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Jours de confinement #S3

Par Olivier Martocq, le 4 avril 2020

Journaliste

Ekiden de Marseille, décembre 2019

Une chose est sûre, les endorphines ont disparu. La molécule du bonheur du sportif, libérée par le cerveau pendant et plusieurs heures après l’effort dopait les coureurs d’Endurance Passion 13, en pleine préparation du marathon de Vienne quand le confinement a été ordonné. C’est désormais un bon mais vieux souvenir. La course d’une heure maximum par jour autour du domicile n’est pas suffisante. Surtout, ils n’ont plus une motivation suffisante pour se contraindre à un entraînement quotidien. Déroute physique en perspective mais expériences enrichissantes par ailleurs et tous azimuts !

 

Olivier : « Trois kilos et des questions métaphysiques ! »

Puisque je suis le lien autant commencer par… moi ! Plus de jogging du tout. Autorisé à sortir pour des reportages, j’ai décidé que je passerai mon temps libre en confinement strict. Le vélo sur le balcon avec vue sur le large n’a servi que deux fois cette semaine. Les abdos quotidiens lors de la préparation sont abandonnés. J’ai beau cuisiner des légumes, la balance grimpe : plus 3 kilos désormais ! J’ai réglé le problème délicat des cheveux et confié la tondeuse à ma moitié. Elle s’en est bien tirée ! Question à poser aux célibataires ou à ceux qui sont confinés seuls : comment font-ils ? Côté reportages radio, semaine variée. De l’enthousiasme grâce à Aziz dans le foyer de jeunes où il est animateur, même si la vie confinée n’y est pas simple. Le stade Vélodrome, un peu pathétique, avec tous les soirs à 20h, à fond et durant cinq minutes, les chants de supporters en hommages aux soignants. L’esplanade est déserte ! Les SDF secourus par la fondation Abbé Pierre et sa camionnette stationnée en haut de la Canebière qui délivre chaque jour du café et de quoi manger. La bonté, l’entraide face à la misère humaine. Et ce détail auquel je m’attache et que je m’en veux d’avoir noté : beaucoup oublient de remercier les bénévoles !

 

Marie : « Je suis pharmacienne… et livreur ! »

Jours de confinement #S3 7C’est sa contribution. Marie, quand elle quitte sa pharmacie pour rentrer chez elle, fait la tournée des personnes âgées ou des malades qui ne peuvent pas se déplacer pour récupérer leurs médicaments. Une pratique nouvelle induite par le strict confinement, « pour leur sauvegarde ». La ville est déserte. Il n’y a pas de circulation. L’astreinte rajoutée à ses journées à rallonge ne lui pèse pas. Comme tous ses confrères, elle doit se battre pour avoir des masques. Puis se battre pour ne les délivrer qu’aux personnels de santé, qui en ont le plus besoin. La folie des deux premières semaines se calme progressivement. « Au début du confinement, les gens venaient trois fois par jour. Une fois pour acheter une brosse à dents, puis pour du Doliprane et enfin pour un gel désinfectant. Autant d’occasions de sortir. Depuis peu, j’ai l’impression que le confinement est plus strict. Que les clients ont pris conscience du risque ». Elle part le matin tôt. Rentre le soir tard. Son mari s’occupe des trois enfants et gère la maison. Au moins, Marie n’a pas cette contrainte. Elle s’astreint encore à deux joggings par semaine mais se sent « de moins en moins motivée ! ».

 

Guillaume : « Il faut maintenir une dynamique de réflexion sur le futur »

Jours de confinement #S3 4Le président est en grande forme. La justice est à l’arrêt. Plus d’expertises financières à rendre. Il a rangé son bureau, fait le tour de ses dossiers en instance. Tout est sous contrôle. Y compris désormais son poids légendaire, qui baisse malgré « zéro sport ». L’un des meilleurs cuisiniers du club est passé aux légumes, a arrêté l’alcool et le sucré. « Je maigris à vue d’œil ». À défaut d’une balance, qu’il s’est toujours refusé à consulter, c’est le miroir qui lui sert de référence. Son inquiétude du moment : la sortie du confinement. Et son impact sur la vie du club. « On a une pratique collective d’un sport individuel. Sans le groupe peu d’entre nous s’y astreindraient ». La semaine 3 de confinement qui vient de s’achever confirme cette analyse. « Il faut nous projeter rapidement dans un challenge qui nous réunira à nouveau ». Soucieux du respect des règles démocratiques en vigueur pour le choix du marathon, Guillaume ne veut pas faire d’annonce, mais il prépare activement le dossier technique (transport, logement etc…) d’Istanbul en novembre. Mine de rien, je viens de sortir un scoop pour la confrérie !

 

Anne-Laure : « J’ai cru que j’avais le Covid-19 »

Dans la nuit de lundi à mardi, l’infirmière de la bande s’est fait une grosse frayeur : « J’avais une forte fièvre et très mal à la tête, j’ai bien cru que j’étais contaminée ». Mais ouf, négatif a dit le dépistage. Guérie, elle a repris vendredi le boulot, dans sa grosse entreprise de l’Étang de Berre. Deux pompiers de la caserne voisine sont malades et une poignée d’employés ont été évacués. « Malgré tout, très peu de salariés ont exercé leur droit de retrait, la conscience professionnelle prévaut ». Le plus compliqué ? « Le suivi scolaire, les parents en ont ras-le-bol. » Le plus énervant ? « Les Marseillais sont irresponsables ! Je suis rentrée par la Pointe Rouge hier soir, c’était ambiance guinguette, des gens partout ! »

 

Jours de confinement #S3 5
Apéro solo pour Jean-Luc !

Jean-Luc : « L’apéro Face Time n’est pas encore au point ! »

C’était LE rendez-vous important de la semaine pour cet embastillé solitaire. Un apéro via Face Time avec sa moitié confinée à Rennes et trois couples d’amis. « Mais ce qui marche pour le télétravail a foiré ». Pas d’images. Des conversations coupées, difficiles à suivre. Pas évident de faire un apéro festif, avec plein de choses à se raconter, tous ensemble, en même temps. La technologie n’est pas encore adaptée à la tchatche en groupe. Au-delà de cette petite déconvenue, les journées s’enchaînent avec le télétravail, toujours aussi prenant, les courses à faire, moins de jogging et plus de séries à la télévision. Le conseil de la semaine : Mind Hunter, six épisodes à visionner en une nuit blanche. Ses cheveux et sa barbe ? « Aucune action, je laisse le poil pousser ! ».

 

Elsa : « Les courts de tennis sont fermés »

Je vous présente Elsa, prof de tennis au Pharo et au TCM, un bon élément du club, cela va de soi. Elle devait courir son premier marathon dans deux semaines, c’est partie remise. Les clubs et écoles de tennis ont Jours de confinement #S3 6fermé, mais avec son compagnon Damien, également coureur, ils gardent le rythme ! « Une sortie d’une heure tous les matins et entre 30 et 45 minutes de gym chaque soir, en suivant le cours en ligne d’un kiné que je connais ». C’est juste avant de sortir sur le balcon à 20 heures pour applaudir les soignants. Après, ils passent à l’apéro quotidien de confinement et ça, pour cette sportive professionnelle, c’est vraiment inédit… Le samedi, Damien et Elsa se transforment même en ambianceurs dans leur résidence (vidéo à l’appui). Pourtant les journées passent plutôt vite, des vidéos conférences avec deux jeunes tennismen de haut niveau qu’elle entraîne habituellement et des programmes en ligne pour approfondir la PNL, programmation neuro-linguistique, un des outils du coaching mental.

 

Marco : « Les minutes comptent pour des heures, bis repetita !»

Le coach est à la peine. Il court de moins en moins. « Pas de sortie depuis dimanche dernier, tourner en rond ne m’intéresse pas ! ». Abdos et gainage quasi quotidiens, quand même, « je donne quelques conseils d’exercices physiques à ceux qui me le demandent… et je ne me suis toujours pas pesé ». Marco reconnaît sans fausse pudeur qu’il s’enferme dans un confinement rythmé par le télétravail, les courses alimentaires et l’apéro du soir, « le seul moment un peu fun de la journée ! ». L’homme est toujours aussi honnête dans ses analyses : « La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de cas de Covid déclaré parmi nous ». Mais, le club et le défi lui manquent. Car ce qu’il aime par-dessus tout, c’est nous transcender. Nous amener à nous dépasser, tout faire pour parvenir au but que l’on s’est fixé, tous et sans casse. Istanbul en novembre, avec « une équipe de jambes cassées » ; et pourquoi pas ce nouveau challenge, Marco ?

 

Hocine et Karine : « Double saut dans l’inconnu »

Les semaines passent et ne se ressemblent pas. Question de motivation pour ce couple de professionnels du tourisme qui, plutôt que se lamenter sur une situation catastrophique, se lance de nouveaux défis. Madame s’est engagée comme bénévole pour aider des jeunes migrants mineurs, elle rencontrera lundi son groupe de six. Une mission trouvée via le site de la réserve civique.

Puisqu’il a fini de corriger les copies des élèves pour les cours de négociations sur le tourisme qu’il donne aux 3e année de l’IUT, et qu’il a passé la semaine au téléphone à régler des problèmes de report de séjours avec ses gros clients, monsieur va aller s’aérer, ramasser des fraises dans le nord du département. « Cinq jours, à partir de lundi normalement, si elles sont mûres. On est logé, nourri et payé au smic horaire. » De toute évidence, le directeur commercial zone sud d’un grand groupe de voyages n’y va pas pour l’appât du gain : « Je suis en forme. Je peux aider, alors j’y vais ». Et en forme, Hocine l’est effectivement. C’est le seul du groupe à avoir poursuivi un entraînement quotidien poussé. « Dans le respect des consignes, mais du coup en formule seuil ». C’est-à-dire, à son niveau, du 16 km/heure. Et des montées du côté de Notre Dame de la Garde. À la maison, côté confinement, le rythme est pris avec les deux jeunes adultes que sont désormais leurs enfants. À midi, les restes. Le soir, cuisine. Chacun passe aux fourneaux à tour de rôle !

 

Guillaume 2 : « Moral au top sans les endorphines ! »

Jours de confinement #S3 1Crime de lèse-majesté, il porte le même prénom que le président. On lui cherche un pseudo. Avec Catherine, sa femme, ils font partie des dernières recrues du club. Tout juste retraité, coureur sur des bases de 5 minutes aux 1000, Guillaume fait partie des battants qui se lancent toujours de nouveaux défis. Pour la course ce sera un marathon. Pour l’activité, c’est du bénévolat à travers sa forte implication dans une association qui a pour mission d’accompagner les enfants de Saint-Mauront, quartier en grande difficulté, par un soutien scolaire. Arpej Marseille encadre une trentaine d’écoliers, suivis par des tuteurs bénévoles de 16 à 70 ans. Le confinement a bouleversé les méthodes d’accompagnement. « Pas de travail supplémentaire pour ces jeunes qui en ont suffisamment en direct par leur école », explique Guillaume. Le suivi hebdomadaire passe par des activités ludiques, support de discussion pour les contacts téléphoniques avec les jeunes. Lors de cet entretien, les intervenants n’oublient pas de s’intéresser au suivi scolaire et à l’aide qu’ils pourraient apporter. Premiers retours positifs, tant du point de vue des familles que des accompagnateurs. En attendant la réouverture du local du 360, boulevard National, Guillaume confine groupé avec sa femme, sa fille, son gendre et ses deux petits-enfants. Pas de stress. Pas de pression. Une famille heureuse d’être réunie. Et pas de kilos supplémentaires, malgré un entraînement des plus aléatoires !

 

Michel : « Ma tante de 94 ans, reine du fake news » !

Il ne chôme toujours pas ! Activités humanitaires en hausse à la Fondation de France en cette période anxiogène pour les plus démunis. Les contacts avec les proches restent quotidiens. Les alertes familiales de la semaine dernière sont oubliées – « aucun malade à l’horizon, Dieu merci ! ». Nouveauté, Michel se voit désormais contraint de tranquilliser matin et soir sa vieille tante de 94 ans qui perd un peu la tête et répète inlassablement : « On dit que le Corona machin ce sont les chinois qui nous l’ont importé… et on dit que c’est parce qu’ils mangent du chien… et que c’est donc à cause des chiens qu’on l’attrape ». Footeux dans l’âme, les disparitions d’Hidalgo et Diouf l’ont peiné. « Je trouve que les médias nationaux en ont trop peu parlé. Il est vrai qu’avec notre Raoult planétaire, Marseille semble jouer une nouvelle fois contre le reste du monde ! ». Il a raison et tort à la fois. On en a parlé, mais il y a tellement de morts et de drames humains qu’on essaie (les journalistes) de ne pas être indécents en en privilégiant certains. Frustré de ne plus aller au cinéma, il commence à avaler des séries Netflix. Son conseil : “Succession” en attendant la saison 4 de “La Casa Del Papel”. Jogging tous les deux jours, en respectant la règle. Pas un gramme pris malgré quelques grignotages par-ci par-là, toujours des bons petits plats équilibrés et beaucoup de légumes et, surtout, pas plus de deux verres de vin par soir, malgré l’achat d’un deuxième cubi de rouge pour attaquer la troisième semaine de confinement.

 

 

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