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Jours de confinement #S2

Par Olivier Martocq, le 28 mars 2020

Journaliste

Marathon du Connemara, 2018

Quand l’ordre d’auto-embastillement est tombé, les marathoniens d’Endurance Passion 13 (récit de la première semaine #S1) en étaient à la 5e semaine de préparation du marathon de Vienne. Dans le dur, avec quatre séances de course par semaine, ils ont été brutalement sevrés de leurs hautes doses d’endorphines, secrétées par cet entraînement intense. « La molécule du bonheur du sportif », libérée par le cerveau pendant et plusieurs heures après l’effort, ne les dope plus. Ils sont désormais privés des sensations d’euphorie, de puissance et d’extase qui en découlaient. Un handicap supplémentaire dans l’épreuve en cours !

 

Marco : « Les minutes comptent pour des heures »

Il tournait « déjà en rond » la semaine dernière et ça ne s’arrange pas ! Le coach a beaucoup de mal à s’adapter au télétravail « La masse d’informations qui me parvient est énorme. Il n’y a plus de filtres et les collaborateurs ont tendance à en rajouter ». Il est vrai que son domaine, la finance et la gestion de la dette, est l’un de ceux qui connaît les plus grandes incertitudes. Période compliquée aussi personnellement avec une solitude nouvelle et la charge émotionnelle qui en découle. Côté sport, ce n’est pas ça non plus ! « Dans le périmètre autorisé autour de mon domicile, et je m’y tiens, il n’y a que des montées ». Son parcours autour de Notre Dame de la Garde est bon pour le cardio. Mais pas pour les muscles, confrontés à des montées à répétition, et le dos, qui doit encaisser les descentes. Alors pour faire face, il se fait plaisir, se cuisine des bons plats et avale du chocolat. Résultat : deux kilos en une semaine ! Entraîner, nous faire progresser et tendre vers un objectif lui manque. « T’inquiète, Marco, on va se ruer sur un marathon d’hiver et tu vas en avoir du boulot, pour nous remettre au niveau ! ».  

 

Joséphine et Antoine : « Lui soigne. Moi je découvre l’ennui »

Jours de confinement #S2
Joséphine et Antoine

Notre couple de médecins qui vivait mal la semaine dernière d’être confiné, ne l’est plus à deux. Antoine, maintenant que l’épidémie approche, a été rappelé à l’hôpital Saint Joseph dans une unité spécifiquement dédiée au Covid. Enceinte de 6 mois, Joséphine n’est toujours pas autorisée par ses collègues de l’hôpital Nord à se rendre à son travail. D’où une certaine mélancolie ! « Je fais de l’aquarelle, c’est dire ! ». Être tenue à l’écart de cette crise sanitaire majeure est compliqué pour elle : « Ça me manque de ne pas être sur le terrain, au front, comme les autres. » Elle reconnaît quand même que pour la première fois de sa vie, elle a le temps de s’ennuyer. « Je n’ai jamais connu une telle période de vide. J’essaie de la mettre à profit en pensant à l’avenir mais aussi en lisant beaucoup, notamment tout ce qui concerne le Covid et la polémique autour de Didier Raoult ».

 

Nathalie : « L’impression d’être sous-employée »

L’ingénieure d’étude sanitaire en a un peu sa claque. Deux malheureux jours de présence sur le site de l’Agence régionale de santé (ARS), le reste seule dans son appartement, en télétravail. « C’est moins la solitude que de ne pas pouvoir sortir qui me pèse. Toutes les études terrain sont annulées. J’aimerais me rendre utile, avoir plus de boulot, soulager ceux qui en ont trop, mais c’est très codifié ici ». Du coup, elle s’est inscrite sur le réseau d’entraide En première ligne. Mais, paradoxalement, le temps passe vite et Nathalie ne fait pas le tiers des tâches auxquelles elle avait pensé. « Je traîne beaucoup devant les écrans, chose que je ne faisais pas. Et souvent je cours le matin tôt, en respectant les règles ». Elle compte aussi suivre les cours de sport en ligne dirigés par Adrien Arnaud, préparateur physique et mental des pilotes de la Patrouille de France !

 

Laurent  : « Je promène le chien ».

Jours de confinement #S2 4Il est le patron de ce qui est devenu notre QG pour les moments importants de la vie club, comme le choix du marathon de l’année qui donne lieu à candidature, analyse, défense et vote de la ville où nous courrons un an plus tard. Sa pizzeria de la Pointe Rouge est un havre de paix. On s’y sent bien. Laurent confectionne les pizzas au feu de bois à la demande et ce n’est pas la seule de ses spécialités. Mais l’établissement est fermé jusqu’à nouvel ordre « J’avais besoin de vacances et de me retrouver avec ma femme et mes enfants, alors… ! ». On apprend quand même que c’est compliqué. La trésorerie est tendue en hiver et payer le personnel à la fin du mois ne sera pas simple. Mais Laurent relativise. Au détour d’une phrase, cet homme pudique raconte qu’il a été content cette semaine de retourner derrière le four d’un collègue. « On a confectionné 168 pizzas qui ont été livrées à la Timone et à l’hôpital Saint-Joseph ». L’opération de soutien était organisée par des kinés. Pour le reste, il culpabilise quand il sort. A arrêté la course à pied par respect du confinement car il doit promener son chien matin et soir. C’est pourtant l’un des coureurs les plus rapides du groupe. « On s’y remettra quand ce sera passé. Même si c’est un plaisir et que ça équilibre, ce n’est pas le plus important aujourd’hui ! »

 

Anne-Laure : « À fond ! »

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Anne-Laure et ses enfants

La semaine dernière, elle était très énervée contre ceux qui poursuivaient les sorties groupées. « Faut arrêter de courir les amis », avait-elle enjoint le club. Notre infirmière intérimaire travaille toujours dans son entreprise du pourtour de l’étang de Berre. « Les urgences, de la prévention et, avec les médecins du site, le tour des services pour rassurer et répondre aux questions ». Quelques cas suspects ont été évacués. « Je suis aussi sollicitée par des collègues qui travaillent en hôpital. Comme j’ai une formation d’infirmière de bloc opératoire, je sais me servir d’un respirateur, je connais les gestes techniques ». Elle a renseigné ses disponibilités sur le site de l’AP-HM et s’est portée volontaire à l’hôpital d’Aubagne où elle bossera le week-end prochain. « Je suis partagée, avoue-t-elle. Parce que je m’occupe de ma grand-mère, de mes parents et de mes enfants. Mais je le ressens comme un devoir. Je dois aider les copines épuisées ».

Ses enfants ? « Exceptionnels ! Je leur laisse un programme le matin, et ils mettent beaucoup de bonne volonté à le suivre. »

 

Jean-Luc : « Je suis débordé. C’est la bonne surprise ».

Du groupe c’était celui pour qui je m’inquiétais le plus. Pas à cause de sa personnalité – Jean-Luc est un dur à cuir -, mais parce qu’il devait faire face à un empilement de défis. Sa compagne se remet d’une opération à l’autre bout de la France, en Bretagne, et il ne l’a plus vue depuis trois semaines. Son travail est totalement bouleversé par le confinement. Directeur commercial d’un fabricant de pièces médicales, il ne peut plus se déplacer chez ses clients hôpitaux, pharmacies, maisons de santé, ni surtout encadrer ses équipes sur le terrain. « Le télétravail n’était pas dans nos pratiques. Il a fallu s’y mettre et tout inventer. Je suis débordé ». Et le manager d’instituer chaque matin avec ses équipes éparses un petit-déjeuner par Skipe pour commencer la journée. L’occasion d’échanges libres avant d’aborder le travail, « et de se lâcher ! ». Le reste du temps, Jean-Luc s’organise. Il cuisine et a pris deux kilos ! Pratique le jogging à un rythme tranquille. Consacre ses soirées aux séries. Son conseil en la matière : Veronica Mars (4 saisons) qui met en scène des ados américains. Une fois par semaine, il va faire un très gros marché pour livrer son oncle et sa mère, strictement confinés chacun chez soi. Bref, un confinement bien rempli !

 

Hocine et Karine : « L’avenir économique rajoute du stress au stress »

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Hocine et Karine

Ces professionnels du voyage ont un peu le moral en berne. Il y a 11 jours, ils s’inquiétaient pour leur quotidien cloîtrés : « L’autarcie en famille, ce n’est pas simple ». Les préoccupations professionnelles ont désormais pris le pas. Heureusement, une ordonnance gouvernementale est venue clarifier la situation pour les clients (pas de remboursement mais à valoir ou échange de prestation). « Il y a quand même de nombreux bras de fer, des clients qui demandent le remboursement intégral, déplore Hocine. Et nous sommes inquiets pour la suite, nous ne sommes même pas sûrs que les voyages reprendront avec l’été ».

Plutôt que remâcher et tourner en rond, Karine et Hocine cherchent à se rendre utiles. Ils se sont inscrits sur la plateforme Mobilisons-nous pour sécuriser nos assiettes, qui recrute des bras pour aider les agriculteurs, et sur le site de la Réserve civique. Affaire à suivre. En attendant, Hocine a couru plusieurs 45 minutes dans la semaine. Et suit avec sa moitié les cours de stretching en ligne d’une copine. Le soir à 20 heures, ils applaudissent les soignants et ont une pensée pour Nora, la sœur, infirmière à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris.

 

Isabelle : « Des journées rythmées »

« Je m’active à fond sur ce que je n’avais jamais le temps de faire, comme le piano et l’espagnol, commencés à la rentrée. Je révise tout et je refais des exercices ». Isabelle, enseignante référente, se plante aussi tous les matins devant son ordinateur où elle retrouve un groupe Facebook pour une séance de zumba. Un rituel parmi d’autres, comme le tea-time avec son mari et sa fille, « très investie dans ses révisions de 1ère », le Face Time avec le fils confiné avec ses potes étudiants, et le film du soir. En fin de journée, ils vont se dégourdir les jambes dans la colline voisine. Celle qui découvrait le télétravail il y a 11 jours n’y voit pas une panacée pour son métier !

 

Aziz : « Je fais avec »

Travailleur social, il était « en colère » la semaine dernière face aux conditions de travail et au « manque de masques, de solution hydro-alcoolique, de considération et de réponses des tutelles ! ». Il positive cette semaine devant l’attitude des enfants et des adolescents qu’il encadre chaque jour à la MECS (Maison d’enfants à caractère social) des Mouettes. « Ils comprennent ce qui se passe. Acceptent le confinement et les règles qu’il induit. » Les échanges basés sur la confiance sont plus intenses. Dans le cercle familial aussi la confiance et le sens des responsabilité est devenue la norme. Notre sprinter l’est resté. Il enchaîne les tours autour de chez lui sur un rythme élevé -12 kilomètres en moins d’une heure en comptant le ¼ d’heure d’échauffement. Et ce, plusieurs fois par semaine. « Pour l’instant la niaque demeure ! »

 

Michel : « Du temps pour… travailler » bis !

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Michel

Celui qui était content d’avoir enfin « du temps pour… travailler » persiste et signe. Retraité mais débordé, Michel rentre d’un petit footing dans le quartier : « Je découvre toutes les ruelles des environs, ou bien j’enchaîne des aller-retours d’un kilomètre sur la Corniche ». Bénévole pour la Fondation de France, il a laissé tomber les dossiers en cours pour les urgences liées au Covid-19. « Beaucoup d’associations ont besoin de financements, comme le restaurant solidaire Noga. Nous défendons leurs cas de notre mieux ». Mais tout n’est pas rose, avec des inquiétudes car le risque de contamination plane sur quelques membres de la famille.

Par ailleurs, on a découvert, cette semaine dans Marcelle, Philippe Tagawa, le frère de Michel, médecin qui œuvre avec tant d’autres à contenir la pandémie et organiser la résistance.

 

Cécile : « Tout s’est mis en place naturellement ! »

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Cécile et Renaud

L’étude notariale est ouverte et doit le rester c’est la loi, mais il n’y a pratiquement plus de collaborateurs car l’un d’entre eux, atteint par la pandémie, se trouve en réanimation. « Le syndrome du panier à chaussettes » qui l’inquiétait la semaine dernière avec le confinement à cinq est oublié. La famille recomposée, réunie pour l’occasion, a pris ses marques. « Avec un problème clair sur le sucré puisque deux gâteaux sont confectionnés chaque jour ! » Chacun prend sa part de travail et aide à la cuisine. Cela fonctionne ! Mais côté sport, ce n’est pas vraiment ça. Le jogging autour du pâté de maison l’a très vite lassée. Il reste les tutos pour travailler les abdos/fessiers, « pour l’instant ils me motivent ».

 

Olivier : « Le reportage pour seule sortie »

Je me suis fait contrôler 3 fois en 3 jours dans le centre-ville par des policiers municipaux. Papiers en règle, pas de tracasseries administratives et même bienveillance de la part de la maréchaussée. Reportages devant La Timone avec les milliers de Marseillais venus se faire tester par les équipes de Didier Raoult. Reportage au service de réanimation des urgences de La Timone avec la livraison de masques puis, quatre étages plus haut, dans le laboratoire d’immunologie qui cherche comment contrer avec nos anticorps le Covid 19 – résumé à l’extrême des explications du professeur Eric Vivier. Dernier reportage de la semaine dans la pharmacie de Stéphane Pichon avenue des Caillols, autour de la chloroquine, le médicament que tout le monde s’arrache mais qu’on ne trouve plus en pharmacie. En dehors des sorties professionnelles pour rendre compte à la radio de ce qui se passe sur le terrain, confinement total. J’applique les consignes des médecins. Pas parce que j’ai peur du virus -ce qui est sans doute une erreur- mais pour ne pas favoriser sa propagation. Plus de sortie jogging. Du vélo d’appartement sur le balcon, puis des pompes et des abdos. Le nombre de calories dépensées qui s’inscrit sur les différents capteurs est impressionnant (autour de 1 200 à chaque séance) et pourtant je prends du poids. Allez comprendre ! ♦

 

 

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