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Libérer la parole sur la difficulté d’être parent

Par Agathe Perrier, le 15 février 2022

Journaliste

Photo d'illustration © Pixabay

Parent n’est pas un rôle facile. Mais, paradoxalement, parler de ses difficultés n’est pas évident non plus. Sauf peut-être dans les « Maisons des Familles ». Ces structures portées depuis 2009 par la fondation Apprentis d’Auteuil sont ouvertes à tous ceux qui se posent des questions sur la parentalité. Ils y trouvent de l’écoute, de l’échange et partagent leur expérience pour apprendre de celles des autres. Pour finalement évoluer, en harmonie avec leurs enfants.

 

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Les Maisons des Familles se veulent être un lieu d’accueil, d’écoute, de soutien, d’échanges et de rencontres avec les parents et entre parents © AP

Si la représentation idyllique de la vie familiale ne berne plus personne, avouer tout haut que, parfois, on rencontre des difficultés dans son rôle de parent n’est pas toujours facile. Or il n’y a pas de honte à avoir, sur ce sujet comme sur toute autre problématique liée à la parentalité. Un message véhiculé au sein des Maisons des Familles.

Ces structures se sont déployées en France à partir de 2009 avec la fondation Apprentis d’Auteuil (bonus). Leur but : être un lieu d’accueil, d’écoute, de soutien, d’échanges et de rencontres avec les parents et entre parents. « Une attention particulière est accordée aux familles en situation de vulnérabilité, confrontées à l’isolement, à des ruptures familiales et à la précarité. Mais n’importe qui peut pousser la porte, sans inscription ni rendez-vous », précise Sylvie Davieau, directrice de celle baptisée La Halte des parents. Située dans le quartier de la Blancarde (4e arrondissement de Marseille), c’est l’une des premières à avoir ouvert en France. Chaque mardi, la matinée est rythmée par l’incontournable « Papot’age Café ». Si depuis le Covid, le breuvage a disparu – retirant un peu de convivialité au moment – les discussions, elles, ne se sont pas taries.

 

Confidence pour confidence

Dix mamans sont venues bavarder en ce début février. On parle d’abord du Covid et de la façon dont les enfants vivent cette situation particulière. Puis très vite, les échanges tournent autour d’une phrase qui revient régulièrement dans la bouche de leur progéniture : « Maman, je m’ennuie ». Ce qui a le don d’agacer Sara. « On fait tout pour eux. On sort, on va au parc, et dès qu’on rentre, ils s’ennuient ». La maman est à la fois embêtée et quelque peu démunie face à cette situation qui se répète souvent. Fatima tente de dédramatiser. « Comme on l’a déjà appris ici, c’est bien si parfois les enfants s’ennuient. Ça les incite à inventer des choses ».

« Il faut leur demander pourquoi ils s’ennuient », conseille Lahouria. Et Soumia de partager son vécu. « La plupart du temps, c’est pour avoir le téléphone ». Idem pour Sara, dont les enfants espèrent que leurs jérémiades autour du désœuvrement leur permettront de pouvoir regarder la télévision. Sylvie, bénévole au sein de la structure, synthétise alors la situation : « Il y a en fait 1000 raisons. Ils s’ennuient parce qu’ils sont seuls, qu’ils n’ont rien à faire ou rien à faire qui leur plaît. Ils manifestent quelque chose et attendent une réaction en retour ». Approbation générale. Les esprits cogitent. « On ne peut pas toujours les satisfaire à 100%, surtout si on a plusieurs enfants d’âges différents », expose néanmoins Soumia. Tous les problèmes n’ont pas forcément de solutions. Mais ça fait du bien d’en parler et de voir qu’on est loin d’être seules à y être confrontées.

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Pour les adeptes du « Papot’age Café », la Halte des parents est une autre famille © Agathe Perrier

 

 

Partager son vécu et apprendre des autres

Pour Fatima, la Halte des parents est « un lieu de vivre ensemble au sens large », du fait de la grande diversité des profils qui passent sa porte. « Avec de la bienveillance », appuie-t-elle. Elle décrit là l’essence même de la structure. Les Maisons des Familles sont en effet nées pour que chaque personne puisse partager son expérience de vie et apprendre de celle des autres, sans aucune hiérarchie. C’est pourquoi les activités proposées sont principalement collectives et les moments individuels limités (bonus).

Si certaines mamans abordent ailleurs les sujets de la parentalité, Lahouria reconnaît être « plus à l’aise ici » pour se livrer. Les mamans de cette matinée se connaissent d’ailleurs bien puisqu’elles fréquentent la Halte depuis plusieurs années déjà. Dix ans pour Fatiha, qui apprécie d’y venir pour « sortir de l’isolement » et surtout pour « les rencontres avec l’équipe et les mamans ». Et Khira de résumer la pensée du groupe : « C’est une autre famille pour moi. On apprend et on vit plein de choses positives : le partage, le soutien, l’écoute. Et négatives aussi, comme les critiques des femmes et les disputes ». À l’instar de toute relation humaine.

 

 

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Dans le salon de la Halte des parents de Marseille, des jouets pour occuper les enfants pendant que les parents discutent © AP

Objectif : les papas aussi

La plupart des personnes qui poussent la porte de la Halte des Familles sont des mamans. La volonté de l’équipe est d’accueillir davantage de papas désormais. Elle travaille pour cela avec l’association Et les pères, qui promeut l’investissement éducatif et social des figures paternelles. Un « comité de la paternité » a ainsi été créé pour penser des moments leur étant spécialement dédiés. « Il en ressort qu’ils veulent des temps en famille, des temps avec leurs enfants et des temps entre pères. Il faut également que les mamans acceptent que les papas viennent, car elles considèrent parfois que c’est leur lieu à elles », glisse Sylvie Davieau. En matière de parentalité, les difficultés ne concernent finalement pas seulement la relation parent-enfant mais aussi, parfois, celle entre parents. ♦

 

* LE ZEF, scène nationale de Marseille, parraine la rubrique éducation et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus

[pour les abonnés] Un concept qui vient du Québec – La campagne de communication Les 1000 premiers jours – Les Maisons des Familles en France-

  • Libérer la parole sur la difficulté d'être parent 1Un concept venu du Québec – Depuis 2009, Apprentis d’Auteuil a mis en place le programme Maisons des Familles en lien avec d’autres partenaires. La fondation s’est pour cela inspirée d’un dispositif québécois initié par la Fédération Québécoise des Organismes Communautaires Famille, qui compte plus de 200 lieux de ce type. D’abord déployé à Grenoble et à Marseille, le réseau français dispose aujourd’hui de 18 Maisons des Familles, en France et dans les DOM-TOM. Dont deux à Marseille : la Halte des Parents et, depuis 2015, Les Buissonnets, dans le 15e arrondissement.

 

  • Les tabous sur les difficultés de la parentalité se lèvent doucement – La campagne de communication Les 1 000 premiers jours, lancée en novembre 2021 par le gouvernement, vise à sensibiliser les parents et futurs parents sur cette période cruciale pour le bon développement de l’enfant. L’objectif est de les aider et de les accompagner en leur apportant des réponses, des conseils sur les bonnes conduites à adopter, sur les changements à effectuer au sein du foyer, sur les gestes simples pour améliorer son environnement pour accueillir son enfant, etc. Les difficultés liées à la parentalité : un « sujet relativement tabou dont on parle plus aujourd’hui », apprécie Sylvie Davieau. Mais le chemin est encore long.

 

  • En France. En 2009 ouvrait à Grenoble la première Maison des Familles française. Il existe aujourd’hui 18 Maisons des Familles à travers l’hexagone. Une 19e est sur le point d’ouvrir ses portes à Rennes.

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