promotion 2018 / X18 © Flickr - École polytechnique - J.Barande

À 21 ans, Hans vient d’intégrer l’une des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs françaises : Polytechnique. Comme 560 autres étudiants me direz-vous. Mais à l’issue d’un parcours pour le moins atypique : pas de bac général scientifique en poche mais un bac pro électronique. S’il a bien suivi une prépa ensuite, seules deux places étaient offertes aux étudiants de sa filière. Et il en a décroché une ! Un exploit ? Peut-être, mais surtout beaucoup de travail et de sérieux pour en arriver là.

 

0,15%. C’est le pourcentage de chance d’intégrer Polytechnique qu’avait Hans au moment de passer les concours d’entrée aux grandes écoles d’ingénieurs. Car, sur les 560 places en première année de l’«X » comme on la surnomme (bonus), deux seulement sont réservées aux élèves issus d’une prépa TSI (technologie et science de l’ingénieur) comme la sienne. Deux places pour 1 300 étudiants dans toute la France. En occuper une est déjà une sacrée performance. A fortiori quand on vient d’une filière pro.

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Source : Polytechnique © Agathe Perrier
Bac pro et après ?

L’histoire de Hans rappelle celle de nombreux collégiens : des capacités mais peu de motivation à travailler. La faute à qui, à quoi ? On se gardera bien de tout commentaire ici. Reste que l’école, ce n’était pas vraiment le truc de ce jeune Agenais. Il choisit donc la voie professionnelle au sortir de la 3e, alors que son 12 de moyenne lui ouvrait la porte d’un lycée général.

Hans obtient un bac en système électronique numérique sans difficulté, assorti de bonnes notes et appréciations. Plutôt que de chercher directement un emploi, il opte pour la poursuite d’études. Si la majorité des diplômés de son cursus partent vers un BTS, pas lui. « C’est assez casse-gueule pour les élèves qui viennent de bac pro d’aller directement vers un DUT ou ce genre d’études. Beaucoup se ratent car le niveau et le rythme sont bien plus élevés ». Lucide, le jeune homme préfère choisir la « sécurité » avec la CPES du lycée Antonin-Artaud à Marseille.

Je vous ai parlé il y a presque deux ans de cette Classe préparatoire aux études supérieures. Il s’agit d’une année de remise à niveau pour permettre aux élèves de postuler ensuite à n’importe quel diplôme, y compris dans la filière générale. Cette section est d’ailleurs la seule de France ouverte seulement aux bacs pro. Elle est dotée d’une quinzaine de places, accessibles sur dossier et après entretien. Hans décroche sa place et quitte son sud-ouest pour la Cité Phocéenne à la rentrée 2017.

 

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Hans (à gauche) lors d’un débat avec un camarade de la CPES du lycée Artaud © DR
Une CPES qui fait la différence en prépa

Comme lui, 7 à 8 camarades ont intégré la CPES dans l’idée d’accéder à une classe préparatoire aux grandes écoles spécialité TSI. Quatre ont finalement été reçus. Et c’est en se comparant aux autres élèves de sa promo – dont la très grande majorité vient d’un bac STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable, ex STI) – qu’Hans s’est pleinement rendu compte des atouts de la CPES. « Beaucoup d’élèves de STI n’ont pas réussi à s’adapter au rythme de la prépa car la charge de travail était très lourde par rapport à leur terminale. Grâce à la CPES, on était au contraire plus préparés à affronter la difficulté», confie le jeune homme.

En plus d’aider à la transition vers le rythme soutenu de la prépa, le contenu même des cours de la CPES a été un plus pour Hans. Que ce soit en maths, physique ou sciences de l’ingénieur, une partie des programmes correspondait à ceux de la TSI. L’étudiant est donc arrivé avec un sérieux bagage de connaissances scientifiques… mais aussi littéraires. Car français, anglais, philosophie font partie du lot de cours de la CPES. Et se révèlent bien utiles. « Je n’avais jamais fait de philo et ça m’a permis de mieux structurer mes écrits. Quant au français, le prof nous faisait les mêmes cours qu’à ses prépa pour nous entraîner à l’épreuve très codée du concours », glisse Hans. Tant et si bien qu’il se classe premier de sa promotion TSI. Il est loin le temps où le jeune collégien traînait des pieds à l’idée d’étudier…

 

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Accueil de l’Ecole polytechnique © Flickr – École polytechnique – J.Barande
Et pourquoi pas Polytechnique ?

C’est pendant ses années de prépa qu’Hans commence à réfléchir à la suite. Tenter Polytechnique lui traverse alors l’esprit. « Je me disais qu’il y avait moyen et qu’il ne fallait rien lâcher »,se souvient-il. Travail, sérieux, rigueur. Il s’oblige à une discipline stricte afin de se préparer au mieux aux concours d’entrée aux grandes écoles. Son plus grand ennemi : le stress. Qu’il parvient à contrôler pour terminer ses épreuves sans déception, même plutôt satisfait de lui.

Quand les résultats tombent, il a le choix du roi : une quinzaine d’écoles lui ouvrent leurs portes. Dont Polytechnique. « J’étais super content », commente-t-il pudiquement. Et comment ne pas l’être, surtout quand seulement deux élèves de prépa TSI à travers la France ont cette opportunité ? Une particularité qui a généré un peu d’appréhension à l’approche de la rentrée scolaire. « J’avais peur d’être méprisé, que certains aient l’impression que je suis moins légitime qu’eux. Mais en fait pas du tout. Ça impressionne plus qu’autre chose. Beaucoup sont choqués positivement », apprécie-t-il.

 

100% des diplômés embauchés dans les six mois

Le jeune homme a démarré en septembre son cursus de quatre années dans la prestigieuse école d’ingénieurs. La première est dédiée à une formation humaine avec un stage de cinq mois dans un organisme civil ou un corps d’armée. Hans, qui a choisi l’armée de l’air, est actuellement positionné sur la base de Mérignac (Gironde). Il verra ensuite les cours qui l’intéressent le plus pour décider de son futur.

D’après les données de Polytechnique, 50% de ses diplômés trouvent un poste en entreprise, principalement dans les domaines de l’industrie, du conseil, des banques, des assurances et des établissements financiers. 31% poursuivent vers un doctorat, 12% travaillent dans le service public (corps de l’État) et 3% créent leur entreprise. 100% sont en tout cas en poste six mois après leurs études. De quoi être rassuré pour l’avenir de Hans. ♦

 

*LE ZEF, parrain de la rubrique « Éducation », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité*

 

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