Fermer

Comment redonner aux citoyens le goût de l’engagement ?

Par Régis Verley, le 9 mai 2022

Journaliste

À Raismes, un marathon des idées réunit habitants, commerçants, professions libérales et monde associatif © Mairie de Raismes

Lutter contre le désintérêt croissant des citoyens, et notamment des plus jeunes, face à la chose publique, c’est le combat de nombreux élus locaux. À Raismes, une ville moyenne du Nord blessée par la désindustrialisation et le chômage, les élus tentent d’inventer une nouvelle gouvernance, avec un objectif de long terme : rejoindre le réseau des « villes créatives de l’UNESCO ».

 

C’est l’histoire d’une ville très moyenne comme il y en a tant d’autres. Raismes, entre Valenciennes et Saint Amand : 12 000 habitants, un tiers des habitants sous le seuil de pauvreté, une espérance de vie inférieure à la moyenne nationale de 4,3 ans pour les hommes et de 3 ans pour les femmes. Un quart des habitants réside en quartier politique de ville. Le taux de chômage, de près de 30%, dépasse de 11% la moyenne régionale. Logements, emplois, entreprises, on pourrait encore citer bien d’autres chiffres. Y compris ceux de la participation aux dernières élections avec 35% d’abstentionnistes. Et, parmi les exprimés, 65% de votes en faveur l’extrême droite. Élu au premier tour des élections municipales, le jeune maire (PC) de la ville, Aymeric Robin, ne se satisfait pas d’un résultat qu’il juge « indigne » : seuls 41% des électeurs se sont déplacés. « Sans les habitants, assure-t-il, on ne s’en sortira pas ».

 

S’inscrire dans le temps long

La participation pour redonner aux citoyens le goût de l’engagement 1
Le maire de Raismes; Aymeric Robin ©Marcelle

La crise qui a débuté il y a trente ans avec la fermeture des derniers puits de mine n’en finit pas de marquer les esprits. Et pourtant, il fait ici plutôt bon vivre. La forêt toute proche offre même un généreux poumon de verdure. Le centre-ville se cherche une âme mais les principaux commerces demeurent.

Alors ? « Nous avons compris, note le maire, que la démocratie traditionnelle ne fonctionnait plus. Une élection tous les cinq ans ne change rien et les gens n’y croient plus. Nous avons besoin d’un projet qui s’inscrive dans le temps long ». La ville est jeune, 45% des habitants ont moins de 24 ans, c’est donc sur eux que les projets de rénovation doivent s’appuyer.

La démarche de « démocratie participative » s’est imposée à tous : élus, employés municipaux, responsables associatifs. Autour d’un projet « Raismes 2032 » dont les objectifs couvriront les quinze années à venir. Quelle que soit l’équipe municipale en place. Et sur des choix qui doivent être partagés par tous.

Le processus a démarré en 2017. Des « crieurs de rue » ont alors parcouru la ville pour annoncer le lancement d’un vaste projet, celui de « faire de la démocratie participative et de l’intelligence collective les maillons de la transformation sociale, urbaine et environnementale ». Depuis, plus de 700 questionnaires ont été dépouillés. Depuis, un triporteur sillonne la ville, invitant les habitants à des réunions publiques (huit à ce jour). Et les quatre ateliers collectifs ont fonctionné, réunissant habitants, commerçants, professions libérales et monde associatif. Des ateliers de sensibilisation ont été organisés avec tous les élèves de la ville des niveaux 5°, 4° et 3°.

 

 

Un lab ouvert à toutes les idées citoyennes

La participation pour redonner aux citoyens le goût de l’engagement 2
Le R-Lab s’est installé au château Mabille ©DR

Ce mercredi-là d’avril 2022, le CCAS et le collège invitent les jeunes de la ville à une réunion-débat sur les « fake news ». Une journaliste professionnelle décrypte l’information et tente d’apprendre à détecter le vrai du faux sur les images et les post des réseaux sociaux. La veille, c’est une réunion sur la parentalité qui était organisée.

Les rendez-vous se succèdent dans le « R-lab » (labo de Raismes)  inscrit au cœur de la démarche. Un château du XIX° siècle a été transformé et ouvert à toutes les initiatives citoyennes. Rénové, il sert de tremplin à ce qu’on a appelé ici « le marathon des idées » qui permet à chacun d’apporter ses envies et ses projets. Une fois adoptées, les idées sont alors mises en œuvre. C’est ainsi que les jeunes ont obtenu la création d’un espace sportif en centre-ville, appelé « streetworkout », pour rester dans l’air du temps. Ils ont aussi décider de se mobiliser pour l’organisation d’événements humanitaires associant l’ensemble de la population.

 

 

Ciné-débat, éco-ferme, ville inclusive…

Ailleurs, le collège de la ville a lancé un programme sur l’égalité filles/garçons avec un ciné-débat, une table ronde et une représentation montée par les jeunes.

La participation pour redonner aux citoyens le goût de l’engagement 3
La mobilisation de la population est devenue une priorité ©Marcelle

Des actions concrètes, sur proposition et avec les habitants, voient peu à peu le jour. Éco-ferme, coopérative, aire multi-activités… Jusqu’à la transformation même des services de la collectivité qui remplacent leur fonctionnement traditionnel en silo. Ils s’organisent désormais en mode projet, avec des binômes élus-techniciens et la participation d’habitants. Cinq objectifs ont déjà été définis et adoptés collectivement : celui d’une ville rassembleuse, dynamique, moderne et ouverte. Le travail s’effectue dans les différents pôles et autour d’une équipe élu-technicien avec des indicateurs de performance vérifiés et partagés.

 

Intégrer le réseau des ville UNESCO

Le travail est quotidien. La mobilisation de la population est en effet devenue une priorité. À travers des balades urbaines, des interventions artistiques, des ateliers de co-construction, l’intervention de médiateurs de rue et bien d’autres initiatives.
Cinq ans après le lancement du projet, les changements sont visibles. La ville s’anime. Les équipements apparus sont utilisés, l’éco-ferme produit et crée même des emplois. « À terme, nous devrons viser l’autonomie alimentaire », affirme un élu. Un appel à projet est lancé pour la redynamisation du centre-ville, des projets de verdissements sont montés avec les habitants. La forêt de Raismes est ainsi devenue lieu de loisirs et de découverte. Elle était auparavant traversée par une route passante. Aujourd’hui, c’est un chemin piétonnier. « Tout le monde disait : on perd un accès direct à Saint-Amand-les-Eaux etc. Dans les faits, cet axe en mode doux est un grand succès, les Raismoises et les Raismois s’accaparent ces balades en forêt », raconte le maire.

Raismes, devenue pionnière en manière de participation citoyenne, s’est vue récompensée. Elle s’est vue décerner à deux reprises Les Trophées de la participation et de la concertation par l’association « Décider ensemble » et la Gazette des Communes. À l’horizon 2023, le défi est de devenir la 7e ville créative française labellisée par l’Unesco. Aux côtés de Strasbourg, Metz, Lyon, Angoulême, Saint-Etienne, Limoges et Enghien-les-Bains. ♦

La participation pour redonner aux citoyens le goût de l’engagement 4
L’inauguration du r-Lab, en fanfare ! ©DR

Bonus

[pour les abonnés] – Villes créatives de l’UNESCO – Le château Mabille –

  • Le Réseau des villes créatives de l’UNESCO. Le RVCU a été créé en 2004 pour promouvoir la coopération avec et entre les villes ayant identifié la créativité comme un facteur stratégique du développement urbain durable. Ainsi, les 246 villes formant actuellement ce réseau travaillent ensemble vers un objectif commun : placer la créativité et les industries culturelles au cœur de leur plan de développement au niveau local et coopérer activement au niveau international. Elles s’engagent dès lors à :

-Renforcer la création, la production, la distribution et la diffusion des activités, des biens et des services culturels

-Développer des pôles de créativité et d’innovation et élargir les opportunités des créateurs et des professionnels du secteur culturel ;

-Améliorer l’accès et la participation à la vie culturelle, en particulier au bénéfice des groupes et des personnes défavorisées ou vulnérables ;

-Intégrer pleinement la culture et la créativité dans les plans de développement durable.

 

  • Le Château Mabille de Poncheville. Cette ancienne propriété de la compagnie minière d’Anzin, bâtie en 1869, a intégré le giron communal à la sortie de la guerre en 1947. Il a, depuis, servi de centre de vaccination et accueilli la médecine scolaire. Aujourd’hui, il héberge le r-Lab.

Vous rencontrez un problème ?

Nous avons apportés quelques améliorations techniques sur Marcelle.media. 

Si vous rencontrez des problèmes, n'hésitez pas à nous envoyer un message.

Vous rencontrez un problème ?