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Fruits et légumes solidaires au MIN de Marseille

Par Clémence Gourdon

Journaliste

Au Marché d’intérêt national de Marseille, le MIN, la Banque Alimentaire innove. Début décembre, elle a investi dans un atelier ultra-complet qui transforme des fruits et légumes normalement destinés à la poubelle. Sur place, une dizaine d’employés en contrat d’insertion s’activent, bien conscients de participer à une opération unique en France.

 

Il est huit heures et demie au marché au gros de Marseille. C’est la fin de la journée, les grossistes remballent leurs marchandises. Avant de quitter les lieux, ils sont de plus en plus nombreux à s’arrêter devant les locaux de l’association Fruits et légumes solidarité, où une dizaine d’employés s’affaire à récupérer leurs dons. Les locaux de « La Légumerie » font une quarantaine de mètres carrés. Ils réceptionnent chaque jour entre 500 kilos et une tonne de fruits et légumes. Des invendus qui passent rapidement de machine en machine pour être transformés en soupes, jus, confitures, ou simplement congelés.

« On s’est rendu compte qu’on n’avait pas le temps de distribuer les produits que nous recevions à la Banque alimentaire, parce qu’ils périssaient trop vite », explique Dro Kilndjian, directeur de l’atelier. C’est après avoir fait ce constat que l’association a imaginé un lieu qui permettrait de rallonger la durée de vie des produits. L’initiative existe dans d’autres villes françaises, mais La Légumerie est le seul site à réaliser le processus de A à Z : de la réception à la transformation.

 

 

Investissement de 780 000 euros

Fruits et légumes solidaires au MIN de Marseille 2Fours à vapeur, salles de surgélation, matériel de stérilisation, lignes de jus de fruits, appareils de nettoyage et de découpe… Ce matériel indispensable, qui représente un investissement de 780 000 euros, a été en grande majorité financé par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Mais aussi l’État et des partenaires privés. Le jeu en vaut la chandelle : les carottes, pommes de terre, tomates, oranges, pommes ou encore poires, gagnent entre six mois et un an de durée de consommation supplémentaires !

 

Des dons défiscalisables

Après seulement trois mois d’existence, l’association n’a pas encore convaincu tous les commerçants de lui offrir ses invendus avant qu’il ne soit vraiment trop tard pour les sauver. Mais la localisation de l’atelier a un atout majeur : celui de croiser les grossistes tous les jours. « Ça nous permet de les sensibiliser », se félicite Alain Gardanne, vice-président de la Banque Alimentaire des Bouches-du-Rhône. « On leur rappelle qu’ils peuvent défiscaliser en partie ce qu’ils nous donnent, comme pour les dons d’argent aux associations », pointe-t-il. Également trésorier de Fruits et légumes solidaires, il a plus d’un tour dans son sac. « On leur explique aussi que la destruction, via la déchetterie, leur coûte de l’argent. Ils ont tout intérêt à nous en faire don ». Si ses arguments fonctionnent, Alain Gardanne espère pouvoir récolter 1 000 tonnes de fruits et légumes par an.

Aujourd’hui aidé financièrement par la Préfecture et l’État dans son fonctionnement quotidien, l’atelier de La Légumerie se donne trois ans pour parvenir à un équilibre financier. Là encore, l’association innove pour se donner le moyen de ses ambitions. « 75% des produits transformés sont destinés à l’aide alimentaire, alors que le reste ira vers des circuits de vente », détaille Dro Kilndjian. « On est obligé de parler de business plan », poursuit Alain Gardanne. Il précise que l’association est déjà en contact avec plusieurs marques « intéressées à l’idée de présenter ces produits, grâce à leur aspect solidaire ».

 

 

Remettre les pieds à l’étrier

Fruits et légumes solidaires au MIN de Marseille 1« Vous l’aurez compris, cet atelier a trois atouts, sourit Dro Kilndjian. L’anti-gaspi, la solidarité, mais aussi l’insertion ! ». Ou plutôt la réinsertion. Autour de lui, six salariés retrouvent le chemin de l’emploi. Tous sont en CDDI : contrat à durée déterminée d’insertion, destiné aux jeunes de moins de 26 ans, aux travailleurs handicapés, aux bénéficiaires du RSA ou aux chômeurs de longue durée.

« Chaque personne qui travaille ici a rencontré des difficultés dans sa vie », résume Vanina. Pétillante, la jeune femme de 23 ans se lève chaque jour honorée de retrouver le chemin du travail dans de telles conditions : « savoir que notre présence ici répond aux besoins vitaux d’autres personnes, c’est une grande fierté ! ».

 

De précieux contrats

Un peu plus loin, Georges met sous vide de gros sachets de carottes, ensuite congelées. Un travail à mille lieues de celui qu’il a exercé pendant vingt ans, dans le commerce et la formation. Âgé d’une quarantaine d’années, il est bien décidé à changer encore de vie après cette expérience. « Grâce à ce contrat, je vais pouvoir reprendre mes études de droit en septembre prochain, en licence 3 ». Il restera ensuite trois années d’études à Georges pour réaliser son rêve de devenir avocat.

Le minot de l’équipe, Angelo, ne sait pas encore ce qu’il fera après La Légumerie. « Avant j’étais dans la pêche, raconte-t-il. À mon compte. Depuis que je suis ici, j’apprends énormément de nouvelles choses ». Le monde de l’agroalimentaire plaît au jeune homme de 21 ans, qui n’exclut pas de « poursuivre dans ce domaine-là ». Seule certitude pour chacun des membres de l’association, cette expérience est avant tout humaine : « la solidarité s’est très vite installée, on est tous soudés ». Après eux, d’autres équipes se succèderont sur ces postes destinés à les accueillir entre six mois et un an maximum. Les premiers espèrent que les suivants seront à la hauteur. Et qu’à terme « le modèle sera suffisamment convaincant pour être reproduit ailleurs ». ♦

 

Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « agriculture – alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *